‹ Œuvres (volume 4)Chapitre 112 sur 311 · Antoine Arnauld · texte numérisé non relu

Antoine Arnauld

monde ne seroit capable de me le faire dire. C'est pourquoi aussi je ne pourrois me résoudre à faire un pas pour avoir la liberté de revoir mes amis, à moins que ce ne fût à mon prince seul que j'en fusse redevable.

a Je suis, etc.1. »

Boileau, nouvel académicien, fut longtemps assez exact aux assemblées, dans lesquelles il avoit souvent des contradictions à essuyer. Il parle, dans une lettre écrite à mon père, de ses disputes avec M. Charpentier s. Dans ces disputes littéraires, il ne trouvoit pas ordinairement le grand nombre pour lui, parce qu'il étoit environné de confrères peu disposés à être de son avis. Un jour cependant il fut victorieux; et quand il racontoit cette victoire, il ajoutait, en élevant la voix : « Tout le monde fut de mon avis : ce qui m'étonna ; car j'avois raison, et c'étoit moi. »

Lorsqu'il fut question de recevoir à l'Académie M. le marquis de Sainte-Aulaire, il s'y opposa vivement, et répondit à ceux qui lui représentaient qu'il falloit avoir des égards pour un homme de cette condition : « Je ne lui dispute pas ses titres de noblesse, mais je lui dispute ses titres du Parnasse3. » Un des académiciens ayant répliqué que M. de Sainte-Aulaire avoit aussi ses titres du Parnasse, puisqu'il avoit fait de fort jolis vers : « Eh bien, Monsieur, lui dit Boileau, puisque vous estimez ses vers, faites-moi l'honneur de mépriser les miens. »

En 1 68 5, M. le marquis de Seignelay, devant donner dans

i. L. Racine a mêlé les fragments de deux lettres d'Arnauld, lime du 7 avril i685 , l'autre du i5 juilet i6q3. Le fragment de la seconde commence aux mots : a Si j'ai quelque peine. » Ces lettres se trouvent l'une et l'autre parmi les manuscrils de Racine, à la Bibliothèque impériale. Nous n'indiquons pas ici les inexactitudes du texte de L. Racine , parce que nous insérerons les deux lettres en leur lieu dans cette édition.

2. Recueil des lettres, p. 90. Note de L. Racine.) — Cette note dp L. Racine renvoie au Recueil publié en 1747» avec les Mémoires, comme nous en avons déjà averti p. 241, note 1. La lettre citée est celle que Roileau écrivit de Bourbon, le 28 août 1687.

Page 1