‹ Œuvres (volume 4)Chapitre 46 sur 311 · Lettre du 10 novembre · texte numérisé non relu

Lettre du 10 novembre

SUR JEAN RACINE. ia5

enfant dont je n'ai jamais eu le moindre sujet de plainte , et qui s'est donnée à Dieu de si bon cœur, quoiqu'elle fût assurément la plus jolie de tous mes enfants, et celle que le monde auroit le plus attirée par ses dangereuses caresses. » Un charmant billet de condoléance à la fois et de félicitation sur l'entrée en religion d'une des filles de Racine a été inséré par son fils dans ses Mémoires. Il n'est point, comme on le dit depuis si longtemps, de Fénelon, mais de Quesnel1. Quoique la date du 14 février 1697 montre bien qu'il y est question de l'entrée de Marie-Catherine aux Carmélites, on a généralement supposé qu'il avait été écrit à l'occasion de cette prise d'habit de Nanette. Dans cette lettre, qui conviendrait également bien d'ailleurs à l'une comme à l'autre de ces douloureuses séparations , il y a un mot bien vrai et qui paraîtrait presque cruel dans une autre bouche que dans celle d'un homme d'une foi si vive, et si profondement convaincu que l'immolation de la nature à Dieu est pleine de douceur dans son amertume : « Au bout du compte, il s'en doit prendre un peu à lui-même. La bonne éducation qu'il lui a donnée , et les sentiments de religion qu'il lui a inspirés, l'ont conduite à l'autel du sacrifice.» Ce n'eût pas été le dernier des sacrifices que des éducations si pieuses eussent coûtés à Racine , si les enfants qui lui restaient n'eussent été, lorsqu'il mourut, trop jeunes encore pour prendre un parti irrévocable. Elisabeth, sa troisième fille, n'était pas encore en âge de prononcer des vœux en 1699. Elle n'avait pas tout à fait quinze ans, lorsqu'elle perdit son père, étant née le 3i juillet 1684 2. Mais sa vocation, du reste, était déjà décidée. Dès l'année 1695 on pensait à la mettre chez les dames de Variville , maison de l'ordre de Fontevrauld, en Beauvaisis. Elle y entra peut-être , comme pensionnaire , cette année même. Il est certain du moins qu'au mois de mai 1698, elle était déjà fort habituée à son couvent , et « témoignoit beaucoup de ferveur pour achever de se consacrer à Dieu 3. » Ce qui montre bien qu'alors elle était depuis

1. Voyez dans les Mémoires de Louis Racine notre note sur le passage où la lettre est citée.

2. Voyez son acte de baptême aux Pièces justificatives, n° XXVIII.

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