‹ Œuvres; (volume 2)Chapitre 68 sur 493 · ACTE V, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE IV

MONIME

Xipharès? Ah ! grands Dieux ! Je doute si je veille , i 5 5 5 Et n'ose qu'en tremblant en croire mon oreille. Xipharès vit encor? Xipharès, que mes pleurs

ARBATE.

Il vit chargé de gloire, accablé de douleurs.

De sa mort en ces lieux la nouvelle semée

Ne vous a pas vous seule et sans cause alarmée. i 56o

Les Romains , qui partout l'appuyoient par des cris ,

Ont par ce bruit fatal glacé tous les esprits.

Le Roi , trompé lui-même , en a versé des larmes ;

Et désormais certain du malheur de ses armes ,

Par un rebelle fils de toutes parts pressé , t 56 5

Sans espoir de secours tout prêt1 d'être forcé,

Et voyant pour surcroît de douleur et de haine ,

Parmi ses étendards porter l'aigle romaine,

Il n'a plus aspiré qu'à s'ouvrir des chemins

Pour éviter l'affront de tomber dans leurs mains. 1570

D'abord il a tenté les atteintes mortelles Des poisons que lui-même a crus2 les plus fidèles ; Il les a trouvés tous sans force et sans vertu*.

1 . Il y a bien prêt, et non près, dans les anciennes éditions : voyez ci-dessus, p. 5i, note ï.

2. Le texte de 1673 est le seul qui fasse accorder le participe; les éditions postérieures (1676-1697), et, à leur exemple, la plupart des éditions modernes portent cru sans accord, comme si le verbe être, qu'on peut sous-entendre, était exprimé : « a cru être les plus fidèles. »

3. C'est ce que racontent Appien (Guerre de Mithridate, chapitre Cxi), Dion Cassius, livre XXXVII, chapitre xni, et Justin, livre XXXVII, chapitre 11. — Dans la tragédie de la Calprenède, Mithridate qui a vu mourir autour de lui par le poison qu'elles ont volontairement pris Hypsicratée, sa femme, Mithridatie et Nise, ses filles, et Bérénice, femme de Pharnace, se plaint de ne pouvoir comme les autres trouver la mort. Ménandre, le chef de sa cavalerie, lui dit alors :

Ce sont là les effets de votre prévoyance, Lorsque pour vous garder de quelque trahison Vous ne vous nourrissiez que de contre-poison.

Votre cœur s'est muni

(La Mort de Mithridate, acte V, scène v.)

MITHRIDATE

« Vain secours , a-t-il dit , que j'ai trop combattu !

Contre tous les poisons soigneux de me défendre , 1575

J'ai perdu tout le fruit que j'en pouvois attendre.

Essayons maintenant des secours plus certains ,

Et cherchons un trépas plus funeste aux Romains. »

Il parle ; et défiant leurs nombreuses cohortes ,

Du palais , à ces mots , il fait ouvrir les portes 1 . 1 5 8 o

A l'aspect de ce front dont la noble fureur

Tant de fois dans leurs rangs répandit la terreur,

Vous les eussiez vus tous , retournant en arrière ,

Laisser entre eux et nous une large carrière ;

Et déjà quelques-uns couroient épouvantés 1 5 8 5

Jusque dans les vaisseaux qui les ont apportés2.

Mais, le dirai-je? ô ciel ! rassurés par Pharnace,

Et la honte en leurs cœurs réveillant leur audace ,

Ils reprennent courage , ils attaquent le Roi,

Qu'un reste de soldats défendoit avec moi. 1690

Qui pourroit exprimer par quels faits incroyables ,

Quels coups, accompagnés de regards effroyables,

Son bras , se signalant pour la dernière fois ,

A de ce grand héros terminé les exploits ?

Enfin las, et couvert de sang et de poussière , x 59 5

Il s'étoit fait de morts une noble barrière.

Un autre bataillon s'est avancé vers nous;

Les Romains, pour le joindre, ont suspendu leurs coups.

Ils vouloient tous ensemble accabler Mithridate.

Mais lui i « C'en est assez, m'a-t-il dit, cher Arbate; 1600

Le sang et la fureur m'emportent trop avant.

1. Far. Du palais à ces mots il leur ouvre les portes. (1673-87)

2. Louis Racine, dans ses Remarques sur Mithridate (tome I, p. 53 1), a montré la ressemblance qu'il y a entre ces vers et ce passage de Virgile [Énéide, livre II, vers 399-401) :

Diffugiunt alii ad navesy et littora cursu Fida petunt; pars ingentern, formidine turpi, Scandunt rursus equum, et nota conduntur in alvo

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