‹ Œuvres (volume 4)Chapitre 22 sur 311 · Recueil manuscrit de la Bibliothèque impériale, p · texte numérisé non relu

Recueil manuscrit de la Bibliothèque impériale, p

Mme de Sévigné et la Fontaine , ainsi que nous le ferons voir , en parlaient comme du fait le plus constant.

MlledeChampmeslé ou Chammelay, c'est le plus ordinairement l'orthographe des contemporains), petite-fille de des Mares, président au parlement de Normandie , était née, suivant les auteurs de Y Histoire du Théâtre français, en 16411. Mais la date de 1G44 est plus généralement adoptée. En nous y tenant, elle avait vingt-six ans lorsque Racine, à l'Hôtel de Bourgogne, la vit pour la première fois jouer dans une de ses pièces. C'était en 1670, à la rentrée de Pâques. La Champmesle, qui n'était arrivée à Paris qu'au commencement de l'année précédente, avec l'acteur Champmesle son mari , et qui s'était d'abord engagée dans la troupe du Marais , débuta chez les grands comédiens par le rôle d'Hermione. Racine, ne sachant comment elle jouerait dans un rôle si difficile, et craignant de le lui voir défigurer, ne voulait pas d'abord assister à ce début. Loin donc d'avoir pu lui donner jusque-là aucune leçon, il ne la connaissait même pas. Mais ce qui prouve bien les dons naturels de l'actrice , qui ne fut point , comme on l'a voulu dire, une écolière docile, répétant machinalement les tons du maître2, si elle se montra faible dans les premiers actes , dans les derniers, où la passion éclate, son jeu fut admirable. Elle avait vaincu la des OEillets elle-même, par qui ce rôle d'Hermione avait été crée avec un art si consommé. Racine fut dans un tel ravissement , qu'après la représentation « il courut , disent les frères Parfait, à la loge de Mlle Champmesle, et lui lit à genoux des compliments pour elle et des remerciements pour lui. » Il songea alors à lui confier le rôle de Bérénice dans la nouvelle pièce qu'il venait d'achever et qui fut représentée quelques mois après. Voilà donc, les dates le démontrent , une tragédie , et la plus tendre de toutes , pour laquelle il a su se passer d'être inspiré par elle, tout aussi bien que pour Andromaque. Lorsque Mme de Sévigné écrivait en 1672 qu'il ne

Page 1