‹ Œuvres; (volume 3)Chapitre 275 sur 394 · Racine avait d'abord ainsi tourné ce vers · texte numérisé non relu

Racine avait d'abord ainsi tourné ce vers

Et que moi qui savois écrire.

Lettre 32. — i. Revue sur l'autographe, conservé à la Bibliothèque impériale.

LETTRES

Les reproches mêmes sont doux

Venant d'une bouche si chère :

Mais si je méritois d'être loué de vous, Et que je fusse un jour capable de vous plaire,

Combien ferois-je de jaloux ?

Je m'en vas donc faire tout mon possible pour venir à bout d'un si grand dessein. Je serai heureux si vous pouvez vous louer de moi avec autant de justice que vous vous en plaignez; et je ferois de mon côté un fort bel ouvrage si je savois dire vos vertus avec autant d'esj prit que vous dites les miennes. Je ne vous accuserai point de me flatter : vous les représentez au naïf. S'il en est de même de la passion de Monsieur l'Abbé, je tiens qu'il n'est pas mal partagé. Et quand le portrait de Mlle Lucrèce auroit été fait par le plus habile peintre du monde, il ne sauroit sans doute égaler celui que vous faites d'un amoureux en sa personne.

Je me l'imagine en effet

Tout languissant et tout défait, Qui gémit et soupire aux pieds de cette image.

Il contemple son beau visage, Il admire ses mains, il adore ses yeux.

Il idolâtre tout l'ouvrage.

Puis, comme si l'Amour le rendoit furieux. Je l'entends s'écrier : « Que cette image est belle î Mais que la belle même est bien plus belle qu'elle!

Le peintre n'a bien imité

Que son insensibilité. »

j Ainsi il ne faut pas s'étonner s'il a voulu donner une hydropique à M. d'Houy. Ce n'est pas qu'il ait aucune mauvaise volonté pour lui : il auroit grand tort. Mais il est si fortement possédé de l'idée de Mlle Lucrèce, que tout le reste des choses lui est entièrement indifférent. J'ai même de la peine à croire que vous ayez assez de puissance pour rompre ce charme, vous qui aviez accoutumé

LETTRES

~" de le charmer lui-même autrefois, aussi bien que beaucoup d'autres. Ce n'est pas qu'il pourroit avoir eu une pensée qui l'obligeoit de procurer ce mariage. Il vouloit sans doute marier l'eau avec le vin, en mariant M. d'Houy à une hydropique. Maisje suis bien certain que M. d'Houy s'y sera fortement opposé; car, comme dit la chanson, ni le vin ni lui ne veulent point d'eau. Outre qu'il aime mieux soupirer toute sa vie auprès de vous [au] hasard d'en être quelquefois battu, et de faire tous les jours la prière.

On m'a mandé que ma tante Vitart étoit allée à Chevreuse pour Mlle Sellyer^; maisje crois qu'elle n'y sera pas longtemps, et qu'elle sera ^ bientôt nécessaire au fauxbourg Saint-Germain Elle ne manquera pas de ^ pratique^, s'il plaît à Dieu, et elle ne se reposera de longtemps si elle attend que vous vous reposiez toutes. Peut-être qu'autrefois je n'en aurois pas tant dit impunément, mais je suis à couvert des coups. Vous pouvez néanmoins vous adresser à mon lieutenant M. d'Houy : il ne tiendra pas cette qualité à déshonneur, puisqu'il a bien passé pour mon recors ^.

2. A^nès Vitart, fille de Claude des Moulins {ma tante Vîtart), et mariée à Pierre SeJlyer, bailli de Chevreuse. Voyez ci-dessus, p. 407, la note 12 de la lettre 11.

Page 1