Tome I, p
2. Lettre de Racine à Boileau , en lui envoyant le Banquet de Platon.
io8 NOTICE BIOGRAPHIQl E
îuppose, les leçons qui y sont repétées par le petit prince, sont bien plus étonnantes. Quels traits d'histoire on choisissait poulies faire raconter à un enfant! quelles lettres on lui apprenait à écrire ! Et quel était donc l'air qu'on respirait dans celte cour de Saint-Germain, où Racine, père de famille si sage et si chrétien, n'était certes pas venu prendre exemple pour élever ses enfants? Mais il parait que dans cet Olympe privilégié rien ne choquait. Quelques lignes de la plume de notre poète ornèrent ce singulier livre : parmi les madrigaux, imprimés en tète des Œuvres diverses, il en est au moins un dont Racine est l'auteur. On lui attribue aussi, dans ce même volume, l'épître à Mme de Montespan, qu'il aurait, dit-on, écrite pour Mme de Maintenon, toute capable qu'elle était de se passer d'aide : premier indice des occasions qu'eut bientôt Racine de plaire à celle qui allait devenir sa nouvelle protectrice, et dont la faveur du moins pouvait plus hautement s'avouer.
Avec son esprit, si plein d'agrément et de délicatesse, sa parole élégante, sa physionomie noble et ouverte, rien ne manquait à Racine pour avoir des succès à la cour, dont les usages et le ton lui étaient déjà familiers avant le temps où ses fonctions l'y établirent. Nul doute qu'il n'y fût toujours à sa place. « Rien du poète dans son commerce, dit Saint-Simon, et tout de l'honnête homme et de l'homme modeste1. » Le duc de Saint-Simon est un bien jeune témoin, il est vrai, des dernières années de Racine; il l'avait vu pourtant, et quand il donne ce nom à' honnête homme à un courtisan sans naissance, on peut s'en fier à lui. Dangeau, très-sobre de réflexions et de jugements, n'a pu s'empêcher de dire de Racine dans son Journal*: « Je n'ai jamais connu d'homme qui eût autant d'esprit que celui-là. » Il est évident qu'il n'entend point parler de l'esprit que le poète avait montre dans ses ouvrages, mais de celui que, dans le commerce ordinaire de la vie, tout le monde lui reconnaissait à la cour. Joignons à ces témoignages celui d un autre contemporain, de Spanheim, qui fut longtemps à Paria
l'envoyé de l'électeur de Brandebourg. « Pour un homme
venu de rien, dit-il dans ses Mémoires, M. Racine a pris aisé-
i. Mémoires, tome II, p. 371.