Les Amours de Psiché
;(. INOTICE BIOGRAPHIQUE
le monde a lu, dans les notes de M. Monmerqué sur les lettres de Sévigné * , cette absurde accusation d'empoisonnement dont la Voisin voulut noircir Racine, dans son interrogatoire du 17 février 1680. Elle déclara «qu'elle avoit connu la demoiselle du Parc comédienne , que sa belle-mère , nommée de Gorla, lui avoit dit que c'étoit Racine qui l'avoit empoisonnée, s On ne voudrait pas même mentionner ces diaboliques inventions d'une scélérate en démence , s'il n'était à présumer qu'elles ne lui étaient venues à l'idée, que parce qu'elle avait eu connaissance d'une intime amitié , peut-être de quelques scènes de jalousie entre Racine et la du Parc, ou parce qu'elle crovait au moins pouvoir appuyer ses calomnies sur le bruit public de cette liaison. Mais le plus précis et le moins douteux des témoignages est celui que nous fournit un manuscrit de Brossette, où l'on trouve une conversation de Boileau, qui fut recueillie le 12 décembre 1703 par Mathieu Marais2. Voici comment s'exprime celui qui connaissait le mieux toute la vie de Racine : « M. Racine étoit amoureux de la du Parc, qui étoit grande, bien faite, et qui n'étoit pas bonne actrice. Il fit Andrnmaijiie pour elle; il lui apprit ce rôle; il la faisoit répéter comme une écolière. Il la fit sortir de la troupe de Molière, et la mit dans celle de l'Hôtel de Bourgogne.... La du Parc mourut quelque temps après en couches; elle étoit veuve. « Ces paroles assez claires de Boileau rendraient superflues toutes les autres preuves. Il y a là seulement un mot qui demande explication. Voilà, comme dans les lettres de Mme de
1. Vovez tome VI, p. 278, à la note i3. — La belle-mère de Mlle du Parc y est nommée de Gordo; nous rectifions ce nom, d'après les renseignements donnés par M. Brouchoud et d'après l'acte d'inhumation mentionné ci-dessus. La du Parc était fille de Giacomo de Gorla ou de Gorle, qui avait épousé en secondes noces Benoîte Lamarre. La belle-mère qui, suivant la Voisin, aurait dénoncé Racine, est cette Benoîte Lamarre.
2. Ce manuscrit, intitulé : Recueil des mémoires touchant la vie et les ouvrages de Boileau Despréaux, appartient à M. Feuillet de Couches, qui a eu la bonté de nous le communiquer. 11 forme, à ce qu'il paiaît, la première partie de ces mémoires, dont le manuscrit de la Bibliothèque impériale, plusieurs fois cité par nous dans cette Notice biographique, n'est que la seconde partie incomplète.
Se vigne, Racine composant une de ses tragédies pour une comédienne. Mais, sans doute, tout ce que Boileau voulait dire, c'est que le poète, au moment où il écrivait Andromaque, songeait à donner dans cette pièce un rôle à la du Parc. Il ne pouvait entendre qu'elle fût la Muse qui l'inspirait. Il est bon de remarquer que Racine ne fit pas jouer à cette actrice celui des rôles de sa tragédie où respire la passion de l'amour, et que, du reste, pour peindre la fidèle Andromaque, le veuvage, très-légèrement porté, de la du Parc ne lui servit pas apparemment de modèle. Qu'il s'agisse de la du Parc ou de la Champmeslé, Racine ne travaillant à ses nobles œuvres que pour ses maîtresses est un conte, dont Boileau pouvait moins que tout autre être dupe.
L'amour de Racine pour la Champmeslé est beaucoup plus connu que la première liaison dont nous venons de parler, a eu une durée moins courte, a laissé de plus longs souvenirs. Cet amour est nié dans les Mémoires de Louis Racine, qui eût mieux fait de le passer tout simplement sous silence, puisque son respect filial en souffrait. Comment espérait-il que tout le monde fermerait les yeux aussi complaisamment que lui à tant de témoignages ? De ses démentis à ce sujet le seul bien fondé sans doute est celui qu'il donne à l'éditeur des œuvres de son père, imprimées en 1722. Cet éditeur, Bruzen de la Martinière, avait dit dans sa Vie de Raci/ie , et le P. Niceron l'a répété ', que « de cette fameuse actrice qu'il aimoit tendrement, il avoit un fils naturel. » On ne voit pas où la Martinière a pris cette histoire, mais la liaison elle-même est trèsbien attestée. Brossette , à la suite d'une conversation qu'il avait eue avec Boileau sur quelques faits de la vie de Racine, écrivait ceci : a. Nous avons parlé de la Champmeslé. M. Racine , avant que d'être marié , en avoit été fort amoureux ; mais quand il épousa Mlle Romanet , il rompit entièrement avec sa maîtresse2. » Toute la page d'où ces quelques mots sont tirés, semble bien comme un écho fidèle des paroles mêmes de Boileau. Ajoutons qu'au temps de cet amour,
r. Mémoires, tome XVIII, p. (S.