‹ Œuvres (volume 4)Chapitre 168 sur 311 · ACTE II, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II

ANTIGONE

O Dieux , que vous a fait ce sang infortuné, Et pourquoi tout entier l'avez-vous condamné? N'êtes-vous pas contents de la mort de mon père? Tout notre sang doit-il sentir votre colère1 ? 4»»

HÉMON

Madame , cet arrêt ne vous regarde pas ;

Votre vertu vous met à couvert du trépas :

Les Dieux savent trop bien connoître l'innocence

ANTIGONE

Et ce n'est pas pour moi que je crains leur vengeance. Mon innocence, Hémon, seroit un foible appui', 405 Fille d'OEdipe , il faut que je meure pour lui. Je l'attends, cette mort, et je l'attends sans plainte2 ; Et s'il faut avouer le sujet de ma crainte, [vous.

C'est pour vous que je crains: oui, cher Hémon, pour De ce sang malheureux vous sortez comme nous ; 410 Et je ne vois que trop que le courroux céleste

victime née des dents de ce dragon, le sang d'un Sparte. (Phéniciennes, vers 933-943.) Stace a dit de même:

. . . Codât generis quicumque novissimus exstat Viperei : datur hoc tantutn Victoria pacto,

(Thèbaïde, livre X, vers 6i3 et 6i4-)

Racine , de même que Stace, dit que les Dieux demandent la mort a du dernier du sang royal » (vovez encore ci-apres, vers 63 r, 645 et 711). Comme il reste d'autres princes du sang des rois et de la race du dragon que Ménecée, le dernier prince (novissimus dans Stace) signifie, sans doute, le dernier né, le plus jeune. Et c'est ainsi que, dans son examen de la Thèbaïde de Racine, l'entend le P. Brumoy : a L'oracle, dit-il, indiquoit assez clairement Ménecée, dernier fils de Créon. y> Comment Antigone et Hemon croient-ils donc, dans la scène dont nous nous occupons, qu'il peut s'agir d'un autre que Ménecée? Euripide^ chez qui d'ailleurs Tirésias désigne quelqu'un (non le dernier) du sang des Spartes, Euripide explique (vers 944-948) pourquoi la victime réclamée ne saurait être ni Hémon ni l'un des enfants d'OEdipe. Mais ici rien ne semble bien clair.

r. Far. Tout notre sang doit-il subir votre colère? (1664-87) 2. Far. Je l'attends, cette mort, et je l'attends saus plaintes; Et s'il faut avouer le sujet de mes craintes (1664-76)

Vous rendra, comme à nous, cet honneur bien funeste, Et fera regretter aux princes des Thébains De n'être pas sortis du dernier des humains.

HÉMON

Peut-on se repentir d'un si grand avantage ? 4 1 5

Un si noble trépas flatte trop mon courage ; Et du sang de ses rois il est beau d'être issu , Dût-on rendre ce sang sitôt qu'on l'a reçu.

ANTIGONE

Eh quoi ! si parmi nous on a fait quelque offense ,

Le ciel doit-il sur vous en prendre la vengeance ? 420

Et n'est-ce pas assez du père et des enfants ,

Sans qu'il aille plus loin chercher des innocents?

C'est à nous à payer pour les crimes des nôtres :

Punissez-nous, grands Dieux; mais épargnez les autres.

Mon père, cher Hémon, vous va perdre aujourd'hui;

Et je vous perds peut-être encore plus que lui.

Le ciel punit sur vous et sur votre famille

Et les crimes du père et l'amour de la fille ;

Et ce funeste amour vous nuit encore plus

Que les crimes d'OEdipe et le sang de Laïus. 430

HÉMON

Quoi? mon amour, Madame? Et qu'a-t-il de funeste?

Est-ce un crime qu'aimer une beauté céleste?

Et puisque sans colère il est reçu de vous,

En quoi peut-il du ciel mériter le courroux?

Vous seule en mes soupirs êtes intéressée : 435

C'est à vous à juger s'ils vous ont offensée.

Tels que seront pour eux vos arrêts tout-puissants,

Ils seront criminels ou seront innocents1.

t. Far. [Ils seront criminels ou seront innocents.] Aussi, quand jusqu'à vous j'osai porter ma flamme, Vos yeux seuls imprimoient la terreur dans mon âme; Et je craignois bien plus d'offenser vos appas

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