‹ Œuvres (volume 4)Chapitre 270 sur 311 · ACTE II, SCÈKE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈKE II

Et de parler pour ceux que Taxile a trahis.

Que vient chercher ici le roi qui vous envoie?

Quel est ce grand secours que son bras nous octroie?

De quel front ose-t-il prendre sous son appui 5 t 5

Des peuples qui n'ont point d'autre ennemi que lui?

Avant que sa fureur ravageât tout le monde,

L'Inde se reposoit dans une paix profonde;

Et si quelques voisins en troubloient les douceurs,

II1 portoit dans son sein d'assez bons défenseurs. 520

Pourquoi nous attaquer ? Par quelle barbarie

A-t-on de votre maître excité la furie ?

Vit-on jamais chez lui nos peuples sn courroux

Désoler un pays inconnu parmi nous?

Faut-il que tant d'Etats, de déserts, de rivières 52.5

Soient entre nous et lui d'impuissantes barrières?

Et ne sauroit-on vivre au bout de l'univers

Sans connoître son nom et le poids de ses fers?

Quelle étrange valeur, qui ne cherchant qu'à nuire,

Embrase tout, sitôt qu'elle commence à luire; 5 3o

Qui n'a que son orgueil pour règle et pour raison;

Qui veut que l'univers ne soit qu'une prison ,

Et que maître absolu de tous tant que nous sommes3,

Ses esclaves en nombre égalent tous les hommes !

Plus d'Etats, plus de rois. Ses sacrilèges mains 5 35

Dessous un même joug rangent tous les humains.

Dans son avide orgueil je sais qu'il nous dévore ;

r. Ce pronom masculin nous montre que l'Inde, au vers 5i8, est pour rindus,

2. Racine a emprunté ici plusieurs traits au discours des envoyés scythes : « Quid nobif teciim est? Nunquam ter.am tuaiii attigimus. Qui sis, uude vête nias>licetne ignorare in vastis silvis viveutilms? » (Ouinte-Curce, livTeVII, chapitre vm.) (Remarques , tome I, p. 89.)

3. Louis Racine veut qu'il y ait dans ce vers une faute d'impression, et que, suivant la décision de Vaugelas , on lise : ;< de tout tant que nous sommes. >• Mais la règle nous parait plus que douteuse; il faut conserver la leçon de toutes les anciennes éditions.

De tant de souverains nous seuls régnons encore.

Mais que dis-je, nous seuls? Il ne reste que moi

Où Ton découvre encor les vestiges d'un roi. 540

Mais c'est pour mon courage une illustre matière.

Je vois d'un œil content trembler la terre entière ,

Afin que par moi seul les mortels secourus ,

S'ils sont libres , le soient de la main de Porus ,

Et qu'on dise partout, dans une paix profonde : 5 45

« Alexandre vainqueur eût dompté tout le monde ;

Mais un roi l'atteudoit au bout de l'univers,

Par qui le monde entier a vu briser ses fers. »

ÉPHESTIOX.

Votre projet du moins nous marque un grand courage. Mais, Seigneur, c'est bien tard s'opposer à l'orage. 5 5o Si le monde penchant n'a plus que cet appui, Je le plains, et vous plains vous-même autant que lui l. Je ne vous retiens point : marchez coutre mon maître. Je voudrois seulement qu'on vous l'eut fait connaître2, Et que la renommée eût voulu , par pitié , 5 5 5

De ses exploits au moins vous conter la moitié ; Vous verriez....

PORUS

Que verrois-je?et que pourrois-je apprendre

1 . On a cru remarquer ici une imitation de ces vers de Corneille dans Cinna acte V, scène i, vers i5io-i5i6) :

D'un étrange malheur son destin le menace

Si pour monter au trône et lui donner la loi,

Tu ne trouves dans Rome autre obstacle que moi,...

Et que ce grand fardeau de l'empire romain

Ne puisse après ma mort tomber mieux qu'en ta main.

Les deux passages ue peuvent se comparer que pour le mouvement. L'image du vers 55 1 est la même que celle de ce vers de Corneille :

Pourra prêter l'épaule an monde chancelant.

(Pompée, acte I, scène i. vers 28.)

2. Voyez ci-dessus la note du vers i65. I«i, et plus loin au vers 681, toute» les anciennes éditions ont connaître par un a.

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