SCENE II
ALEXANDRE, AXIANE, CLÉOFILE.
ALEXANDRE
Hé bien ! Porus respire. 1 3 5 Le ciel semble, Madame, écouter vos souhaits; Il vous le rend
1. « Nostra vis in fine jam est. Intuere corpora exsanguia, tôt perfossa vula neribus. » (Quinte-Curce, livre IX, chapitre in.)
2. Var. [Vos soldats, dont la vue excite la pitié,] Qui d'eux-mëme en cent lieux ont laissé la moitié,
Par leurs gémissements vo'is font assez connoître. . . . (1666) yar. \os soldats, qui tout blancs, excitant la pitié, [D'eux-mêmes en cent lieux ont laissé la moitié,] Par leurs gémissements vous font assez connoître (1675)
3. c Omnis multitudo, et maxime militaris, mobili impetu fertur Non
« alias tam alacer clam or ab exercitu est redditus, jubentiurn duceret, Dii- « secundis. » (jQuinte-Curce, livre IX, chapitre iv.)
AXIANE
Hélas! il me l'ôte à jamais!
Aucun reste d'espoir ne peut flatter ma peine; Sa mort étoit Jouteuse, elle devient certaine : D y court ; et peut-être il ne s'y vient offrir r 3 5 5
Que pour me voir encore et pour me secourir. Mais que feroit-il seul contre toute une armée ? En vain ses grands efforts l'ont d'abord alarmée; En vain quelques guerriers, qu'anime son grand cœur, Ont ramené l'effroi dans le camp du vainqueur : r 3 6.» Il faut bien qu'il succombe, et qu'enfin son courage Tombe sur tant de morts qui ferment son passage.
Encor si je pouvois, en sortant de ces lieux, Lui montrer Axiane, et mourir à ses veux ! Mais Taxile m'enferme; et cependant le traître t 36 5 Du sang de ce héros est allé se repaître : Dans les bras de la mort il le va regarder, Si toutefois encore il ose l'aborder.
ALEXANDRE
Non, Madame, mes soins ont assuré sa vie*.
Son retour va bientôt contenter votre envie. i 37 o
Vous le verrez.
AXIANE
Vos soins s'étendroient jusqu'à lui?
Le bras qui Faccabloit deviendroit son appui ? J'attendrois son salut de la main d'Alexandre? Mais quel miracle enfin n'en dois-je point attendre? Je m'en souviens, Seigneur, vous me l'avez promis, 1375 Qu'Alexandre vainqueur n'avoit plus d'ennemis. Ou plutôt ce guerrier ne fut jamais le vôtre : La gloire également vous arma l'un et l'autre;
1. Qninte-Curce parle des soins qu'Alexandre donna à la vie de Porus : otjEgruin <c cnravit liuud seeus qaam si pro ipso pugnassct. » (Livre VIII, chapitre xiv.)