‹ Œuvres (volume 4)Chapitre 147 sur 311 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

JOGASTE, OLYMPE.

JOCASTE

Ils sont sortis1, Olympe? Ah mortelles douleurs ! Qu'un moment de repos me va coûter de pleurs ! Mes yeux depuis six mois étoient ouverts aux larmes2,

i. Les mots « Ils sont sortis » n'ont point paru à quelques commentateurs avoir un sens assez clair. Il s'agit des Thébains qui ont fait une sortie pendant le sommeil de Jocaste. Racine avait sous les yeux la première scène de VAntigone de Rotrou , entre Jocaste et Ismène , dont le début peut servir de commentaire aux premiers vers de la Thebalde :

joc. Qu'ils ont bien à propos usé de mon sommeil !

Ils n'ont pas appelé ma voix à leur conseil;

Et lorsqu'ils ont voulu tenter cetle sortie,

On a bien su garder que j'en fusse avertie.

C'est bien, 6 nuit, c'est bien de tes plus noirs pavots

Que tu m'as distillé ce funeste repos .

Mais quel chef les conduit? ism. Étéocle lui-même.

2. Cette expression : a des yeux ouverts aux larmes, » se retrouvera dan* Andromaque (vers 449) :

Vous peusez que des yeux toujours ouverts aux tirmes, etc.

Et le sommeil les ferme en de telles alarmes? Puisse plutôt la mort les fermer pour jamais, 5

El m'empêcher de voir le plus noir des forfaits * ! Mais en sont-ils aux mains ?

OLYMPE

Du haut de la muraille Je les ai vus déjà tous rangés en bataille ; J'ai vu déjà le fer briller de toutes parts; Et pour vous avertir j'ai quitté les remparts. ro

J'ai vu, le fer en main, Etéocle lui-même; Il marche des premiers, et d'une ardeur extrême Tl montre aux plus hardis à braver le danger.

N'en doutons plus, Olympe, ils se vont égorger.

Que l'on coure avertir et hâter la princesse2 ; i 5

I. Far. (a) Il devoit bien plutôt les fermer pour jamais Que de favoriser le plus noir des forfaits. (1664-87) a. Var. Que l'on aille au plus vite avertir la princesse (b). (1664)

(a) Les chiffres qui sont à la fin des variantes, entre parenthèses, marquent les dates des éditions d'où elles sont tirées. Le premier chiffre seul est entier; il faut suppléer 16 devant les suivants. 1664-87 signifie que la variante se trouve dans toutes les éditions publiées de 1664 à 16S7 inclusivement.

(/>) Ce vers, dans l'édition de i6(>4. est précédé de l'indication : et A un page. » — M. le marquis de la Rocliefoucauld-Liancourt, dans ses Etudes littéraires de Racine, dit (p. i3t) : « J'ai vu beaucoup d'éditions de Racine, et je n'eu ai pas \u une seule faite de son vivant, ou même imprimée les trente premières années après sa mort, qui contienne l'indication d'un page.... Le plus ancien est né trente-six ans après sa mort. » M. de la Rochefoucauld se trompe en ce point, comme en beaucoup d'autres, où il croit avoir trouvé en faute les derniers éditeurs de Racine, a J'ai eu sous les yeux, dit-il (p. 127), les éditions partielles du Quxrendo de Paris. » Mais il est bon d'avertir au moins une fois de ce que vaut l'autorité qu'il cite, et de ce qu'il faut entendre par ce Ouserendo de Paris. Il existe une édition des Œuvres de Racine publiée en 1690, à Amsterdam, chez Wolfgang. La vignette, qui est la marque de l'imprimeur, v a pour devise ; Quserendo. Le titre de chaque pièce porte : Suivant la copie imprimée a Paris. Voilà ce que M. de la Rochefoucauld veut appeler le Quxrendo de Paris. Il répète en plusieurs passages de son livre que cette édition d'Amsterdam a été faite par Racine lui-même. C'est, entre toutes, celle qui pour lui fait loi. Comme on y lit, au titre des pièces : Tragédie ou Comédie par M . de Racine, il dit (p. 129) que les éditions que Racine faisait faire de chacune de ses pièces, après les premières représentations, portaient : Tragédie de M. de Racine; ce qui ne se trouve au contraire que dans les éditions d'Amsterdam.

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