SCÈNE VI
JOAD, JOSABET.
JOSABET.
L'orage se déclare.
Athalie en fureur demande Eliacin. 104 5
Déjà de sa naissance et de votre dessein On commence, Seigneur, à percer le mystère : Peu s'en faut que Mathan ne m'ait nommé son père.
JOAD
Au perfide Mathan qui l'auroit révélé?
Votre trouble à Mathan n'a-t-il point trop parlé ? 1 o 5 o
JOSABET.
J'ai fait ce que j'ai pu pour m'en rendre maîtresse. Cependant, croyez-moi, Seigneur, le péril presse.
prêtres de Nobé, les condamna à mort. Doè'g exécuta la sentence. [Livre I des Rois, xxi, 7 et suivants; xxn, 9-18.) David l'a maudit dans le Psaume U, versets 1 et suivants. — Acliitophel, autrefois conseiller de David ? avait encouragé A'osalon à se révolter contre son père, et l'avait poussé à des crimes infâmes. Lorqu'Absalon se fut laissé persuader de ne plus suivre les conseils d'Achitophel, celui-ci se pendit. Voyez le livre II des Rois, xv, xvi et xvn.
1. L'indication : « II se trouble, » n'est pas dans l'édition de 1^91. Dans les éditions de 1736, de 1768 et dans celle de la Harpe : a mathan, troublé. »
ATH ALI E
Réservons cet enfant pour un temps plus heureux.
Tandis que les méchants délibèrent entre eux ,
Avant qu'on l'environne, avant qu'on nous l'arrache,
Une seconde fois souffrez que je le cache.
Les portes, les chemins lui sont encore ouverts.
Faut-il le transporter aux plus affreux déserts?
Je suis prête. Je sais une secrète issue
Par où, sans qu'on le voie , et sans être aperçue , 1060
De Cédron avec lui traversant le torrent1 ,
J'irai dans le désert, où jadis en pleurant,
Et cherchant comme nous son salut dans la fuite ,
David d'un fils rebelle évita la poursuite.
Je craindrai moins pour lui les lions et les ours t 06 5
Mais pourquoi de Jéhu refuser le secours ?
Je vous ouvre peut-être un avis salutaire.
Faisons de ce trésor Jéhu dépositaire.
On peut dans ses Etats le conduire aujourd'hui ,
Et le chemin est court qui mène jusqu'à lui. 1070
Jéhu n'a point un cœur farouche , inexorable ;
De David à ses yeux le nom est favorable.
Hélas ! est-il un roi si dur et si cruel,
A moins qu'il n'eût pour mère une autre Jézabel ,
Qui d'un tel suppliant ne plaignît l'infortune ? 1075
1. Le; orrent de Cédron coulait au fond d'une vallée étroite à l'est de Jérusalem, et se jetait dans la mer Morte. Il fallait le passer pour entrer dans le désert d'Engaddi, où David avait fui, afin d'échapper à son fils Absalon révolté contre lui. Jésus lui-même, au moment où il allait être livré à ses ennemis, traversa, comme autrefois David, le torrent de Cédron, ainsi qu'il est dit dans Y Evangile de saint Jean, chapitre xxvm, verset i. Les paroles de ce "verset : « Trans terrentem Cedron, » ont été ainsi annotées par Racine lui-même dans le manuscrit dont Louis Racine a publié une partie sous le nom de Réflexions pieuses sur quelques passages de V Ecriture sainte, à la suite de la première édition des Mémoires, p. 56-6o : « Grotius croit qu'il [le Cédron) étoit ainsi nommé à cause qu'il y avait eu des cèdres dans cette vallée. En grec, c'est le torrent des Cèdres. Jésus-Christ accomplit ici ce qui le figura en la personne de David, quand ce roi, fuyant Absalon, passa ce torrent, étant trahi par Achitophel. m