Far. Oui, je prévoyois bien qu'une âme si fidèle
3. far. [Vojaut des deux côtés ses plus tendres amis! j Lorsqu'on se sent pressé d'une main inconnue,
On la craint sans réserve, on Lait sans retenue :
Dans tous ces mouvements le cœur n'est pas contraint,
•T. Racine, i 27
Mille objets de douleur déchiroient mes entrailles ; J'en voyois et dehors et dedans nos murailles ; Chaque assaut à mon cœur livroit mille combats ; Et mille fois le jour je souffrois le trépas.
HEMON.
Mais enfin qu'ai -je fait , en ce malheur extrême , 3 5 5
Que ne m'ait ordonné ma princesse elle-même?
J'ai suivi Polynice ; et vous l'avez voulu :
Vous me l'avez prescrit par un ordre absolu.
Je lui vouai dès lors une amitié sincère ;
Je quittai mon pays, j'abandonnai mon père; 3 60
Sur moi par ce départ j'attirai son courroux;
Et pour tout dire enfin, je m'éloignai de vous.
ANTIGONE
Je m'en souviens , Hémon , et je vous fais justice :
C'est moi que vous serviez en servant Polynice ;
Il m'étoit cher alors comme il est aujourd'hui, 36 5
Et je prenois pour moi ce qu'on faisoit pour lui1.
Nous nous aimions tous deux dès la plus tendre enfance ,
Et j'avois sur son cœur une entière puissance ;
Je trouvois à lui plaire une extrême douceur,
Et les chagrins du frère étoient ceux de la sœur. 3 7 o
Et se sent soulagé de haïr ce qu'il craint.
Mais voyant attaquer mon pays et mon frère,
La main qui l'attaquoit ne m'étoit pas moins chère;
Mon cœur qui ne voyoit que mes frères et vous,
Ne haissoit personne, et je vous craignois tous.
[Mille objets de douleur déchiroient mes entrailles.] (1664)