‹ Œuvres (volume 4)Chapitre 148 sur 311 · ACTE I, SCÈNE I. V · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I. V

Je l'attends. Juste ciel, soutenez ma foiblesse!

Il faut courir, Olympe, après ces inhumains1;

Il les faut séparer, ou mourir par leurs mains2.

Nous voici donc, hélas! à ce jour détestable*

Dont la seule frayeur me rendoit misérable ! i o

Ni prières ni pleurs ne m'ont de rien servi ,

Et le courroux du sort vouloit être assouvi.

O toi, Soleil, ô toi qui rends le jour au monde* ,

Que ne l' as-tu laissé dans une nuit profonde !

A de si noirs forfaits prêtes-tu tes rayons ? 25

Et peux-tu sans horreur voir ce que nous voyons ?

Mais ces monstres6, hélas! ne t'épouvantent guères :

1. Var. Il faut, il faut courir après ces inhumains. (1664-87)

2. Ces vers paraissent avoir été inspirés par le passage suivant des Phéniciennes (autrement dit Thèbaïde) de Séuèque, dont le mouvement se retrouve surtout dans la variante : ut II faut, il faut courir.... »

Ibo, ibo, et armis obvium opponam caput. Stabo inter arma : petere qui frat rein volet, Petat ante matrem....

(Vers 407-409.)

Imitant de plus près Séuèque, le vieux poète Garnier fait ainsi parler Jocaste, dans la scène lre de l'acte II de son Antigone :

J'iray, j'iray soudaine, et seray toute preste D'affronter leurs cousteaux et leur tendre la teste, Leur tendre la poitrine, afin que celuy d'eux Qui meurtrira son frère, en puisse meurtrir deux. S'ils ont quelque bonté, mes pitoyables larmes Les devront esmouvoir a mettre bas les armes ; Mais s'ils n'en ont aucune, ils devront commencer En moy leur parricide....

3. Var. Sous voici donc. Olympe, à ce jour détestable. (1664-87)

4- Var. O toi, qui que tu sois, qui rends le jour au monde. (1664-87) — Le prologue des Phéniciennes d'Euripide commence par uue apostrophe au soleil, que le poète met également dans la bouche de Jocaste. Cette apostrophe, quoique différente et par le sens et par l'expression, a du suggérer à Racine l'idée de la sienne. La ressemblance, moins incomplète, il est vrai , que plusieurs commentateurs ont signalée entre ces vers de la Thèbaïde. et les vers 677-679 de X Hippolyte de Sénèque, nous ferait remonter à une source beaucoup plus éloignée et plus indirecte.

5. Monstres, dans le sens du latin monstra : a ces actions monstrueuses. »

La race de Laïus1 les a rendus vulgaires2;

Tu peux voir sans frayeur les crimes de mes fils,

Après ceux que le père et la mère ont commis. 3o

Tu ne t'étonnes pas si mes fils sont perfides ,

S'ils sont tous deux méchants, et s'ils sont parricides :

Tu sais qu'ils sont sortis d'un sang incestueux,

Et tu t'étonnerois s'ils étoient vertueux*.

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