‹ Œuvres (volume 4)Chapitre 103 sur 311 · NARCISSE · texte numérisé non relu

NARCISSE

Ce langage, Seigneur, est facile à comprendre; Avec quelque bonté César daigne m'entendre :

Mes soins trop bien reçus pourraient vous irriter

A l'avenir, Seigneur, je saurai l'éviter.

BUBRHUS.

Narcisse, vous réglez mes desseins sur les vôtres :

Ce que vous avez fait, vous l'imputez aux autres.

Ainsi lorsqu'inutile au reste des humains,

Claude laissoit gémir l'empire entre vos mains ,

Le reproche éternel de votre conscience

Condamnoit devant lui Borne entière au silence.

Vous lui laissiez à peine écouter vos flatteurs,

Le reste vous seinbloit autant d'accusateurs

Qui prêts à s'élever contre votre conduite,

Alloient de nos malheurs développer la suite,

Et lui portant les cris du peuple et du sénat,

Lui demander justice au nom de tout l'État.

Toutefois pour César je crains votre présence :

Je crains, puisqu'il vous faut parler sans complaisance,

Tous ceux qui comme vous flattant tous ses désirs, Sont toujours dans son cœur du parti des plaisirs. Jadis à nos conseils l'Empereur plus docile Affectoit pour son frère une bonté facile, Et de son rang pour lui modérant la splendeur, De sa chute à ses yeux eaclioit la profondeur. Quel soupçon aujourd'hui, quel désir de vengeance Rompt du sang des Césars l'heureuse intelligence ? Junie est enlevée, Agrippine frémit; Jaloux et sans espoir Eritannicus gémit : Du cœur de l'Empereur son épouse bannie, D'un divorce à toute heure attend l'ignominie. Elle pleure ; et voilà ce que leur a coûté L'entretien d'un flatteur qui veut être écouté.

NAJRCISSE

Seigneur, c'est un peu loin pousser la violence ; T ous pouvez tout ; j'écoute, et garde le silence. Mes actions un jour pourront vous repartir : Jusque-là

BURRHTJS.

Puissiez-vous bientôt me démentir !

Plût aux Dieux qu'en effet ce reproche vous touche ! Je vous aiderai même à me fermer la bouche. Sénèque, dont les soins devroient me soulager, Occupé loin de Rome, ignore ce danger.

Réparons, vous et moi, cette absence funeste : Du sang de nos Césars réunissons le reste. Rapprochons-les, Narcisse, au plus tôt, dès ce jour, Tandis qu'ils ne sont point séparés sans retour.

On ne trouve rien dans cette scène qui ne réponde au reste de la pièce pour la versification; niais son ami craignit qu'elle ne produisît un mauvais effet sur les spectateurs : « Vous les indisposerez , lui dit-il , en leur montrant ces deux hommes ensemble. Pleins d'admiration pour l'un , et d'horreur pour l'autre, ils souffriront pendant leur entretien. Convient-il au gouverneur de l'Empereur, à cet homme si respectable par son rang et sa probité, de s'abaisser à parler à un misérable affranchi, le plus scélérat de tous les hommes? Il le doit trop mépriser pour avoir avec lui quelque éclaircissement. Et d'ailleurs quel fruit espère-t-il de ses remontrances? Est-il assez simple pour croire qu'elles feront naitre quelques remords dans

le cœur de Narcisse? Lorsqu'il lui fait connoître l'intérêt qu'il prend à Britannicus, il découvre son secret à un traître, et au lieu de servir Britannicus, il en précipite la perte. » Ces réflexions parurent justes, et la scène fut supprimée.

Cette pièce fit connoitre que l'auteur n'étoit pas seulement rempli des poètes grecs, et qu'il savoit également imiter les fameux écrivains de l'antiquité. Que de vers heureux, et combien d'expressions énergiques prises dans Tacite ! Tout ce que Burrhus dit à Néron quand il se jette à ses pieds, et qu'il tâche de l'attendrir en faveur de Britannicus, est un extrait de ce que Sénèque a écrit de plus beau dans son traité sur la Clémence, adressé à ce même Néron. Ce passage du Panégyrique de Trajan par Pline : Insulas quas modo senatorum, jam delatorum turba compleverat^y etc., a fourni ces deux beaux vers :

Les déserts autrefois peuplés de sénateurs, Ne sont plus habités que par leurs délateurs.

M. de Fontenelle, dans la Vie de Corneille, son oncle, nous dit que Bérénice fut un duel. En effet, ce vers de Virgile :

Infelix puer atque impar congressus Achilli 2,

fut appliqué alors par quelques personnes au jeune combattant, à qui cependant la victoire demeura. Elle ne fut pas même disputée; la partie n'étoit pas égale. Corneille n'étoit plus le Corneille du Cid et des Hnraces; il étoit devenu l'auteur A'Agésilas. Une princesse3 fameuse par son esprit et par son amour pour la poésie, avoit engagé les deux rivaux à traiter ce même sujet. Ils lui donnèrent en cette occasion une grande preuve de leur obéissance, et les deux Bérénices parurent en même temps, en 1671 A.

L'abbé de Villars voulut faire briller son esprit aux dépens

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