‹ Œuvres; (volume 2)Chapitre 401 sur 493 · M.DC.XCII · texte numérisé non relu

M.DC.XCII

Avec privilège du Roy.

Il y a 7 feuillets sans pagination, pour le titre, la préface, l'extrait

59o ATHALIE.

du privilège et les noms des personnages; après le septième feuillet, une réduction de la gravure de l'édition in-4°. Le texte de la tragédie a 114 pages.

Le texte que nous avons suivi est celui du recueil de 1697.

PRÉFACE. 59i

PRÉFACE

Tout le monde sait que le royaume de Juda étoit composé des deux tribus de Juda et de Benjamin, et que les dix autres tribus qui se révoltèrent contre Roboam composoient le royaume d'Israël. Comme les rois de Juda étoient de la maison de David, et qu'ils avoient dans leur partage la ville et le temple de Jérusalem , tout ce qu'il y avoit de prêtres et de lévites se retirèrent auprès d'eux, et leur demeurèrent toujours attachés. Car depuis que le temple de Salomon fut bâti , il n'étoit plus permis de sacrifier ailleurs ; et tous ces autres autels qu'on élevoit à Dieu sur des montagnes, appelés par cette raison dans l'Ecriture les hauts lieux, ne lui étoient point agréables. Ainsi le culte légitime ne subsistoit plus que dans Juda. Les dix tribus, excepté un très-petit nombre de personnes, étoient ou idolâtres ou schismatiques.

Au reste , ces prêtres et ces lévites faisoient eux-mêmes une tribu fort nombreuse. Ils furent partagés en diverses classes pour servir tour à tour dans le temple , d'un jour de sabbath à l'autre1. Les prêtres étoient de la famille d'Aaron; et il n'y avoit que ceux de cette famille, les-

t. On voit dans le livre I des Paralipomènes , xxin, 3, 4 et 5, que, sous David, lorsque les lévites furent comptés, ils étaient au nombre de trente-huit mille; que vingt-quatre mille furent choisis pour le ministère du temple; qu'on les divisa en préposés, juges, portiers et musiciens; que David avait partagé les sacrificateurs ou prêtres en vingt-quatre familles, seize composées des fils d'Eléazar, huit des fils d'Ithamar. (Ibidem, xxiv, 3-5.) Éléazar etlthamar étaient fils d'Aaron, frère de Moïse. Les lévites remplissaient à tour de rôle les fonctions du ministère saint, chacune des diverses maisons de la tribu de Lévi servant à son tour : « Et distribuit eos David per vices c filiorumLevi, Gerson videlicet, et Caath etMerari. » (Ibidem, xxm,

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quels pussent exercer la sacrificature 1 . Les lévites leur étoient subordonnés, et avoient soin, entre autres choses, du chant, de la préparation des victimes, et de la garde du temple. Ce nom de lévite ne laisse pas d'être donné quelquefois indifféremment à tous ceux de la tribu. Ceux qui étoient en semaine avoient, ainsi que le grand prêtre, leur logement dans les portiques ou galeries dont le temple étoit environné, et qui faisoient partie du temple même. Tout Y édifice s'appeloit en général le lieu saint. Mais on appeloit plus particulièrement de ce nom cette partie du temple intérieur où étoit2 le chandelier d'or, l'autel des parfums, et les tables des pains de proposition. Et cette partie étoit encore distinguée du Saint des Saints , où étoit l'arche , et où le grand prêtre seul avoit droit d'entrer une fois l'année. C'étoit une tradition assez constante, que la montagne sur laquelle le temple fut bâti étoit la même montagne où Abraham avoit autrefois offert en sacrifice son fils Isaac 3 .

J'ai cru devoir expliquer ici ces particularités, afin que

6.) Voyez aussi le verset 24 du même chapitre. Le livre IV des Rois, xi, 9, et le livre II des Parallpomènes , xxiii, 8, nous montrent les troupes des lévites se succédant dans leurs fonctions chaque semaine.

1. Dans les Sentiments de F Académie française sur Athalie, cette phrase est censurée : « Il fallait qui pussent. Peut-être Racine n'a-t-il mis lesquels que pour éviter de faire le vers : qui pussent exercer la sacrificature. » Il était si facile d'éviter autrement le vers, que Racine n'a pu se décider par un tel motif à prendre une tournure de phrase qu'il n'eût pas regardée comme très-correcte.

2. Les éditeurs modernes ont écrit étoient. Mais étoit est l'orthographe des éditions imprimées du vivant de Racine; ce qui a fait dire à l'Académie dans ses Sentiments : « Étoient seroit plus exact. » Voyez cependant le vers 82 (VEsther. Voyez aussi le Lexique.

3. Lightfoot, théologien anglican, que Racine avait consulté, comme le prouvent quelques-unes de ses notes manuscrites, parle de cette tradition à la page 74 de son tome I : « Fundamenta templi jacta « in monte Moria, ubi Isaac fuerat oblatus. » Voyez aux vers i438- M44.

PRÉFACE

ceux à qui l'histoire de l'Ancien Testament ne sera pas assez présente n'en soient point arrêtés en lisant cette tragédie. Elle a pour sujet Joas reconnu et mis sur le trône ; et j'aurois dû dans les règles l'intituler Joas. Mais la plupart du monde n'en ayant entendu parler que sous le nom d' Athalie, je n'ai pas jugé à propos de la leur présenter sous un autre titre , puisque d'ailleurs Athalie y joue un personnage si considérable, et que c'est sa mort qui termine la pièce. Voici une partie des principaux événements qui devancèrent cette grande action.

Joram , roi de Juda , fils de Josaphat , et le septième roi de la race de David, épousa Athalie, fille d'Achab et de Jézabel, qui régnoient en Israël, fameux l'un et l'autre , mais principalement Jézabel , par leurs sanglantes persécutions contre les prophètes. Athalie, non moins impie que sa mère, entraîna bientôt le Roi son mari dans l'idolâtrie, et fit même construire dans Jérusalem un temple à Baal , qui étoit le dieu du pays de Tyr et de Sidon, où Jézabel avoit pris naissance. Joram, après avoir vu périr par les mains des Arabes et des Philistins tous les princes ses enfants, à la réserve d'Okosias, mourut lui-même misérablement d'une longue maladie qui lui consuma les entrailles. Sa mort funeste n'empêcha pas Okosias d'imiter son impiété et celle d' Athalie sa mère. Mais ce prince, après avoir régné seulement un an, étant allé rendre visite au roi d'Israël, frère d' Athalie, fut enveloppé dans la ruine de la maison d'Achab, et tué par l'ordre de Jéhu , que Dieu avoit fait sacrer par ses prophètes pour régner sur Israël , et pour être le ministre de ses vengeances. Jéhu extermina toute la postérité d'Achab, et fit jeter par les fenêtres Jézabel, qui, selon la prédiction d'Elie, fut mangée des chiens dans la vigne de ce même Naboth qu'elle avoit J. Racine, iii 38

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fait mourir autrefois pour s'emparer de son héritage. Atlialie , ayant appris à Jérusalem tous ces massacres , entreprit de son côté d'éteindre entièrement la race royale de David, en faisant mourir tous les enfants d'Okosias, ses petits-fils. Mais heureusement Josabet, sœur d'Okosias, et fille de Joram, mais d'une autre mère qu'Athalie , étant arrivée lorsqu'on égorgeoit les princes ses neveux, elle trouva moyen de dérober du milieu des morts le petit Joas encore à la mamelle , et le confia avec sa nourrice au grand prêtre, son mari, qui les cacha tous deux dans le temple , où l'enfant fut élevé secrètement jusqu'au jour qu'il fut proclamé roi de Juda. L'Histoire des Rois dit que ce fut la septième année d'après 1 . Mais le texte grec des Paralipomènes, que Sévère Sulpice 2 a

1 . « Septem annorum erat Joas cum regnare cœpisset. » (Livre IV des Rois, xi, 21; et livre II des Paralipomènes, xxiv, 1,)

2. Cet auteur dit au livre Ier de son Histoire sacrée : « Gotholia (Gotholia est le même nom qu'Athalia, et se trouve aussi dans les Septante et dans Josèphe) imperium post occupavit, adempto nepoti « imperio, etiam tum parvo puero, cui Joas Hfomen fuit. Sed huic oc ab avia prœreptum imperium, post octo fere annos, per sacerdotem « et populum, depulsa avia, redditum. » (Sulpitii Severi Opéra omnia quse extant, Lugd. Batavorum. Ex officina Elzeviriana, 1643, 1 volume in-12, p. 55.) — <r J'ignore, dit Geoffroy, pourquoi Racine a transposé les noms de cet historien ecclésiastique : on le nomme ordinairement Sulpice Sê»ère. » Le critique pouvait se contenter de signaler l'usage qui a prévalu ; mais il lui eût été facile de se rendre compte des raisons que Racine a eues de dire Sévère Sulpice. Dans le catalogue que Gennadius a donné des illustres docteurs de l'Eglise, il

est dit au chapitre xx : « Severus cognomento Sulpicius » (S. Gen-

nadii Massiliensis presbjteri libellus , etc., Helmœstadii , M.DCXII, in-4c, p. 9-) Sulpice était donc le surnom de Sévère. Au tome VII, p. 32 des Archives historiques et statistiques du département du Rhône, M. Parelle dit avoir en sa possession un Sulpice Sévère, édition de 1574, in-12, qui a appartenu à Racine, et qu'il a annoté en latin depuis la première jusqu'à la dernière page. Sur le premier feuillet, au devant du titre, on trouve une lettre de Scaliger, où est justifié l'ordre des noms de l'historien ecclésiastique, tel que l'a adopté Racine.

PRÉFACE

suivi , dit que ce fut la huitième1. C'est ce qui m'a autorisé à donner à ce prince neuf à dix ans , pour le mettre déjà en état de répondre aux questions qu'on lui fait.

Je crois ne lui avoir rien fait dire qui soit au-dessus de la portée d'un enfant de cet âge qui a de l'esprit et de la mémoire. Mais quand j'aurois été un peu au delà , il faut considérer que c'est ici un enfant tout extraordinaire , élevé dans le temple par un grand prêtre , qui le regardant comme l'unique espérance de sa nation, l'avoit instruit de bonne heure dans tous les devoirs de la religion et de la royauté. Il n'en étoit pas de même des enfants des Juifs , que de la plupart des nôtres. On leur apprenoit les saintes lettres, non-seulement dès qu'ils avoient atteint l'usage de la raison , mais , pour me servir de l'expression de saint Paul , dès la mamelle2. Chaque

1 . Racine a fait la même remarque dans le manuscrit dont nous avons parlé dans la Notice, p. 584, note 2, et que nous désignerons ainsi : Notes manuscrites sur Athalie. On y lit : 0 Les Septante, aux Paralipomènes, disent que Joïada entreprit de rétablir Joas à la huitième année. » Voici le texte des Septante : Kat èv Tto Itei tw 6yB6o> IxpataftoaEV

'Iwoaé {Livre II des Paralipomènes, xxm, 1.) On lit cependant dans

la même version, comme dans la Vulgate, au dernier verset du chapitre précédent, que Joas resta caché six ans dans la maison de Dieu : Kai. (j-et' ccutou h ol'/to tou 6sou xaTocy.sxpufjiuivoç t£ sttj. Racine était-il plus porté à adopter la huitième année pour le commencement du règne de Joas, par cette raison qu'il aurait cru remarquer dans cet âge de huit ans quelque chose de fatal pour l'avénement dee rois de Juda? Quelque singulière que puisse paraître cette idée, elle nous semble seule expliquer un passage de ses Notes manuscrites sur Athalie. Il y cite les versets 1 et 2 du chapitre xxxiv du livre II des Paralipomènes, qui commencent ainsi : « Octo annorum « erat Josias cum regnare cœpisset, » et le verset 9 du chapitre xxxvi du même livre : « Octo annorum erat Joachim cum regnare cœpis- « set, » etc. Et en marge il a écrit : huit ans.

2. Nous pensons que Racine traduit ainsi les mots am> ^pécpouç dans ce passage de la IIe épitre à Timothée, m, i5 : Koà 8ti «710 Ppé^ouç toc tepoc Ypt£u.[J.aTa oîBaç ; passage qui est ainsi traduit dans la Vulgate : « Et quia ab infantia sacras litteras nosti. »

AT H ALI E

Juif étoit obligé d'écrire une fois en sa vie , de sa propre main, le volume de la loi tout entier. Les rois étoient même obligés de l'écrire deux fois1, et il leur étoit en-

i. «Ce que Racine avance ici n'est nullement exact. i<> Chaque Juif n'était point obligé d'écrire le volume de la loi. Cela n'eût été possible chez aucun peuple. Le commun des Juifs était si peu instruit qu'il fallait, tous les sept ans, dans l'année sabbatique, lire la loi au peuple assemblé, de peur qu'il ne l'oubliât. 2° Les rois n'étaient obligés d'écrire, et, suivant plusieurs interprètes, de faire écrire qu'une copie de la loi. Le passage de l'Écriture qui prescrit cette obligation la restreint même au Deutéronome. » {Sentiments de l'Académie.) — Il est permis de croire peu vraisemblables les faits admis par Racine; mais fallait -il laisser supposer qu'il les eût avancés sans pouvoir les appuyer d'aucune autorité? Il y a d'abord, en ce qui concerne les rois, le passage de l'Écriture dont parle l'A* cadémie; il est au chapitre xvn, versets 1 8 et 19 du Deutéronome: « Postquam autem sederit in solio regni sui, describet sibi Deute- « ronomium legis hujus in volumine.... et habebit secum, legetque « illud omnibus diebus vitse suae. »Philon (de Creatione principis) est de ceux qui ont compris que les rois devaient écrire cette loi du Deutéronome de leur propre main : ttjv E7i:ivou.fôa ypdt^ai auToy^eipca. Des commentateurs, il est vrai, sont d'avis qu'ils pouvaient se servir d'une autre main : « Alii censent poluisse uti aliéna manu, » comme le dit Menochius dans son Commentaire sur les versets que nous venons de citer. Mais Racine a parlé de deux copies faites par les rois, d'une copie faite par chaque Juif. Il paraît que ces assertions, dans toute leur étendue, sont conformes à ce qu'a écrit sur le même sujet le célèbre rabbin Maimonide. Voici ce que nous lisons dans Y 'Introduction à l'Écriture sainte du P. Lamy (livre II, chapitre vin) : a C'est une tradition reçue parmi les Juifs que Moïse donna à chaque chef des tribus un exemplaire de la loi, lequel chaque particulier copia ensuite. Maimonide dit qu'il y a un commandement exprès qui oblige chaque Israélite de copier pour soi le Pentateuque. Quand un père en auroit laissé un à son enfant, il n'est pas dispensé par là de cette obligation ; et ceux qui ne savent pas écrire doivent s'en faire copier un.... Le Roi même devoit en écrire deux : l'un comme particulier, l'autre comme roi, suivant les paroles du Deutéronome. » Voyez l'édition in-4° de Y Introduction à l'Écriture sainte, traduite du latin (par l'abbé Boyer, dit-on), et publiée à Lyon en M.DC.XCIX (p. 290 et 291). — Comme Racine avait lu le Synopsis cnticorumf cité par lui dans ses Notes manuscrites sur

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joint de l'avoir continuellement devant les yeux. Je puis dire ici que la France voit en la personne d'un prince de huit ans et demi1, qui fait aujourd'hui ses plus chères délices, un exemple illustre de ce que peut dans un enfant un heureux naturel aidé d'une excellente éducation; et que si j'avois donné au petit Joas la même vivacité et le même discernement qui brillent2 dans les reparties de ce jeune prince, on m'auroit accusé avec raison d'avoir péché contre les règles de la vraisemblance.

L'âge de Zacharie , fils du grand prêtre, n'étant point marqué, on peut lui supposer, si l'on veut, deux ou trois ans de plus qu'à Joas.

J'ai suivi l'explication de plusieurs commentateurs fort habiles3, qui prouvent, par le texte même de l'Ecri-

Athalie, c'est peut-être là surtout qu'il avait puisé l'opinion combattue par l'Académie. On y lit en effet (tome I, p. 810) ce commentaire sur le Dcutéronome, xvn, 18 et 19 : « Totum enim Pentateuchum descri- « bere tenebatur (rex), primum ut Israelita quivis, deinte iterum ut « rex. » Puis on y cite diverses interprétations du passage que la Vulgate rend par Deuteronomium hujus legis, une entre autres suivant laquelle il s'agit d'un double exemplaire de la loi : « Duplum legis, id « est duplum legis exemplar, unum quod secum ferret, quocumque « iret, alterum quod in archivis baberet. »

1. Ce jeune prince est le duc de Bourgogne, né le 6 août 1682, et par conséquent âgé, comme le dit Racine, de huit ans et demi au commencement de l'année i6oi.Leducde Beauvilliers, Fénelon, l'abbé de Beaumont et l'abbé Fleury dirigeaient depuis près de deux ans (août 1689) l'excellente éducation à laquelle le poète rend hommage. Dans la fable ix du XIIe livre de la Fontaine, publiée en 1694, le Loup et le Renard, fable qui paraît avoir été écrite vers le même temps que la Préface à'Athalie , on trouve aussi un témoignage de la précocité d'intelligence du jeune prince :

Ce qui m'étonne est qu'à huit ans Un prince en fable ait mis la chose.

2. Nous avons suivi le texte de l'édition in~4°. Les éditions in- 12 de 1689 et de 1697 ont le singulier brille.

3. C'est l'explication, en effet, que nous trouvons dans plusieurs

ATHALIE

ture , que tous ces soldats à qui Joïada , ou Joad, comme il est appelé dans Josèphe1, fit prendre les armes consacrées à Dieu par David , étoient autant de prêtres et de lévites , aussi bien que les cinq centeniers qui les commandoient. En effet, disent ces interprètes, tout devoit être saint dans une si sainte action , et aucun profane n'y devoit être employé. Il s'y agissoit non-seulement de conserver le sceptre dans la maison de David , mais encore de conserver à ce grand roi cette suite de descendants dont devoit naître le Messie. « Car ce Messie , tant de fois promis comme fils d'Abraham, devoit aussi être le fils de David et de tous les rois de Juda. » De là vient que l'illustre et savant prélat2 de qui j'ai em-

interprètes de l'Écriture. Menochius (Commentarii totius scripturœ, i63o) a cette note sur le mot centuriones, qui est au verset 4 du chapitre xi du livre IV des Rois : « Quinque ex tribu Levi. » Estius (Annotationes in prœcipua..,. sacrse scripturœ loca, 1628) dit sur le verset 9 du même chapitre : « Sciendum est centuriones et « milites, de quibus hic fit mentio, quos assumpsisse legitur Joïada, « fuisse ex levitis.... Eos er^o, traditis armis a Davide deo sanctifîcatis, ce milites fecit. » Ces commentateurs n'avaient pas seuls parlé ainsi, puisque Racine en avait lu qui appuyaient leur interprétation sur des preuves que nous ne trouvons pas chez ceux-ci. Dans les Notes manuscrites sur Athalie, on lit : « Lichfot (Lightfoot) dit que tout se fit par les prêtres et par les lévites. » Les seules paroles de Lightfoot que nous ayons trouvées ayant un certain rapport, mais assez éloigné, ce nous semble, avec celles que lui prête Racine, sont celles-ci « Joïada illum perducit ad coronam, populum vero ad fœdus.... « Sacerdotes et levitœ primas regebant in coronatione. » (Tome I, p. 89.) M. A. Coquerel est d'avis que les cinq personnages nommés dans les Chroniques (c'est-à-dire dans les Paralipomènes, livre II, chapitre xxm, 1) sont des commandants militaires, et non des membres de la tribu de Lévi ; que tel est le sens qu'offrent naturellement les Septante, Josèphe, la Vulgate et le texte hébreu. Ce n'est pas à nous de prononcer.

X. Josèphe donne au grand prêtre le nom de IwBaoç, les Septante celui de 'ItoSaé, la Vulgate celui de Joïada.

2. M. de Meaux. (Note de Racine. ) — Voyez le discours sur YHis-

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prunté ces paroles , appelle Joas le précieux reste de la maison de David 1 . Josèphe en parle dans les mêmes termes2. Et l'Ecriture dit expressément que Dieu n'extermina pas toute la famille de Joram, voulant conserver à David la lampe qu'il lui avoit promise*. Or cette lampe, qu'étoit-ce autre chose que la lumière qui devoit être un jour révélée aux nations?

L'histoire ne spécifie point le jour où Joas fut proclamé. Quelques interprètes veulent que ce fût un jour de fête. J'ai choisi celle* de la Pentecôte, qui étoit l'une des trois grandes fêtes des Juifs5. On y célébroit la mémoire de la publication de la loi sur le mont de Sinaï*,

toire universelle t 2e partie, section iv. — La première édition du livre de Bossuet est de 1681.

1. Ces paroles sont tirées aussi de Y Histoire universelle, ire partie, vie époque. — Racine dit de même dans ses Notes manuscrites sur Athalie : « M. de Meaux appelle Joas précieux reste de la maison de David. »

2. IlapaYayciv ('Icaoaoç) Ôv ix, tou AauVoou ysvouç ÊTpecpev. {Antiquités judaïques, livre IX, chapitre vu.)

3. « Noluit autem Dominus disperdere Judam, propter David ser- « vum suum, sicut promiserat ei, ut daret illi lucernam, et filiis « ejus cunctis diebus. » (Livre IV des Rois, vin, 19.) Voyez plus bas, p. 621, note 3.

4. « Fête étant pris indéfiniment et sans article, l'emploi du pronom celle n'est pas grammaticalement exact. Il eût été mieux de dire : fai choisi la fête de, etc. » [Sentiments de r Académie.) Voyez ci-dessus, au sujet d'un reproche semblable fait à un vers de Mithridate (acte III, scène v), la note 1 de la page 69.

5. Ces trois grandes fêtes étaient, d'après le Deutêronome, chapitre xvi, celle des Azymes (la Pàque), celle des Semaines (la Pentecôte), et celle des Tabernacles.

6. Nous lisons de même « mont de Sinaï ;) au vers 332. Cet emploi de la préposition de est blâmé dans les Sentiments de F Académie. — Racine, dans sa tragédie, s'est indifféremment servi de la forme Sinaï, et de la forme Sina, qui est une contraction grecque du nom hébreu. Le Sinaï est dans l'Arabie pétrée; il forme un des sommets de la chaîne de l'Horeb.

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et on y offroit aussi à Dieu les premiers pains de la nouvelle moisson , ce qui faisoit qu'on la nommoit encore la fête des prémices 1 . J'ai songé que ces circonstances me fourniroient quelque variété pour les chants du chœur.

Ce chœur est composé de jeunes filles de la trihu de Lévi2, et je mets à leur tête une fille que je donne pour sœur à Zacharie. C'est elle qui introduit le chœur chez

1. Ou encore la fête des Semaines. Voyez le Deutéronome, xvi, 10. — Don Calmet, dans son Dictionnaire de la Bible, au mot Pentecôte, explique ainsi cette fête : « On y offroit les prémices des moissons du froment, qui s'achevoient alors. Ces prémices consistaient en deux pains levés de deux assarons de farine.... Outre cela, on présentoit au temple sept agneaux de l'année, un veau et deux béliers, pour être offerts en holocauste, deux agneaux en hosties pacifiques, et un

bouc pour le péché La fête de la Pentecôte étok instituée parmi

les Juifs : i° pour obliger les Israélites à venir au temple du Seigneur pour y reconnoître son domaine absolu sur tout leur pays et sur leurs travaux, en lui offrant les prémices de leurs moissons; 2° pour faire mémoire et pour lui rendre grâces de la loi qu'il leur avoit donnée à pareil jour, qui étoit le cinquantième après leur sortie d'Egypte. »

2. M. A. Coquerel, dans une note sur le vers 299 d'Jtbalie, fait cette remarque : « On s'est étonné que Racine ait introduit dans les parvis du temple, et comme y résidant, une troupe de jeunes filles; on a pensé qu'il avait songé plutôt à l'institution de Saint-Cyr qu'au sanctuaire de Jérusalem. C'est une erreur. Les chants sacrés exécutés par les femmes d'Israël étaient dans les mœurs de la nation, comme on le voit par les exemples du retour de Jephté (Juges, xi, 34), et de David après une victoire (livre I des Rois, xvin, 6). » — Voici un passage du Dictionnaire de la Bible de don Calmet, au mot Musique, sur les musiciennes : a Dans le temple même et dans les cérémonies de religion, on voyoit des musiciennes aussi bien que des musiciens. C'étoient pour l'ordinaire des filles des lévites. Héman avoit quatorze fils et trois filles qui savoient la musique (livre I des Paralipomènes, xxv, 5). Le Psaume ix est adressé à Ben ou Banaïas, chef de la bande des jeunes filles qui chantoient au temple. Esdras, dans le dénombrement qu'il fait de ceux qu'il ramène de la captivité, compte deux cents tant chantres que musiciennes (livre I a" Esdras, 11, 65). » Don Calmet cite encore le livre I des Paralipomènes, xv, 20; mais le sens de plusieurs des passages qu'il allègue est, paraît-il, très-contestable .

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sa mère. Elle chante avec lui, porte la parole pour lui, et fait enfin les fonctions de ce personnage des anciens chœurs qu'on appeloit le coryphée. J'ai aussi essayé d'imiter des anciens cette continuité d'action qui fait que leur théâtre ne demeure jamais vide , les intervalles des actes n'étant marqués que par des hymnes et par des moralités du chœur, qui ont rapport à ce qui se passe.

On me trouvera peut-être un peu hardi d'avoir osé mettre sur la scène un prophète inspiré de Dieu , et qui prédit l'avenir. Mais j'ai eu la précaution de ne mettre dans sa bouche que des expressions tirées des prophètes mêmes. Quoique l'Ecriture ne dise pas en termes exprès que Joïada ait eu l'esprit de prophétie, comme elle le dit de son fils1, elle le représente comme un homme tout plein de l'esprit de Dieu. Et d'ailleurs ne paroît-il pas par l'Evangile qu'il a pu prophétiser en qualité de souverain pontife2 ? Je suppose donc qu'il voit en esprit le funeste changement de Joas, qui, après trente années d'un règne fort pieux , s'abandonna aux mauvais conseils des flatteurs , et se souilla du meurtre de Zacharie , fils et successeur de ce grand prêtre3. Ce meurtre, commis dans le temple4, fut une des principales causes de la colère de Dieu contre les Juifs , et de tous les malheurs qui

i. a Spiritus itaque Dei induit Zachariam, filium Joïadse, sacer- « dotem. » (Livre II des Paralipomènes, xxiv, 20.)

3. Dans Y Évangile de saint Jean, xi, 5i, il est dit au sujet des paroles prophétiques de Caïphe : « Hoc autem a semetipso non « dixit; sed cum esset ppntifex anni illius, prophetavit.... ï On en a conclu que le don de prophétie était attaché à sa qualité de souverain pontife. Lightfoot (tome II, p. 65o) repousse cette interprétation : « Longissime petita est hujus rei ratio , dum adscribitur c officio ejus pontificali, [perinde] ac si is ex ipso pontifîcatu fîeret « vates. Sententia non digna confutatione. »

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