ACTE II, SCE>E II. V
Et recevant l'appui que vous offre son bras,
D'un si grand défenseur honorez vos Etats.
Voilà ce qu'un grand roi veut bien vous faire entendre.
Prêt à quitter le fer, et prêt à le reprendre. 47o
Vous savez son dessein : choisissez aujourd'hui,
Si vous voulez tout perdre ou tenir tout de lui.
TAXILE
Seigneur, ne croyez point qu'une fierté barbare1 Nous fasse méconnoître une vertu si rare, Et que dans leur orgueil nos peuples affermis 47 5
Prétendent, malgré vous, être vos ennemis2. Nous rendons ce qu'on doit aux illustres exemples: Vous adorez des Dieux qui nous doivent leurs temples; Des héros qui chez vous passoient pour des mortels5, En venant parmi nous ont trouvé des autels; 480
Mais en vain l'on prétend, chez des peuples si braves, Au lieu d'adorateurs se faire des esclaves4 : Crovez-moi, quelque éclat qui les puisse toucher, Ils refusent l'encens qu'on leur veut arracher. Assez d'autres Etats, devenus vos conquêtes, 4s 5
De leurs rois, sous le joug, ont vu ployer les têtes6. Après tous ces Etats qu'Alexandre a soumis, N'est-il pas temps, Seigneur, qu'il cherche des amis? Tout ce peuple captif, qui tremble au nom d'un maître,
1. Var. Seigneur, ne croyez point qu'une haine barbare. (1666-87) 1. f^ar. Veuillent, malgré vous-même, être vos ennemis. (1666 et 72)
3. Ce souvenir d'Hercule et de Bacchus est aussi rappelé à Alexandre par les petits rois de ce pays, dans Quinte-Curce (livre VIII, chapitre 1) : « Alexau- « dro, fines Indiae ingresso, gentium suarum reguli occurrerunt, imperata faca turi : illura tertium Jove genitum ad ipsos pervenisse memorantes ; Patrem ce Liberum atque Herculem faroa cognitos esse. »
4. Les mêmes idées sont exprimées dans le discours à Alexandre, que Quinte Curce (livre VII, chapitre vui) prête aux Scythes : « Quihus bellum non « iutuleris, bonis amicis poteris uti.... Quos vieeris, amicos tibi esse cave « credas : inter dominum et servum nulla amicitia est. »
5. Far. Sous le joug d'Alexandre ont vu ployer leurs tétr* Après tant de sujets a ses armes soumis. (1666 et 72)
J. Raci.\e. i î 5
Soutient mal un pouvoir qui ne fait que de naître. 490
Ils ont, pour s'affranchir, les yeux toujours ouverts1;
Votre empire n'est plein que d'ennemis couverts.
Ils pleurent en secret leurs rois sans diadèmes2*,
Vos fers trop étendus se relâchent d'eux-mêmes ;
Et déjà dans leur cœur les Scythes mutinés 495
Vont sortir de la chaîne où vous nous destinez.
Essayez, en prenant notre amitié pour gage,
Ce que peut une foi qu'aucun serment n'engage :
Laissez un peuple au moins qui puisse quelquefois
Applaudir sans contrainte au bruit de vos exploits. 5 00
Je reçois à ce prix l'amitié d'Alexandre ; %
Et je l'attends déjà comme un roi doit attendre
Un héros dont la gloire accompagne les pas,
Qui peut tout sur mon cœur, et rien sur mes Etats.
poRtrs.
Je croyois, quand l'Hydaspe, assemblant ses provinces, Au secours de ses bords fit voler tous ses princes , Qu'il n'avoit avec moi , dans des desseins si grands , Engagé que des rois ennemis des tyrans. Mais puisqu'un roi, flattant la main qui nous menace, Parmi ses alliés brigue une indigne place , 5 1 o
C'est à moi de répondre aux vœux de mon pays3,
1. Var. Pour secouer le joug, les yeux toujours ouverts. (1666 et 72) I.Var. Le Bactrien conquis reprend son diadème;
Vos fers trop étendus se relâchent d'eux-inème. (1666) Far. Quelques rois ont déjà repris leurs diadèmes; [Vos fers trop étendus se relâchent d'eux-mêmes.] {1672) — On reconnaît dans ces vers une imitation d'un passage de Quinte-Curce (livre IV, chapitre xi) : oc Periculosum est praegrave imperium : difficile est « continere quod capere non possis. »