Tome II, p
temporelles (comme je l'ai dit), fit pour elles ce mémoire; et quoiqu'il ne contînt qu'une explication en peu de mots de leur recette et de leur dépense, les premières copies de ce mémoire, écrites de sa main, m'ont fait juger par les ratures dont elles sont remplies, que ces sortes d'écrits, où il faut éviter tout ornement desprit, en se bornant à un style précis et pur, lui coûtoient plus de peine que d'autres l . C'est dans ce même style qu'il a composé en prose l'épitaphe de Mlle de Vertus'2, dont la longue pénitence l'avoit pénétré d'admiration. Monsieur l'archevêque de Paris ayant apparemment goûté le style de ce mémoire, et voyant quelquefois mon père à la cour, lui dit que, puisqu'il avoit été élevé à Port-Roval, personne ne pouvoit mieux que lui le mettre au fait d'une maison dont il entendoit parler de plusieurs manières très-différentes, et qu'il lui demandoit un mémoire historique, qui l'instruisît de ce qui s'y étoit passé.
Tous ceux qui ont eu quelque liaison avec mon père ont toujours reconnu la même simplicité dans ses mœurs que dans sa foi, et ont en même temps admiré le zèle avec lequel il se portoit à servir ses amis. Lorsque M. de Cavoie, tombé dans une espèce de disgrâce, vint lui confier ce qui avoit indisposé contre lui Sa Majesté, il lui conseilla de se justifier par une lettre qu'il offrit de faire lui-même; et nous fûmes témoins de l'agitation dans laquelle il passa les deux jours qu'il employa à composer cette lettre, dans laquelle il mit tout l'art que son esprit put lui fournir, pour faire paroitre innocent un seigneur malheureux. Avec ce même zèle il écrivit l'histoire de Port- Royal, dans l'espérance de rendre favorables à ces religieuses les sentiments de leur archevêque3, et sans intention, selon les apparences, de la rendre publique. Il remit cette histoire la veille de sa mort à un ami*. J'ai eu plus d'une fois la curiosité
i. L'état des manuscrits qui sont aujourd'hui à la Bibliothèque impériale et à celle du Louvre atteste la vérité de cette remarque.
2. Mlle de Vertus, fille de Claude d'Avaugour et de Catherine Fouquet de la Varenne, et sœur de la belle Montbazon. Sur sa conversion l'on peut voirie Port-Royal de M. Sainte-Beuve, tome IV, p. 497~5i4. Elle mourut le ai novembre 1692.
3. Sur ce fait que L. Bacine tenait de son frère aîné, mais qui ne parait pas exact, voyez la Notice biographique, p. i"$y.