a Un teint naturel, un embonpoint ferme et dru
(Térence, Eunuque^ acte II, scène iv, vers 3i8.)
9. « Ma maison est une maison de prière. » {Isaïe^ chapitre lti, verset 7; saint Luc^ chapitre xix, verset 46.)
Lettre 14 (revue sur l'autographe, conserve à la Bibliothèque impériale). — i. Le R. P. Antoine Sconin, vicaire ge'ne'ral à Uzés. Voyez la Notice biographique^ p. 41 •
2. Pierre Sconin, frère du vicaire général. Voyez ci-dessus, p. 376, la note 5 de la lettre 3.
LETTRES
Sans cela il eût envoyé au Saint-Esprit son garçon et son cheval. Il m'a donné une chambre tout auprès de lui, et il prétend que je le soulagerai un peu dans le gi^and nombre de ses affaires ; car je vous assure qu il en a beaucoup. Non-seulement il fait toutes celles du diocèse, mais il a même f administration de tous les revenus du chapitre, jusqu'à ce qu'il ait payé quatre-vingt mille livres de dettes où le chapitre s'est engagé. Il a pris pour cela un terme de six ans. Il s'y entend tout à fait, et il n'y a point de dom Cosme ' en son affaire . Avec tout cet embarras, il a encore celui de faire bâtir ; car il fait achever une fort jolie maison qu'il a commencée, il y a un an ou deux, à un bénéfice qui est à lui, a une demi-lieue d'Usez. J'en reviens encore tout présentement. Elle est toute faite déjà; il n'y a plus que le jardin à défricher. C'est la plus régulière et même la plus agréa- I ble de tout Usez. Elle est tantôt toute meublée. Mais il ! lui en a coûté de l'argent pour la mettre en cet état : I c'est pourquoi il ne faut pas demander à quoi il a em- 1 ployé ses revenus. Il est fort fâché de ce que je n'ai j point apporté de démissoire*; mais c'est la faute de |M. Sconin^. Je l'ai pressé le plus que j'ai pu pour cela, i et lui-même lui en écrit, mais j'appréhende furieusement sa longueur.
Il m'auroit déjà mené à Avignon pour y prendre la tonsure ; et la raison de cela est que le premier bénéfice
3. Dom Cosme, qui, selon l'éditeur de 1807, était un religieux I bénédictin, est un des frères d'Antoine Sconin : c'est ce que dit jexpressément Racine dans sa Lettre à M. Vitart, du 16 mai 1662. I Voyez, sur ce dom Cosme, la Notice biographique^ p, 45 et 46. I 4» Un demissoire^ ou, forme plus ordinaire et plus correcte, di- \missoire, est une lettre par laquelle un évêque consent qu'un de ses idiocésains soit consacré par un autre évêque.
i 5. Ce M. Sconin paraît être le même que Racine désigne plus jhaut sous le nom de dom Cosme.
! J. Racinf. m 27
LETTRES
j qui viendra à vaquer dans le chapitre est à sa nomination. L'Évéque ® a nommé, et le Prévôt aussi; c'est maintenant son tour. Quand ce temps-là viendra, je vous en manderai des nouvelles. Cependant si vous pouviez me faire avoir un démissoire, vous m'obligeriez infiniment. Monsieur le prieur de la Ferté vous donnera aisément mon extrait baptistère, et vous n'auriez qu'à l'envoyer à quelqu'un de votre connoissance à Soissons : on auroit le démissoire aussitôt. Mais ce sera quand vous y pourrez songer sans vous détourner le moins du monde. Au reste, nous ne laisserons pas d'aller à Avignon quelqu'un de ces jours ; car mon oncle veut m'aclieter des livres, et il veut que j'étudie. Je ne demande pas mieux, et je vous assure que je n'ai pas eu encore la curiosité de voir la ville d'Usez, ni quelque personne que ce soit. Il est bien aise que j'apprenne un peu de théologie dans saint Thomas, et j'en suis tombé d'accord fort volontiers. Enfin, je m'accorde le plus aisément du monde à tout ce qu'il veut. Il est d'un naturel fort doux, et il me témoigne toutes les tendresses possibles. Il reconnoît bien que son affaire d'Anjou a été fort mal conduite, mais il espère que Monsieur d'Usez raccommodera tout. En effet, il lui a mandé qu'il le feroit. Il me demande tous les jours mon ode de la paix^, car il a donné à Monsieur rÉvéque celle que je lui envoyai ; et non -seulement lui, mais même tous les chanoines m'en demandent, et le Prévôt surtout. Ce prévôt^ est le doyen du chapitre; il est âgé de ^5 ans, et le plus honnête homme du monde. j
6. L'évêque d'Uzès était Jacques Àdhémar de Grignan, oncle di' gendre de Mme de Sévigné. Voyez la Notice biographique , p. 41 • |
7. Vode de la Nymphe de la Seine : voyez ci-dessus, p. 877 879 1
8. Thomas Thiboult, qui fut pre'vôt du chapitre d'Uzès de i65{j à 1666. Il avait été chanoine de Saint-Lô. Voyez le Gallia chrisj tianuy tome VI, p. 653.
LETTRES
Enfin c'est le seul que mon oncle m'a bien recommandé d'aller voir : ils sont grands amis. Son bénéfice vaut cinq mille livres de rente ; il est des anciens, et il n'est pas réformé. Il a beaucoup d'esprit et d'étude. Ainsi, si vous avez encore quelque ode, je vous prie d'en faire bien couper toutes les marges, et de me l'envoyer; j'avois négligé d'en apporter. On me fait ici force ^ caresses à cause de mon oncle. Il n'y a pas un curé ni un maître d'école qui ne m'ait fait le compliment gaillard, auquel je ne saurois répondre que par des révérences, car je n'entends pas le françois de ce pays, et on n'entend pas le mien : ainsi je tire le pied fort humblement; et je dis, quand tout est fait: Adiousias, Je suis marri de ne les point entendre pourtant ; car si je continue davantage à ne leur pouvoir répondre, j'aurai bientôt la réputation d'un incivil ou d'un homme non let* tré. Et je suis perdu si cela est ; car en ce pays les civilités et les cérémonies sont encore plus en usage qu'en Italie. Je suis épouvanté tous les jours de voir des villageois, piednus ou ensabotés (ce mot doit bien passer, puisque encapuchonné a passé), qui font des révérences comme s'ils avoient appris à danser toute leur vie. Outre cela, ils causent des mieux, et pour moi j'espère que Fair du pays me va raffiner de moitié, pour peu que j y demeure ; car je vous assure qu'on y est fin et délié plus qu'en aucun lieu du monde. Pour les jours, ils y sont les plus beaux du monde. Tous les arbres sont encore aussi verts qu'au mois de juin, et aujourd'hui que je suis sorti à la campagne, je vous proteste que la chaleur m'a tout à fait incommodé : jugez ce que ce peut être en été. Je n'ai plus de papier que pour assurer Mlle Vitart de mes
9. U y a dans l'original forces^ au pluriel : voyez p. 102,, note I.