PORUS, TAX1LE, EPHESTION
ÉPHESTIOV.
Want que le combat qui menace vos têtes 4 4ï
Mette tous vos Etats au rang de nos conquêtes, Alexandre veut bien différer ses exploits, Et vous offrir la paix pour la dernière fois. Vos peuples, prévenus de l'espoir qui vous flatte, Prétendoient arrêter le vainqueur de l'Euphrate; 450 Mais l'Hydaspe, malgré tant d'escadrons épars, Voit enfin sur ses bords flotter nos étendards1. Vous les verriez plantés jusque sur vos tranchées, Et de sang et de morts vos campagnes jonchées, Si ce héros, couvert de tant d'autres lauriers, 4 5 5
N'eût lui-même arrêté l'ardeur de nos guerriers. Il ne vient point ici, souillé du sang des princes, D'un triomphe barbare effrayer vos provinces2, Et cherchant à briller d'une triste splendeur, Sur le tombeau des rois élever sa grandeur. 46^
Mais vous-mêmes, trompés d'un vain espoir de gloire, N'allez point dans ses bras irriter la Victoire*; Et lorsque son courroux demeure suspendu, Princes, contentez-vous de l'avoir attendu. Ne différez point tant à lui rendre l'hommage 465
Que vos cœurs, malgré vous, rendent à son courage ;
1. Etendars, dans les quatre premières éditions (1666 à 1687).
2. Racine s'est inspiré sans doute de ces paroles d'Alexandre dans Quinte Cnrce (livre VIII, chapitre vm) : ccVeni.... in Asiarn, non ut funditus everterein •' gentes, nec ut dimidiani partem terraruin solitudinem faccrem. »
S. On retrouve ce beau vers dans V Idylle sur lu Paix :
Ses ennemis, offensés de sa gloire,...
Ont osé dans ses bras irriter la Victoire.