‹ Œuvres; (volume 2)Chapitre 479 sur 493 · ACTE V, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE I

Et mêloient leurs sanglots à leurs cris d'allégresse. Lui, parmi ces transports, affable1 et sans orgueil, i 5a 5 A l'un tendoit la main, flattoit l'autre de l'œil2, Juroit de se régler par leurs avis sincères , Et les appeloit tous ses pères ou ses frères.

SALOMITH.

Ce secret au dehors est-il aussi semé ?

ZACHARIE

Ce secret dans le temple est encor renfermé. i 5 3o

Des enfants de Lévi la troupe partagée

Dans un profond silence aux portes s'est rangée.

Tous doivent à la fois précipiter leurs pas ,

Et crier pour signal : « Vive le roi Joas 3 î »

Mais mon père défend que le Roi se hasarde , i 5 3 5

Et veut qu'Azarias demeure pour sa garde.

Cependant Athalie , un poignard à la main ,

Rit des foibles remparts de nos portes d'airain.

Pour les rompre , elle attend les fatales machines ,

1. Louis Racine dit ici dans ses Notes sur la langue «/'Athalie : a 11 s'est servi du même mot dans un de ses Cantiques (c'est dans le premier, au vers 34) :

Avec toi marche la Douceur, Que suit avec un air affable La Patience, etc.

Ces mots affable et affabilité sont devenus très-françois, malgré Patru qui les condamnoit. »

2. Le rapport est frappant entre ce passage et les vers 3î8 et suivants de VIphigénîe d'Euripide; il l'est plus encore lorsqu'on a sous les yeux l'imitation que Rotrou en a faite (Iphigénie en Aulide, acte II, scène 11) :

Jamais pour s'élever on ne se mit si bas : Vous offriez à l'un, à l'autre ouvriez les bras, Serriez à l'un la main, jetiez les yeux sur l'autre.

Le premier de ces vers marque le sens satirique du morceau; il ne pouvait y avoir dans les vers de Racine aucune intention semblable; mais il a pensé qu'une telle peinture n'avait pas besoin d'être épigrammatique pour être vraie. ie troisième vers de Rotrou ressemble beaucoup au vers i52Ô d' Athalie.

3. « Imprecatique sunt ei, atque dixerunt : Vivat Rex. » (Livre II des ParrilipomèneSy xxm, n.)

J. Racine, iii 44

ATHALIE

Et ne respire enfin que sang et que ruines. 1 540

Quelques prêtres, ma sœur, ont d'abord proposé Qu'en un lieu souterrain , par nos pères creusé , On renfermât du moins notre arche précieuse. « O crainte , a dit mon père , indigne , injurieuse ! L'arche , qui fit tomber tant de superbes tours 1 , 1545 Et força le Jourdain de rebrousser son cours 2 , Des dieux des nations tant de fois triomphante , Fuiroit donc à l'aspect d'une femme insolente ? » Ma mère , auprès du Roi , dans un trouble mortel , L'œil tantôt sur ce prince et tantôt vers l'autel, 1 5 5o Muette , et succombant sous le poids des alarmes , Aux yeux les plus cruels arracheroit des larmes. Le Roi de temps en temps la presse entre ses bras, La flatte — Chères sœurs, suivez toutes mes pas ; Et s'il faut aujourd'hui que notre roi périsse , 1 5 5 5

Allons, qu'un même sort avec lui nous unisse.

SALOMITH.

Quelle insolente main frappe à coups redoublés? Qui fait courir ainsi ces lévites troublés ? Quelle précaution leur fait cacher leurs armes ? Le temple est-il forcé ?

ZACHARIE

Dissipez vos alarmes : 1 5 6 o

Dieu nous envoie Abner.

1. Sur l'arche sainte promenée autour de Jéricho, et sur l'écroulement des murailles de cette ville, voyez le chapitre vi de Josuè.

2. Josué, pour traverser le Jourdain avec les Israélites, avait fait porter l'arche devant le peuple ; les eaux du fleuve s'arrêtèrent ; les prêtres qui portaient l'arche traversèrent, avec le peuple tout entier, le lit desséché du Jourdain. [Josué, m, 1-17.)

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