ACTE I, SCÈNE I
Qu'est-ce qu'on vous écrit? Daignez m'en avertir.
AGAMEMNON
Non, tu ne mourras point, je n'y puis consentir. 40
ARCAS
Seigneur....
AGAMEMNON
Tu vois mon trouble; apprends ce qui le cause, Et juge s'il est temps, ami, que je repose. Tu te souviens du jour qu'en Aulide assemblés Nos vaisseaux par les vents sembloient être appelés. Nous partions ; et déjà > par mille cris de joie , .; Nous menacions de loin les rivages de Troie. Un prodige étonnant fit taire ce transport : Le vent qui nous flattoit nous laissa dans le port . 11 fallut s'arrêter , et la rame inutile
Fatigua vainement une mer immobile. 5o Ce miracle inouï me fit tourner les yeux Vers la divinité qu'on adore en ces lieux. Suivi de Ménélas , de Nestor , et d'Ulysse 1 , J'offris sur ses 2 autels un secret sacrifice. Quelle fut sa réponse ! et quel devins-je , Arcas , 5 5 Quand j'entendis ces mots prononcés par Calchas ! « Vous armez contre Troie une puissance vaine , Si dans un sacrifice auguste et solennel Une fille du sang d'Hélène3
! . Euripide ne nomme pas Nestor, mais seulement Ménélas et Ulysse :
Kâ^aç, 'Oèu<!G£i)ç, Msvéleox; ts.... (Vers ioôet 107.)
•2. Ses est la leçon des premières éditions. II y a ces dans l'édition de 1697, ce qui est sans doute une faute.
î. Dans les Remarques sur /'Iphigénie de M. Racine, ce vers de l'oracle est critiqué : a II s'agit de savoir si dans la pureté de notre langue on peut également entendre par les termes : une fille du sang d'Hélène, Ériphile, fille d'Hélène et Iphigénie, sa nièce — Cette manière de parler : une fille du sang J' Hélène, ne marque point la fille d'Hélène, de même que ces paroles . fille d'Hélène, ne désigneroient point Iphigénie, sa nièce, laquelle cependant est
De Diane en ces lieux n'ensanglante l'autel. Pour obtenir les vents que le ciel vous dénie , Sacrifiez Iphigénie. »
ARCAS
"Votre fille !
AGAMEMNON
Surpris , comme tu peux penser , Je sentis dans mon corps tout mon sang se glacer Je demeurai sans voix, et n'en repris l'usage Que par mille sanglots qui se firent passage. Je condamnai les Dieux , et sans plus rien ouïr , Fis vœu sur leurs autels de leur désobéir. Que n'en croyois-je alors ma tendresse alarmée? Je voulois sur-le-champ congédier l'armée 4. Ulysse en apparence approuvant mes discours, De ce premier torrent laissa passer le cours. Mais bientôt rappelant sa cruelle industrie , Il me représenta l'honneur et la patrie , Tout ce peuple , ces rois à mes ordres soumis ,
une fille de son sang. » S'il y a lieu à une critique, nous croirions au contraire que c'est plutôt Iphigénie qu'Erîphile qui serait improprement désignée par le nom de fille du sang d'Hélène, dont elle ne descend pas. Mais, obscurs à dessein, les oracles devaient se contenter quelquefois d'à peu près dans leur ambiguïté. Fille du sang d'ailleurs ne peut-il s'entendre dans le sens des mots grecs '6/jt.a.i/JLOç, GOvotiftos, qui avaient assez d'étendue?
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«Lorsque j'eus entendu cet oracle, j'ordonnai à Talthybius de proclamer à haute voix que l'armée entière était congédiée, parce que je ne pourrais jamais avoir le courage de faire mourir ma fille. Mais alors mon frère , employant toute son éloquence, me persuada d'avoir ce cruel courage. » (Vers 94-98.) — ftotrou (acte I, scène v) :
Lors je n'affecte honneur, pouvoir ni renommée, Et veux faire au héraut congédier l'armée.