ACTE I, SCÈNE III. 4o
Qui s'est au roi d'A.rgos indignement soumis1,
Et que l'hymen attache à nos fiers ennemis?
Lorsque le roi d'Argos l'a choisi pour son gendre,
Il esperoit par lui de voir Thèbes en cendre ;
L'amour eut peu de part à cet hymen honteux, i o5
Et la seule fureur en alluma les feux.
Thèbes m'a couronné pour éviter ses chaînes ;
Elle s'attend par moi de voir finir ses peines :
11 la faut accuser si je manque de foi;
Et je suis son captif, je ne suis pas son roi*. r i o
JOCASTE
Dites, dites plutôt, cœur ingrat et farouche, Qu'auprès du diadème, il n'est rien qui vous touche. Mais je me trompe encor : ce rang ne vous plaît pas, Et le crime tout seul a pour vous des appas. Hé bien ! puisqu'à ce point vous en êtes avide, 1 1 5
Je vous offre à commettre un double parricide : Versez le sang d'un frère; et si c'est peu du sien, Je vous invite encore à répandre le mien. Vous n'aurez plus alors d'ennemis à soumettre, D'obstacle à surmonter, ni de crime à commette ; 120 Et n'ayant plus au trône un fâcheux concurrent, De tous les criminels vous serez le plus grand.
ÉTÉOCLE
Hé bien, Madame, hé bien, il faut vous satisfaire3 :
1. Polynice avait cherché un asile auprès d'Adraste, roi de Mvcènes et d'Argos, qui lui donna sa fille Argie en mariage, et se chargea de le ramener à Thèbes à la tète d'une armée argienne.