ACTE I, SCENE II
TAXILE
Mais croyez-vous, Seigneur, que l'amour vous ordonne D'exposer avec vous son peuple et sa personne? 230
Non, non, sans vous flatter, avouez qu'en ce jour Vous suivez votre haine, et non pas votre amour.
PORUS
Hé bien ! je l'avoùrai, que ma juste colère
Aime la guerre autant que la paix vous est chère;
J'avoùrai que brûlant d'une noble chaleur, a 3 5
Je vais contre Alexandre éprouver ma valeur.
Du bruit de ses exploits mon âme importunée
Attend depuis longtemps cette heureuse journée.
Avant qu'il me cherchât, un orgueil inquiet *
M*avoit déjà rendu son ennemi secret. 240
Dans le noble transport de cette jalousie*,
Je le trouvois trop lent à traverser l'Asie ;
Je l'attirois ici par des vœux si puissants
Que je portois envie au bonheur des Persans8 ;
Et maintenant encor, s'il trompoit mon courage, 245
por. J'aime la gloire, et c'est tout ce qu'aime la Reine.
tax. Son cœur vous est acquis, por. J'empêcherai du moins
Qu'aucun maître étranger ne l'enlève à mes s#ins.
tax. Mais enfin croyez-vous que l'amour vous ordonne
[D'exposer avec vous son peuple et sa personne?] (1666-76) 1. Var. La jalouse fierté que son nom m'inspiroit. (1666 et 72) i.Var. Mon cœur dans les transports de cette jalousie
Le voyoit à regret occupé dans l'Asie. (1666-76) 3. Dans le Parus de Boyer, il y a une tirade de ce roi, qui rappelle celle-ci au moins pour le fond des idées :
Autrefois au seul bruit de ses grandes merveilles, Quand le nom d'Alexandre eut frappé mes oreilles, Avec le même effet je sentis dans mon cœur Allumer le désir d'attaquer ce vainqueur. Quand j'appris qu'il venoit fondre sur cette terre, Mon âme avecque joie embrassa cette guerre, Et me voir prévenu par ce fameux vainqueur Est le seul déplaisir qui troubla ce bonheur.
(Parus ou la Génrrosité d' Alexandre, acte III, scène 1.)
Pour sortir de ces lieux s'il cherchoit un passage, Vous me verriez moi-même, armé pour l'arrêter, Lui refuser la paix qu'il nous veut présenter1.
TAXILE
Oui, sans doute, une ardeur si haute et si constante Vous promet dans l'histoire une place éclatante ; 1 5 » Et sous ce grand dessein dussiez-vous succomber, Au moins c'est avec bruit qu'on vous verra tomber. La Reine vient. Adieu. Vantez-lui votre zèle; Découvrez cet orgueil qui vous rend digne d'elle. Pour moi, je troublerois un si noble entretien, •» 5 5
Et vos cœurs rougiroient des foiblesses du mien.