TITE-LIVE
Nous avons parlé à la page io3, note 2, de notre tome V, d'un très-petil nombre de notes manuscrites sur Tite-Live. Elles sont d'une écriture qui n'est pas celle de la jeunesse de Racine; et comme d'ailleurs on les trouve sur un des feuillets de ses Fragments historiques^ ^ elles paraissent être du temps où il écrivait ces Fragments. Elles peuvent faire conjecturer (et c'est le seul intérêt qu'elles offi'ent) que Racine, lorsqu'il s'occupait de ses travaux d'historiographe, relisait les historiens anciens, pour étudier leur style, comparer, par exemple dans l'expression des choses militaires, leur langue à la nôtre, recueillir quelques pensées à son usage, peut-être préparer certains rappi'ochements. Il indique lui-même dans ses notes deux des pages de l'édition dont il se servait, et cette indication se rapporte à une édition de Francfort-sur-le-Mein {Francoforti ad Mœnum , apud Joannem et Sigismundum Feyerabendt, M.D.LXXniI"^) . Les quelques expressions et les quelques faits qu'il a notés étant tirés de sept pages seulement de cette édition (400-406), on peut croii'e que nous n'avons là qu'un fragment d'extraits nombreux qu'il faisait alors du même historien. Nous ne nous exagérons pas l'intérêt d'un si court fragment, mais précisément parce qu'il est fort court, nous croyons pouvoir le reproduire : « Moratores aut palantes. Tit Liv. 3. C'est ce que nous appelons traîneurs'*. — Intra bina castra^, en deux jours de marche. — Obsidionem sine certamine solvit^, fit lever le siège sans donner de combat. — Gens nata instaurandis reparandisque bellis — Munierunt Romana imperia ^. — Quses-
1. Au feuillet 197 recto du tome TI des manuscrits de Racine conservés à la Bibliothèque impériale.
2. Cette édition est, dit-on, la répétition exacte de celle de i568, publiée également à Francfort, chez les mêmes libraires. Racine a donc pu se servir de l'une ou de l'autre de ces éditions.
3. Page 400. Livre XXIV, chapitre xt,i. Nous citons la page d'après l'édition de Francfort, mais le chapitre d'après l'édition Lemaire,le Tite-Live in-folio de 1578 n'étant pas divisé en chapitres.
4. A la suite de traîneurs^ on peut lire, bien qu'ils soient effacés, les mots : « marauds de grande route. » Il y a dans le texte de Tite-Live : aut moratorum (qui peut venir ou de morator ou de moratus) aut palantium. Le latin morator est une des étymologies qu'on a proposées pour expliquer l'origine du français maraud. Est-ce pour cela que Racine avait rapproché les deux mots?