‹ Œuvres (volume 4)Chapitre 47 sur 311 · Lettre de Racine à son fils, 1 mai · texte numérisé non relu

Lettre de Racine à son fils, 1 mai

ia6 NOTICE BIOGRAPHIQUE

quelque temps déjà séparée de sa famille, c'est que son père écrivait : « On dit qu'elle est fort jolie de sa personne , et qu'elle est même beaucoup crue1. » Il paraît que cette jolie enfant , tout en faisant admirer sa sagesse dans la maison où on l'élevait, avait un naturel très-vif, un esprit très-impétueux. « Babet, disait son père, m'écrit les plus jolies lettres du monde et les plus vives, sans beaucoup d'ordre, comme vous pourrez croire, mais entièrement conformes au caractère que vous lui connoissez. » D'une telle jeune fille des résolutions trop promptes pouvaient être à craindre. Racine était décidé à ne pas lui permettre de s'engager légèrement, et devait la faire revenir chez lui l'année suivante pour bien examiner et laisser mûrir sa vocation.

Les deux plus jeunes filles de Racine , Fanchon et Madelon ( Jeanne-Nicole-Françoise , et Madeleine , nées , la première le 29 novembre 1686 , l'autre le 14 mars i6888),ont naturellement, à cause de leur jeune âge , une moins grande place que leurs sœurs dans les lettres de leur père. Fanchon semblait déjà souhaiter beaucoup la vie de couvent. Elle passa quelque temps à Port-Royal, auprès de la mère de Sainte-Thècle, qui ne pouvait que l'entretenir dans cette disposition. On devait la mettre à Melun, où Nanette l'attendait avec impatience. Voici comment Racine, dans une de ses lettres, parle de Fanchon et de Madelon : « Il tarde beaucoup à Fanchon qu'elle ne soit à Melun avec sa sœur Nanette , et elle ne parle d'autre chose. Sa petite sœur ( Madelon ) n'a pas les mêmes impatiences de nous quitter , et me paraît avoir beaucoup de goût pour le monde ( elle avait alors dix ans. ) Elle raisonne sur toutes choses avec un esprit qui vous surprendroit , et est fort railleuse, de quoi je lui fais la guerre. » On retrouve chez toutes ces filles de Racine quelques traits de leur père.

Le dernier né de ses enfants, celui qui seul osa, très-modestement toutefois, et sans s'écarter des pieux scrupules, chercher à recueillir un rayon du génie poétique de son père, Louis,

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