‹ Œuvres; (volume 3)Chapitre 342 sur 394 · Voyez ci-dessus, p. 5i5, la note 7 de la lettre · texte numérisé non relu

Voyez ci-dessus, p. 5i5, la note 7 de la lettre

grand plaisir. Vous avez bien fait de nous en acheter. Si vous trouvez occasion de nous en acheter encore à peu près au même prix, j'en serai fort aise; mais je ne crois pas qu'il y revienne de long temps.

Pour ce qui est de l'argent que vous avez à nous, je vous prie de le garder pour les occasions, et surtout d'en assister tous ceux de nos pauvres parents que vous croirez en avoir besoin dans ce temps de cherté . Si vous connoissez même quelques autres pauvres qui vous paroissent en grand besoin, je vous prie de ne leur en point refuser. Je me repose sur vous de tout cela, et je ne vous accuserai point d'avoir trop donné.

La petite Nanette^ a été bien tourmentée de deux grosses dents qui lui sont percées; mais il me semble qu'elle commence à revenir. Elle a l'humeur bien jolie, et ne manque point d'esprit, quoiqu'elle ne parle pas plus que quand vous nous l'avez renvoyée.

Vous ne mandez point à ma femme des nouvelles de sa toile. Elle vous salue, et M. Rivière aussi. Adieu, ma chère sœur : je suis tout à vous.

Racine.

Je ne sais si je vous ai mandé que le Roi m'a remis ma taxe de trésorier en France, qui montoit à quatre ou cinq mille francs.

Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Rivière, à la Ferté-Milon. (Cachet au cygne.)

3. Nanette (Anne Racine), née le 29 juillet 1682, avait alors trois ans et un mois.

LETTRES

j6. DÈ LA FONTAINE A RACINE*.

Du 6. juin ï686.

PoiGNAN, à son retour de Paris, m'a dit que vous preniez mon silence en fort mauvaise part : d'autant plus qu'on vous avoit assuré que je travaillois sans cesse depuis que je suis à Château-Thierry, et qu'au lieu de m' appliquer à mes affaires, je n'avois que des vers en tête. Il n'y a de tout cela que la moitié de vrai : mes affaires m'occupent autant qu'elles en sont dignes, c'est-à-dire nullement; mais le loisir qu'elles me laissent, ce n'est pas la poésie, c'est la paresse qui l'emporte. Je trouvai ici le lendemain de mon arrivée une lettre et un couplet d'une fille âgée seulement de huit ans ; j'y ai répondu : ç a été ma plus forte occupation depuis mon arrivée. Voici donc le couplet, avec le billet qui l'accompagne :

Sur rail' de Joconde.

Quand je veux faire une chanson

Au parfait la Fontaine, Je ne puis rien tirer de bon

De ma timide veine.

Elle est tremblante à ce moment,

Je n'en suis pas surprise.

Devant lui un^ foible talent

Ne peut être de mise.

« Je crois, en vérité, que je ne serois jamais parvenue à faire une chanson pour vous. Monsieur, si je n'a-

Lettre 56. — I. Le texte que nous donnons est conforme à celui qui est dans les OEuvres diverses de laFontaine (tome III, p. 3i7-32i), publiées en 1729 par l'abbé d'Olivet. C'est là que cette lettre a été imprimée- pour la première fois, aussi bien que la lettre 1 3 : voyez ci- dessus, p. ^l'x, note i.

2. Pour supprimer l'hiatus, l'éditeur de 1807, et après lui Aimé- Martin, ont remplacé un par mon.

LETTRES

vois en vue de m'en attirer une des vôtres. Vous me Tavez promise, et vous avez affaire à une personne qui est vive sur ses intérêts. Songez que je vous assassinerai jusqu'à ce que vous m'ayez tenu votre parole. De grâce, Monsieur, ne négligez point une petite Muse qui pourroit parvenir, si vous lui jetiez un regard favorable. »

Ce couplet et cette lettre, si ce qu'on me mande de Paris est bien vrai, n'ont pas coûté une demi-heure à la demoiselle, qui quelquefois met de l'amour dans ses chansons, sans savoir ce que c'est qu'amour. Comme j'ai vu qu'elle ne me laisseroit point en repos que je n'eusse écrit quelque chose pour elle, je lui ai envoyé les trois couplets suivants. Ils sont sur le même air.

Paule, vous faites joliment

Lettres et chansonnettes; Quelques grains d'amour seulement,

Elles seroient parfaites.

Quand ses soins au cœur sont connus,

Une Muse sait plaire.

Jeune Paule, trois ans de plus

Font beaucoup à l'affaire.

Vous parlez quelquefois d'amour,

Paule, sans le connoître; Mais j'espère vous voir un jour

Ce petit dieu pour maître.

Le doux langage des soupirs

Est pour vous lettre close. Paule, trois retours de zéphirs

Font beaucoup à la chose.

Si cet enfant, dans vos chansons,

A des grâces naïves.

Que sera-ce quand ses leçons

Seront un peu plus vives?

Pour aider l'esprit en ces vers

LETTRES. 537

Le cœur est nécessaire.

Trois printemps sur autant d'hivers Font beaucoup à l'affaire.

Voyez, Monsieur, s'il y avoit là de quoi vous fâcher de ce que je ne vous envoie pas les belles choses que je produis. Il est vrai que j'ai promis une lettre au prince de Conti ^ ; elle est à présent sur le métier : les vers suivants y trouveront leur place.

Un sot plein de savoir est plus sot qu'un autre homme :

Je le fuirois jusques à Rome ;

Et j'aimerois mille fois mieux

Un glaive aux mains d'un furieux,

Que l'étude en certains génies.

Ronsard est dur, sans goût, sans choix, Arrangeant mal ses mots, gâtant par son françois Des Grecs et des Latins les grâces infinies. Nos aïeux, bonnes gens, lui laissoient tout passer, Et d'éruditions ne se pouvoient lasser.

C'est un vice aujourd'hui : l'on oseroit à peine En user seulement une fois la semaine.

Quand il plaît au hasard de vous en envoyer, 11 faut les bien choisir, puis les bien employer, Très- sûrs qu'avec ce soin l'on n'est pas sûr de plaire. Cet auteur a, dit-on, besoin d'un commentaire. On voit bien qu'il a lu ; mais ce n'est pas l'affaire : Qu'il cache son savoir, et montre son esprit. Racan ne savoit rien : comment a-t-il écrit ? Et mille autres raisons, non sans quelque apparence. Malherbe de ces. traits usoit plus fréquemment. Sous lui la cour n'osoit encore ouvertement

Sacrifier à l'ignorance.

Puisque je vous envoie ces petits échantillons, vous

3. François-Louis de Bourbon, prince de la Roche-sur- Yon, puis prince de Conti après la mort de son frère aîné, Louis-Armand de Bourbon (9 novembre i685 ). Né le 3 o avril 1664, il mourut le 21 février 1709. Voyez au tome I, p. 3 20, note 4-

LETTRES

en conclurez, s il vous plaît, qu'il est faux que je fasse le mystérieux avec vous. Mais, je vous en prie, ne montrez ces derniers vers à personne ; car Mme de la Sablière ne les a pas encore vus.

DE RACINE A MADEMOISELLE RIVIERE

A Paris, ce 4^ novembre [1686^].

Je ne vous écris qu'un mot, ma très-chère sœur, pour vous dire que je n'ai point reçu de vos nouvelles, depuis une lettre où vous me parliez du procès qu'on fait à la ville pour les reliques de saint Vuîgis^. Comme j'étois alors en Picardie, je ne vous fis point de réponse. Si j'avois été à Paris, j'aurois sollicité de bon cœur avec Monsieur le procureur du Roi^. Depuis ce temps, j'ai été à Fontainebleau. Je suis maintenant de retour à Paris, et nous sommes logés dans une maison où apparemment nous demeurerons longtemps : c'est dans la rue des Maçons*, près de la Sorbonne. Ainsi, lorsque vous m'écrirez, je vous prie de m'adresser vos lettres simplement dans la rue des Maçons. Vous ne m'avez point mandé si vous aviez reçu celle où je vous envoyois une promesse

Lettre 5 7 (revue sur Fautographe, conservé à la Fertë-Milon). — I. La date de 1686 est donnée par la mention que Racine fait, dans cette lettre, de son récent établissement dans la rue des Maçons et de l'accoucliement prochain de sa femme. Jeanne-Nicole-Françoise, née le 29 novembre 1686, est le premier de ses enfants qui ait été baptisé dans l'église Saint-Séverin, paroisse de la rue des Maçons. Voyez son acte de baptême, tome I, p. i85.

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