‹ Œuvres (volume 4)Chapitre 163 sur 311 · ACTE II, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I

Avez-vous souhaité que je fusse fidèle?

Songiez- vous que la mort menaçoit loin de vous 325

Un amant qui ne doit mourir qu'à vos genoux?

Ah ! d'un si bel objet quand une âme est blessée,

Quand un cœur jusqu'à vous élève sa pensée,

Qu'il est doux d'adorer tant de divins appas !

Mais aussi que l'on souffre en ne les voyant pas ! 3 3«

Un moment loin de vous me duroit une année ;

J'aurois fini cent fois ma triste destinée ,

Si je n'eusse songé jusques à mon retour

Que mon éloignement vous prouvoit mon amour ,

Et que le souvenir de mon obéissance 3 3 5

Pourroit en ma faveur parler en mon absence1,

Et que pensant à moi vous penseriez aussi

Qu'il faut aimer beaucoup pour obéir ainsi.

ANTIGOSE.

Oui, je l'avois bien cru, qu'une àme si fidèle*

Trouveroit dans l'absence une peine cruelle ; 340

Et si mes sentiments se doivent découvrir,

Je souhaitois, Hémon, qu'elle vous fît souffrir,

Et qu'étant loin de moi , quelque ombre d'amertume

Vous fît trouver les jours plus longs que de coutume.

Mais ne vous plaignez pas : mon cœur chargé d'ennui

Ne vous souhaitoit rien qu'il n'éprouvât en lui.

Surtout depuis le temps que dure cette guerre,

Et que de gens armés vous couvrez cette terre,

O Dieux ! à quels tourments mon cœur s'est vu soumis,

Voyant des deux côtés ses plus tendres amis3 ! 3 5o

i. Dans l'édition de [664 <»u lit: a eu son absence; » dans celles de 168 1 et de 1689 : a de mon absence. » Ce sont évidemment des fautes d'impression.

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