LA MÊME VOIX
Des mers pour eux il entr' ouvrit les eaux , D'un aride rocher fit sortir des ruisseaux. Il nous donne ses lois, il se donne lui-même.
Pour tant de biens, il commande qu'on l'aime.
LE CHOEUR
O divine , ô charmante loi ! 3 6 o
Que de raisons , quelle douceur extrême D'engager à ce Dieu son amour et sa foi !
UNE AUTRE VOIX seule.
Vous qui ne connoissez qu'une crainte servile ,
Ingrats , un Dieu si bon ne peut-il vous charmer ?
Est-il donc à vos cœurs , est-il si difficile 3 6 5
1 . Ou lit dans les Sentiments de V Académie la remarque suivante sur ce vers : « Il se donne lui-même ne se peut dire que sous la loi nouvelle ; cette proposition est trop étrangère à l'ancienne loi. » Il n'est pas douteux que la piété de Racine n'ait aimé à faire une allusion secrète au Christ donnant sa vie pour les hommes, et à l'Eucharistie; mais nous disons une allusion secrète ; car il n'a pu faire parler ses jeunes Israélites comme des chrétiennes. Ce qui a dû paraître à Racine autoriser son expression, bien qu'elle ne se trouve pas dans l'Ancien Testament, c'est qu'alors déjà, on peut le dire, en se révélant à son peuple, en lui donnant ses lois, Dieu s'était donné lui-même.
J. Racine, iii 4°
ATHALIE
Et si pénible de l'aimer ?
L'esclave craint le tyran qui l'outrage ; Mais des enfants l'amour est le partage. Vous voulez que ce Dieu vous comble de bienfaits ,
Et ne l'aimer jamais 1 ? 370
TOUT LE CHOEUR
O divine , ô charmante loi !
O justice ! ô bonté suprême !
Que de raisons , quelle douceur extrême D'engager à ce Dieu son amour et sa foi2 !
1 . Tl y a comme un accent de polémique dans ces deux vers qui ne se trouvent pas dans les deux premières éditions (1691 et 1692), et qui n'ont été imprimés qu'en 1697, l'année même où Boileau composait son épître sur Y Amour de Dieu, l'année aussi où, dans sa correspondance avec Racine, il l'entretenait des critiques que soulevait cette épître. Les vers de Racine sont cités, avec Y épître de Boileau, dans la douzième des dix-sept lettres publiées en 1697 par l'évêque de Macra, sous ce titre : Apologie des lettres provinciales contre la dernière réponse des R. P. Jésuites. — Ici encore l'inspiration de la loi nouvelle est manifeste; et cependant Racine n'a rien dit qui ne fût conforme à l'ancienne loi : a Diliges Dominum tuum ex toto corde tuo et ex « tota anima tua, et ex tota fortitudine tua. » (Deutércnome, vi, 5.)
2. Dans les anciennes éditions, les trois derniers vers ne sont pas répétés tout au long, mais remplacés par un etc.
FIN DU PREMIER ACTE