ACTE I, SCÈNE I
Et l'empire d'Asie à la Grèce promis :
De quel front immolant tout l'État à ma fille ,
Roi sans gloire, j'irois vieillir clans ma famille !
Moi-même (je l'avoue avec quelque pudeur),
Charmé de mon pouvoir , et plein de ma grandeur , 8 e
Ces noms de roi des rois et de chef de la Grèce ,
Chatouilloient de mon cœur l'orgueilleuse foiblesse.
Pour comble de malheur, les Dieux toutes les nuits,
Dès qu'un léger sommeil suspendoit mes ennuis ,
Vengeant de leurs autels le sanglant privilège , 8 5
Me venoient reprocher ma pitié sacrilège ,
Et présentant la foudre à mon esprit confus ,
Le bras déjà levé, menaçoient mes refus.
Je me rendis, Arcas; et vaincu par Ulysse,
De ma fille, en pleurant, j'ordonnai le supplice. 90
Mais des bras d'une mère il falloit l'arracher.
Quel funeste artifice il me fallut chercher !
D'Achille, qui l'aimoit, j'empruntai le langage.
J'écrivis en Argos 1 , pour hâter ce voyage,
Que ce guerrier, pressé de partir avec nous, | 95
Vouloit revoir ma fille , et partir son époux 2 .
1. La même locution se trouve dans les vers de Rotrou que nous citons à la note suivante : « Je dépêche en Argos. » Ménage, dans ses Observations sur la langue française (édit. de 1672, p. 212), nous dit qu'on employait autrefois en, non pas seulement devant les noms de royaumes, de contrées, mais aussi devant les noms de villes commençant par une voyelle et devant quelques autres : en Arles, en Avignon, en Jérusalem, etc. Peu à peu on s'est habitué à remplacer en par à devant les noms de villes; mais il en est quelques-uns devant lesquels l'usage de en a persisté assez longtemps. — Voyez ce que nous avons dit ci-dessus, au sujet des mots en Aulide, p. 148, note 1.