‹ Œuvres; (volume 2)Chapitre 46 sur 493 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

MITHRIDATE

Je ne le croirai point? Vain espoir qui me flatte !

Tu ne le crois que trop, malheureux Mithridate.

Xipharès mon rival ? et d'accord avec lui

La Reine auroit osé me tromper aujourd'hui ? 1 o 1 o

Quoi? de quelque côté que je tourne la vue,

La foi de tous les cœurs est pour moi disparue ?

1 . Toutes les éditions anciennes donnent ainsi payez, sans doute pour payiez ; le verbe suivant est au subjonctif : « ait pu percer. »

2. Far. Je ne vas désormais penser qu'à nous venger. (1673 et 76)

— La leçon que nous avons suivie, d'après le texte de 1697, doit être réellement celle que Racine a fini par adopter, je vas ayant vieilli. Dans l'édition de 1687 cependant, où cette leçon semble se montrer pour la première fois, il n'y a peut-être qu'une faute de l'imprimeur, une substitution d'i à s : on y Ut je vai, quoique dans cette même édition je vais soit ailleurs écrit (au vers io85 par exemple) avec l'orthographe ordinaire.

MITHRÏDATE.

Tout m'abandonne ailleurs? tout me trahit ici ? Pharnace , amis , maîtresse ; et toi , mon fils , aussi 1 ?

Toi de qui la vertu consolant ma disgrâce ioi5

Mais ne connois-je pas le perfide Pharnace?

Quelle foiblesse à moi d'en croire un furieux

Qu'arme contre son frère un courroux envieux2,

Ou dont le désespoir me troublant par des fables ,

Grossit, pour se sauver, le nombre des coupables! 1020

Non, ne l'en croyons point; et sans trop nous presser,

Voyons, examinons. Mais par où commencer?

Qui m'en éclaircira? quels témoins? quel indice?...

Le ciel en ce moment m'inspire un artifice.

Qu'on appelle la Reine. Oui, sans aller plus loin , 1025

Je veux l'ouïr. Mon choix s'arrête à ce témoin.

L'amour avidement croit tout ce qui le flatte.

Qui peut de son vainqueur mieux parler que l'ingrate ?

Voyons qui son amour accusera des deux.

S'il n'est digne de moi , le piège est digne d'eux 3 . 1 o 3 o

Trompons qui nous trahit ; et pour connoître un traître v

Il n'est point de moyens.... Mais je la vois paraître4 :

Feignons ; et de son cœur, d'un vain espoir flatté ,

Par un mensonge adroit tirons la vérité.

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