SCÈNE IV
JOSABET, MATHAN, NABAL.
MATHAN
Envoyé par la Reine, Pour rétablir le calme et dissiper la haine , Princesse , en qui le ciel mit un esprit si doux , 9 6 5
Ne vous étonnez pas si je m'adresse à vous. Un bruit, que j'ai pourtant soupçonné de mensonge, Appuyant les avis qu'elle a reçus en songe , Sur Joad , accusé de dangereux complots ,
1. Cet emploi si poétique du verbe marcher a été probablement indiqué à Racine par le vers de Virgile :
Ast ego fuse Divu/n incedo Regina
(Enéide, livre I, vers 46.)
AT H A LIE
Alloit de sa colère attirer tous les flots. 970
Je ne veux point ici vous vanter mes services.
De Joad contre moi je sais les injustices ;
Mais il faut à l'offense opposer les bienfaits.
Enfin je viens chargé de paroles de paix.
Vivez, solennisez vos fêtes sans ombrage *. 975
De votre obéissance elle ne veut qu'un gage :
C'est, pour l'en détourner j'ai fait ce que j'ai pu,
Cet enfant sans parents, qu'elle dit qu'elle a vu.
JOSABET.
Eliacin !
MATHAN
J'en ai pour elle quelque honte.
D'un vain songe peut-être elle fait trop de compte. 980 Mais vous vous déclarez ses mortels ennemis , Si cet enfant sur l'heure en mes mains n'est remis. La Reine impatiente attend votre réponse.
JOSABET.
Et voilà de sa part la paix qu'on nous annonce !
MATHAN
Pourriez-vous un moment douter de l'accepter ? 985 D'un peu de complaisance est-ce trop l'acheter?
JOSABET.
J'admirois si Mathan, dépouillant l'artifice,
Avoit pu de son cœur surmonter l'injustice ,
Et si de tant de maux le funeste inventeur
De quelque ombre de bien pouvoit être l'auteur. 990
MATHAN
De quoi vous plaignez-vous ? Vient-on avec furie
Arracher de vos bras votre fils Zacharie ?
Quel est cet autre enfant si cher à votre amour ?
t. Ce vers est critiqué, avec raison peut-être, dans les Sentiments de V Académie : a Racine veut dire : Solennisez vos Jetés en assurance ; et sans ombrage le dit mal. »