ACTE III, SCÈNE VII
Des ennemis de Dieu percer la tête impie , n i 5
Nous lui pouvons du moins immoler notre vie. Quand vos bras combattront pour son temple attaqué , Par nos larmes du moins il peut être invoqué.
JOAD
Voilà donc quels vengeurs s'arment pour ta querelle ,
Des prêtres , des enfants , ô Sagesse éternelle ! 1120
Mais si tu les soutiens , qui peut les ébranler ?
Du tombeau, quand tu veux, tu sais nous rappeler.
Tu frappes et guéris; tu perds et ressuscites1.
Ils ne s'assurent point en leurs propres mérites ,
Mais en ton nom sur eux invoqué tant de fois , 1 1 2 5
En tes serments jurés au plus saint de leurs rois ,
En ce temple où tu fais ta demeure sacrée ,
Et qui doit du soleil égaler la durée 2 .
Mais d'où vient que mon cœur frémit d'un saint effroi ?
Est-ce l'Esprit divin qui s'empare de moi? 1 1 3o
C'est lui-même. Il m'échauffe. Il parle. Mes yeux s'ou-
Et les siècles obscurs devant moi se découvrent, [vrent,
Lévites, de vos sons prêtez-moi les accords,
Et de ses3 mouvements secondez les transports.
elle-même invité à entrer dans sa tente, le couvrit d'un manteau, puis alla chercher une des chevilles de fer de la tente et un marteau, rentra près de lui sans être vue, et, pendant qu'il dormait, posa la cheville sur sa tempe, et la lui enfonça dans la tête.
1 . Les exemples de ces antithèses sont nombreux dans les livres saints : « Ego « occidam, et ego vivere faciam ; percutiam, et ego sanabo.» (Deutèronome, xxxii, 3g.) — « Dominus mortificat et vivificat, deducitad inferos etreducit. » (Livre I des Rois, n, 6.) — Voyez aussi Tobie, xm, 2 ; la Sagesse, xvi, i3; Job, v, 18.
2. On lit dans les Notes manuscrites de Racine sur Athalie : « Temple. Tn
« domo bac et in Jérusalem ponam nomenmeum in sempiternum. // Para-
lipomènes, 33 [verset 7) . » — On peut citer aussi dans le même sens bien d'autres passages, particulièrement le livre III des Rois, ix, 3, et le livre II des Paralipomènes, vu, 16.
3. Ses est un peu éloigné des mots P Esprit divin, mais s'y rapporte clairement. Luneau de Boisjermain s'est permis de dénaturer ainsi ce vers :
Et de vos mouvements secondez mes transports.
LE CHOEUR chante au son de toute la symphonie des instruments.
Que du Seigneur la voix se fasse entendre , 1 1 3 5 Et qu'à nos cœurs son oracle divin
Soit ce qu'à l'herbe tendre Est , au printemps , la fraîcheur du matin 1 .
JOAD
Cieux, écoutez ma voix; terre, prête l'oreille2.
Ne dis plus, ô Jacob , que ton Seigneur sommeille. 1 1 40
Pécheurs, disparoissez : le Seigneur se réveille3.
(Ici recommence la symphonie, et Joad aussitôt reprend la parole.)
Comment en un plomb vil l'or pur s'est-il changé * ?
Quel est dans le lieu saint ce pontife égorgé 6 ?
Pleure , Jérusalem , pleure , cité perfide ,
Des prophètes divins malheureuse homicide 6 . 1145
De son amour pour toi ton Dieu s'est dépouillé.
1 . « Fluat ut ros eloquium meum , quasi imber super herbam , et quasi « stillae super gramina. » (Deutéronome, xxxu, 2.)
2. « Audite, cœli, quae loquor, audiat terra verba oris mei. » (Ibidem, xxxn, I.) — « Audite cœli, et auribus percipe, terra. » (Tsaïe, i, 2.)
3. « Deficiant peccatores a terra, et iniqui ita ut non sint. » (Psaume cm,
35.) — ce Exsurgat Deus , et dissipentur inimici ejus Pereant peccatores a
« facie Dei. » (Psaume lxvii, 2 et 3.) — a Et excitatus est tanquam dormiens « Dominus. » (Psaume lxxvii, 65.)
4. « Joas. j> (Note de Racine.) — « Quomodo obscuratum est aurum, mu- « tatus est color optimus ? » (Lamentations de Jérémie, IV, 1.)
5. « Zacharie. » (Note de Racine.) — Voyez ci-dessus la Préface de Racine, p. 601, et la note 4 a cette même page. «La plupart ont dit que l'auteur détruit ici l'intérêt pour Joas, en prévenant sans nécessité les auditeurs que Joas doit un jour faire égorger le fils de son bienfaiteur. Plusieurs ont voulu excuser cet endroit comme langage prophétique , qui ne fait pas naître une idée distincte. Les critiques ont répondu que, si le discours du grand prêtre ne porte aucune idée, il est inutile; s'il présente quelque chose de réel, comme on n'en peut douter par les notes de l'auteur, il détruit l'intérêt. » (Sentiments de V Académie.) — M. de la Rochefoucauld-Liancourt dit que l'Académie s'est arrêtée là ; et que c'est d'Alembert qui a écrit à la marge : « Les autres ont répliqué que l'intérêt principal de la pièce ne porte point sur Joas, mais sur l'accomplissement des promesses de Dieu en faveur de la race de David. »
6. « Jérusalem, Jérusalem, qua? occidis prophetas. ... » (Évangile de saint Matthieu, xxm, 37.)