ACTE II, SCÈNE II. 54g
Qui m'abaisse si fort au-dessous d'Alexandre ?
Seroit-ce sans efforts les Persans subjugués i ,
Et vos bras tant de fois de meurtres fatigués? 56 o
Quelle gloire en effet d'accabler la foiblesse
D'un roi déjà vaincu par sa propre mollesse,
D'un peuple sans vigueur et presque inanimé ,
Qui gémissoit sous l'or dont il étoit armé,
Et qui tombant en foule, au lieu de se défendre, 56 5
N'opposoit que des morts au grand cœur d'Alexandre ?
Les autres, éblouis de ses moindres exploits2,
Sont venus à genoux lui demander des lois;
Et leur crainte écoutant je ne sais quels oracles ,
Ils n'ont pas cru qu'un Dieu put trouver des obstacles.
Mais nous, qui d'un autre œil jugeons des conquérants,
Nous savons que les Dieux ne sont pas des tyrans;
Et de quelque façon qu'un esclave le nomme,
Le fils de Jupiter passe ici pour un homme.
Nous n'allons point de fleurs parfumer son chemin ; 57 5
Il nous trouve partout les armes à la main ;
Il voit à chaque pas arrêter ses conquêtes ;
Un seul rocher ici lui coûte plus de têtes3,
Plus de soins , plus d'assauts et presque plus de temps
Que n'en coûte à son bras l'empire des Persans. 5 80
Ennemis du repos qui perdit ces infâmes ,
L'or qui naît sous nos pas ne corrompt point nos Ames.
La gloire est le seul bien qui nous puisse tenter,
Et le seul que mon cœur cherche à lui disputer;
C'est elle....
ÉPHESTION, en se levant.
Et c'est aussi ce que cherche Alexandre. 5 8 5
r. Var. Seroit-ce sans effort les Persans subjugués. (1666-76)
2. Far. Tout le reste, ébloui de ses moindres exploits. (1666 et 71)
3. Alexandre fut longtemps arrêté par une énergique résistance devant le roflier d'Aorne, au pied duquel coule l'Indus. Voyez Quinte-Curce, livre VIII. chapitre xi.
55o ALEXANDRE LE GRAND.
A de moindres objets son cœur ne peut descendre.
C'est ce qui l'arrachant du sein de ses Etats,
Au trône de Cvrus lui fit porter ses pas ,
Et du plus ferme empire ébranlant les colonnes ,
Attaquer, conquérir, et donner les couronnes1; 590
Et puisque votre orgueil ose lui disputer
La gloire du pardon qu'il vous fait présenter,
Vos yeux, dès aujourd'hui témoins de sa victoire,
Verront de quelle ardeur il combat pour la gloire.
Bientôt le fer en main vous le verrez marcher. 59 5
PORUS
Allez donc : je l'attends, ou je le vais chercher.