SCENE PREMIERE
ÉTÉOGLE, CRÉON.
ETEOCLE.
Oui, Créon, c'est ici qu'il doit bientôt se rendre;
Et tous deux en ce lieu nous le1 pouvons attendre.
Nous verrons ce qu'il veut; mais je répondrois bien 90 5
Que par cette entrevue on n'avancera rien.
Je connois Polvnice et son humeur altière2;
Je sais bien que sa haine est encor toute entière;
Je ne crois pas qu'on puisse en arrêter le cours;
Et pour moi, je sens bien que je le hais toujours. 9 1 0
CRÉON
Mais s'il vous cède enfin la grandeur souveraine, Vous devez, ce me semble, apaiser votre haine.
Je ne sais si mon cœur s'apaisera jamais :
Ce n'est pas son orgueil, c'est lui seul que je hais.
Nous avons l'un et l'autre une haine obstinée : 911
Elle n'est pas, Créon, l'ouvrage d'une année;
Elle est née avec nous ; et sa noire fureur
Aussitôt que la vie entra dans notre cœur.
Nous étions ennemis dès la plus tendre enfance;
1. Ll y a les, au lieu de le, daus l'édition de 1664- C'est une faute évidentr. a Far. Je sais que Polynice est une (a) humeur altière. (1664)
(a) Et non " d'une, » comme on l'a imprimé ailleurs.