‹ Œuvres (volume 4)Chapitre 310 sur 311 · ACTE V, SCÈNE III. 5 g · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE III. 5 g

Il me verra moi-même appuyer vos exploits. Je vous suis; et je crois devoir tout entreprendre Pour lui donner un maître aussi grand qu'Alexandre.

CLEOFILE.

Seigneur, que vous peut dire un cœur triste, abattu ? Je ne murmure point contre votre vertu. 1540

Vous rendez à Porus la vie et la couronne : Je veux croire qu'ainsi votre gloire l'ordonne; Mais ne me pressez point : en l'état où je suis, Je ne puis que me taire, et pleurer mes ennuis.

ALEXANDRE

Oui, Madame, pleurons un ami si fidèle; 1545

Faisons en soupirant éclater notre zèle , Et qu'un tombeau superbe instruise l'avenir Et de votre douleur et de mon souvenir.

Les traits les plus marquants de cette scène dernière se reconnaissent dans la pièce de Boyer, mais disperses dans plusieurs scènes, usés avant le dénoùment, et comme perdus au milieu d'une intrigue mal imaginée. Cependant il faut rendre justice même à Boyer. Cette clémence généreuse du vainqueur, et cette admiration qui soumet jusqu'à la haine du vaincu, lui ont inspiré quelques vers dont l'accent n'est pas sans fierté ni sans vigueur, et qu'on ne nous blâmera peut-être pas de citer ici. Quelque supérieur que soit Racine, ils pourront servir de point de comparaison. Voici d'abord un passage de la scène vu de l'acte IV.

. . J'ajoute aux Etats qui sont sous ta couronne Ceux que sur tes voisins ta conquête me donne. J'aurai beaucoup gagné si je puis à ce prix Compter le grand Porus au rang de mes amis.

ARGIRE.

O générosités à qui tout se doit rendre ! O cœur vraiment royal !

PORUS

Tu sais vaincre, Alexandre; Et le ciel rassemblant tant de vertus en toi Sans doute à l'univers ne veut donner qu'un roi. A cette auguste loi j'obéis sans contrainte.

Règne : porte partout ou l'amour ou la crainte. Rien ne puisse arrêter ton destin glorieux !

Nous retrouvons l'expression des mêmes sentiments dans la scène iv do l'acte V :

PORCS

Princesses, ce vainqueur vous rend la liberté. Il fait plus, il me rend la puissance royale, Mais avec tant d'excès que sa main libérale Joint ce que l'Inde enferme à mes anciens États.. .

(A Alexandre.) Je haïrois le sceptre et le titre de roi, S'il falloit les tenir d'un autre que de toi. Mais pour me consoler du sort de cette guerre, Je n'ai qu'a regarder tous les rois de la terre : Ils ont tous mérité ta haine ou ta pitié, Et j'ose me vanter d'avoir ton amitié.

Enfin , dans la scène dernière de la pièce :

PORCS

Rendons grâce aux bontés d'un vainqueur généreux. Puisse-t-il à jamais, plus craint que le tonneire, Faire à tout 1 univers une aussi douce guerre! Et puissent par son bras cent princes étonnés Se voir à même temps captifs et couronnés !

ALEXANDRE

Puisse-t-il en tous lieu,x et dans chaque victoire Combattre et triompher avecque tant de gloire, Aimer si justement ceux qu'd aura soumis, Et rencontrer partout de pareils ennemis !

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