‹ Œuvres (volume 4)Chapitre 243 sur 311 · Recueil manuscrit de la Bibliothèque impériale, p · texte numérisé non relu

Recueil manuscrit de la Bibliothèque impériale, p

3. Recueil des mémoires touchant la vie et les ouvrages de Roileau Despréaux, p. 5oi. (Manuscrit appartenant à M. Feuillet de Conches.)

NOTICE. 5n

cine, devenu, dans ses scrupules, ennemi de sa gloire profane, détruisit ces corrections. Elles ne peuvent donc être qu'un sujet de conjectures; mais il est vraisemblable que, sans pouvoir entièrement bannir de sa pièce un amour que, par la conception du plan, il y avait fait trop essentiel, il avait du moins sévèrement corrigé l'expression de cet amour si peu héroïque.

Si le plan de la Thébaïde est moins défectueux que celui de 1' 'Alexandre , d'un autre côté il y a, de la première tragédie à la seconde, un grand progrès de style. La langue est plus correcte et plus ferme ; et V Alexandre a tels vers plus beaux encore que les plus beaux vers de la Thébaïde.

Il faut ajouter que cette fois Racine avait choisi un sujet qui lui appartenait plus entièrement. Alexandre avait déjà paru sur la scène française : Hardy, ce facile improvisateur, avait pris le conquérant macédonien pour héros de deux de ses tragédies dont il avait découpé les scènes dans Quinte-Curce et dans Plutarque; mais sa Mort de Daire (1619) et sa Mort d'Alexandre (1621) laissaient intact l'épisode de la vie d'Alexandre que Racine à mis au théâtre. Quant à Boyer, c'était bien ce même épisode dont il avait fait une tragédie jouée en 1647; nia's Boyer n'était pas Rotrou, et ne pouvait servir de modèle à Racine. Le titre de sa tragédie est Parus ou la Générosité d Alexandre ' . Nous avons vu, par la lettre de Pompone, que Racine avait peut-être hésité entre le titre sous lequel sa pièce fut jouée et celui de Ponts; s'il avait décidément fait à Boyer cet emprunt du titre de sa tragédie, n' aurait-il pas échappé à quelques critiques, qui furent beaucoup répétées, sur la supériorité, dans son Alexandre, du rôle du roi indien? Ce qu'il n'eut certes pas envie d'emprunter à Boyer, c'est l'intrigue de sa tragédie, qui est le roman le plus enchevêtré. fTout ce qu'on peut y louer, c'est qu'au milieu de tous ces amours des princes de Macédoine et des princes des Indes, Alexandre n'y est amoureux de personne ; et que si Porus s'y montre amant fort jaloux, c'est du moins de sa femme. Avec tout cela, il faut

1. A Paris, chez Toussainct Quinet, M.DC.XLVUI. — L'Achevé d'imprimer pour la première fois est du 28 février 1648. — Métastase, dans son opéra d' Alexandre , a fait à Boyer l'honneur de lui emprunter son sujet.

5i2 ALEXANDRE LE GRAND.

reconnaître que dans les scènes où Boyer s'est trouvé en face du véritable sujet historique, il n'a pas toujours été mal inspiré par le souvenir de Corneille, et a rencontré quelques vers qui ne sont pas sans grandeur. Nous citons dans nos notes sur Alexandre le Grand ces rares passages où Boyer s'est surpassé lui-même; mais on ne peut dire qu'ils aient eu l'honneur de rien suggérer à Racine, quelle que fût la similitude des situations et de la donnée première.

Alexandre le Grand, malgré ses incontestables beautés, n'était pas une tragédie faite pour se soutenir longtemps au théâtre. Louis Racine, dans Y examen qu'il en a fait, a constaté en ces termes sa disparition, à peu près complète, delà scène : « Le bruit qu'elle fit à sa naissance est depuis longtemps oublié; elle ne rappelle plus de spectateurs, quoiqu'elle puisse toujours mériter des lecteurs1. »

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