‹ Œuvres; (volume 2)Chapitre 58 sur 493 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

MITHRIDATE

Elle me quitte ! Et moi , dans un lâche silence ,

Je semble de sa fuite approuver l'insolence? 1 38o

Peu s'en faut que mon cœur , penchant de son côté ,

Ne me condamne encor de trop de cruauté?

Qui suis-je? Est-ce Monime? Et suis-je Mithridate?

Non, non, plus de pardon, plus d'amour pour l'ingrate.

Ma colère revient, et je me reconnois. 1 38 5

Immolons, en partant, trois ingrats à la fois.

Je vais à Rome , et c'est par de tels sacrifices

Qu'il faut à ma fureur rendre les Dieux propices.

I. Far. Et que d'un plein effet vos vœux seroient suivis. (iÔ73'S7)

MITHRIDATE

Je le dois, je le puis; ils n'ont plus de support : Les plus séditieux sont déjà loin du bord. 1 390

Sans distinguer entre eux qui je hais ou qui j'aime, Allons, et commençons par Xipharès lui-même.

Mais quelle est ma fureur? et qu'est-ce que je dis1? Tu vas sacrifier.... qui? malheureux ! Ton fils ? Un fils que Rome craint? qui peut venger son père ? 1395 Pourquoi répandre un sang qui m'est si nécessaire? Ah ! dans l'état funeste où ma chute m'a mis, Est-ce que mon malheur m'a laissé trop d'amis ? Songeons plutôt, songeons à gagner sa tendresse : J'ai besoin d'un vengeur, et non d'une maîtresse2. 1400 Quoi? ne vaut-il pas mieux, puisqu'il faut m'en priver, La céder à ce fils que je veux conserver? Cédons-la. Vains efforts, qui ne font que m'instruire Des foiblesses d'un cœur qui cherche à se séduire !

Je brûle , je l'adore ; et loin de la bannir 1 4 o 5

Ah ! c'est un crime encor dont je la veux punir 3 . Quelle pitié retient mes sentiments timides? N'en ai-je pas déjà puni de moins perfides? O Monime ! ô mon fils ! Inutile courroux !

1 . Geoffroy dit avec beaucoup de raison que dans ce monologue Racine semble avoir pris pour modèle celui d'Auguste dans Cinna (acte IV, scène n) . On y remarque les mêmes mouvements :

Non, non, je me trahis moi-même d'y penser....

Mais quoi? toujours du sang, et toujours des supplices!...

O Romains, ô vengeance, ô pouvoir absolu!...

2. Don Diègue, dans le Cid (acte III, scène vi, vers io58), dit à don Rodrigue :

Nous n'avons qu'un honneur, il est tant de maîtresses !

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