SCÈNE VIII
SALOMITH, le Choeur.
SALOMITH.
Que de craintes , mes sœurs , que de troubles mortels ! Dieu tout-puissant , sont-ce là les prémices , Les parfums et les sacrifices Qu'on devoit en ce jour offrir sur tes autels? 1190
UNE FILLE DU CHOEUR
Quel spectacle à nos yeux timides !
Qui l'eût cru, qu'on dut voir jamais Les glaives meurtriers , les lances homicides Briller dans la maison de paix ?
UNE AUTRE
D'où vient que, pour son Dieu , pleine d'indifférence2,
1. « Deditque Jo'iada sacerdos centurionibus lanceas, clypeosque et peltas « régis David, quas consecraverat in dorao Domini. » [Livre II des Paralipomènes, xxm, 9.) Voyez aussi le livre IV des /?oz\y, xi, 10.
2. Ce vers et les neuf suivants ne sont pas dans l'édition de 1691; mais ils sont dans celle de 1692. Tls ne furent donc pas, comme le dit ici Geoffroy, ajoutés six ans après. L'édition de 1702 (Amsterdam) les a omis. — La Harpe suppose que ces dix. vers ne furent pas composés après coup, que Racine les avait faits tout d'abord avec le reste du cbœur, et qu'il les omit dans l'édition in-40 de 1691, parce qu' « on craignit, dit-il, que la malignité n'en fît l'application à Louis XIV, dont la France alors commençait à être moins contente, et que les ennemis de l'auteur, qui étaient très-actifs à profiter de tout, ne se servissent de ces vers pour lui nuire ? » Pourquoi n'aurait-on pas eu la même crainte en 1692 et en 1697? Cette supposition, qui ne s'appuie sur aucun témoignage ancien, nous paraît, comme à Geoffroy 5 plus qu'improbable.
ATHALIE
Jérusalem se tait en ce pressant danger?
D'où vient, mes sœurs, que pour nous protéger Le brave Abner au moins ne rompt pas le silence ?
SALOMITH.
Hélas! dans une cour où l'on n'a d'autres lois
Que la force et la violence , nou
Où les honneurs et les emplois Sont le prix d'une aveugle et basse obéissance ,
Ma sœur, pour la triste innocence
Qui voudroit élever sa voix ?
UNE AUTRE
Dans ce péril , dans ce désordre extrême , x 2 o 5 Pour qui prépare-t-on le sacré diadème ?
SALOMITH.
Le Seigneur a daigné parler.
Mais ce qu'à son prophète il vient de révéler, Qui pourra nous le faire entendre ?
S'arme-t-il pour nous défendre ? 1210 S'arme-t-il pour nous accabler?
TOUT LE CHOEUR chante.
O promesse ! ô menace ! ô ténébreux mystère ! Que de maux, que de biens sont prédits tour à tour ! Comment peut-on avec tant de colère
Accorder tant d'amour ? m5
UNE VOIX seule.
Sion ne sera plus. Une flamme cruelle Détruira tous ses ornements.