ACTE V, SCÈNE VI
Venez, et terminez mes détestables jours;
De ces cruels amis trompez tous les obstacles.
Toi, justifie, ô ciel, la foi de tes oracles :
Je suis le dernier sang du malheureux Laïus ;
Perdez-moi, Dieux cruels, ou vous serez déçus. r5oo
Reprenez, reprenez cet empire funeste :
Vous m'ôtez Antigone, ôtez-moi tout le reste.
Le trône et vos présents excitent mon courroux ;
Un coup de foudre est tout ce que je veux de vous.
Ne le refusez pas à mes vœux, à mes crimes1 ; i 5o 5
Ajoutez mon supplice à tant d'autres victimes.
Mais en vain je vous presse, et mes propres forfaits
Me font déjà sentir tous les maux que j'ai faits.
Polynice, Etéocle, Iocaste, Antigone2,
Mes fils, que j'ai perdus pour m'élever au trône, 1 5 1 o
Tant d'autres malheureux dont j'ai causé les maux,
Font déjà dans mon cœur l'office des bourreaux.
Arrêtez — Mon trépas va venger votre perte;
La foudre va tomber, la terre est entr ouverte;
Je ressens à la fois mille tourments divers, i 5 1 5
Et je m'en vais chercher du repos aux enfers.
(Il tombe entre les mains des Gardes.)
i. Far. Accordez-ie à mes vœux, accordez-le à mes crimes. (1664) 1. Voyez ci-dessus, p. 396, note 2. — Dans lédition de 1690 (Amsterdam, chez Wolfgang) on a ainsi refait ce vers :
Jocaste, Polinice, Etéocle, Autigone ,
ce qui fait dire à M. de la Rochefoucauld-Liancourt (Études littéraires de Racine, p. i3o) queRacine n'a jamais écrit Iocaste.