‹ Œuvres (volume 4)Chapitre 242 sur 311 · Vers · texte numérisé non relu

Vers

3. Voir à la page 84 du Triomphe de Pradon, un volume in-12, à Lyon, 1684-

5io ALEXANDRE LE GRAND.

tiere, et l'ironie est fort dangereuse. « On aimerait à croire qu'en tète-à-tète avec Racine, Roileau fut plus sévère. L'abbé Dubos raconte1 que Racine, parlant à Roileau de son Alexandre, lui dit qu'il trouvait à faire ses vers une facilité surprenante; et que le critique lui répondit : « Je veux vous apprendre à faire des vers avec peine ; vous avez assez de talent pour le savoir bientôt. » Grand service sans doute rendu à Racine, mais qui ne suffisait pas. Dans une tragédie les vers ne sont pas tout, et Racine les faisait déjà si bien, qu'il lui restait peu à apprendre, même à l'école de Roileau. L'avertir qu'il faut se garder de donner à l'antiquité

L'air ni l'esprit français, ainsi que dans Clélie,

était un conseil plus nécessaire encore. Comment donc se faitil que Boileau n'ait pas à temps signalé à son jeune ami la fausse voie où il s'engageait? Ne fut-il consulté que sur les détails lorsque déjà la tragédie était faite ? Cette communication tardive est peu vraisemblable. Brossette est si loin de l'admettre que, selon lui, le rôle de premier inventeur, prêté à Molière dans le choix du sujet de la T/iébaïde, fut réellement, pour l' Alexandre , celui du nouvel ami de Racine. « M. Despréaux, dit-il, invita M. Racine à suivre une autre route que Corneille, qui n'avoit mis sur le théâtre que des héros romains. « Prenez, « lui dit M. Despréaux, les héros de la Grèce. » Il lui indiqua Alexandre le Grand, qui fut le sujet de sa seconde tragédie2. » On n'est pas toujours assuré de l'exactitude des anecdotes de Brossette. Nous donnons celle-ci pour ce qu'elle peut valoir.

Quelle qu'ait été la complaisance ou l'aveuglement de Boileau lorsqu'il écrivit les vers où il louait Y Alexandre à contresens, l'auteur lui-même ne put se faire longtemps illusion. Si Brossette a été bien informé, dans la révision que Racine avait faite du premier volume de ses pièces c'était surtout Y Alexandre qui avait reçu de grands changements3. Malheureusement Ra-

i. Réflexions critiques, tome II, p. 200. Dubos, dans ce même passage, dit que Racine « venoit ne donner sa tragédie d'Alexandre lorsqu'il se lia d'amitié avec Boileau. ï C'est un petit anachronisme.

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