Voyez les Mémoires de Saint-Simon, tome XIII, p
4. Lettre du 3o mars 1699. Voyez, la Correspondance de Fénelon, Paris, 1827, tomel, p. 81.
.1 Racine, i 9
i3o NOTICE BIOGRAPHIQUE
propos des visites de la comtesse de Graraont à Port-Ro\al ; « Elle a obligation à ce monastère, elle n'y croit rien voir que d'édifiant; elle a devant les yeux l'exemple de Racine, qui y alloit très-souvent, qui le disoit tout haut chez Mme de Maintenon, et qu'on n'en a jamais repris. » Nous croyons qu'il n'y a que les derniers mots qui soient de trop. Il ne semble pas que Racine ait trouvé à la cour une si parfaite tolérance. Louis Racine, il est vrai, racontant que son père allait souvent à Port- Roval et y menait tous les ans sa famille à la procession du saint sacrement, dit, dans ses Mémoires, que Louis XIV ne parut jamais l'en désapprouver. Plus loin cependant il rapporte la petite scène entre Boileau et Racine, lorsque celui-ci se plaignait de n'avoir pas les mêmes privilèges que son ami, à qui l'on passait très-bien ce que lui-même se voyait imputer à crime. La vérité de cette piquante anecdote est confirmée par Brossette1, qui en tenait le récit de Boileau lui-même. N'y at-il pas là une preuve suffisante que, si l'on ne défendait pas à Racine daller à Port-Royal, on savait bien lui donner, à l'occasion, quelques signes de mécontentement? Son caractère l'y rendait très-sensible; et ses craintes, qu'il n'était pas en lui de cacher, pouvaient fournir prétexte à d'injustes épigrammes comme celle du comte deRoucv. Boileau, avec son indépendance plus ferme, plus insouciante, et sa rude et originale franchise, abordait les difficultés de front, sans embarras, et par là même
I. Recueil manuscrit de la Bibliothèque impériale, p. 92. — Brossette ne raconte pas cette com ersation tout à fait dans les mêmes termes que Louis Racine. Voici sa version: «M. Despréaux m'a dit qu'à la cour M. Racine passoit pour janséniste, et que lui, quoiqu'il le fût pour le moins autant que M. Racine, et qu'il l'avouât publiquement, sans façon et sans mystère, n'étoit pas regardé comme tel. M. Racine s'en étonnoit, et M. Despréaux lui disoit quelquefois : « C'est parce a que je ne m'en cache pas, et que vous en faites un mystère. Si vous « n'alliez à la messe que les jours de dimanche et de fêtes, vous ne « seriez pas regardé comme janséniste. Mais vous y allez tous les a jours. Que ne faites- vous comme moi? » Sont-ce bien là les expressions de Boileau? Acceptait-il ce nom de janséniste? A-t-il pu dire que Racine se cachait ? En vérité, cela n'était pas. Mais au fond les deux récits concordent, et il n'y a pas à douter de leur authenticité dans ce qu'ils ont d'essentiel.
SLR JEAN RACINE. i3i
se rendait moins suspect. ÎMais le courage plus tremblant de Racine était aussi méritoire, peut-être même un peu plus, si la vertu se mesure à l'effort. D'ailleurs si Boileau, avec une singulière hardiesse, élevait la voix devant le Roi lui-même en faveur de ses amis, faisait-il plus que Racine, qui mettait ses enfants à Port-Royal au temps où Louis XIV songeait à n'y plus souffrir de novices ni de pensionnaires? Allait-il, ainsi que Racine, v faire souvent des retraites? Ainsi que lui, s'était-il fait comme l'agent dévoué, le chargé d'affaires de la maison? Les preuves du dévouement actif de Racine aux intérêts de Port-Ro\al sont nombreuses et se trouvent partout.
Nous avons raconté comment il était rentré en grâce auprès du grand Arnauld. La reconciliation avec Nicole avait précédé; elle s'était faite sans peine sous les auspices du célèbre abbé du Pin , parent de Racine1. Il y eut depuis, non-seulement oubli des vieilles querelles, mais intimité confiante, comme on le voit par les notes très-curieuses que Racine a écrites à la suite d'entretiens avec Nicole , entretiens à cœur ouvert où il n'y avait rien de caché pour Racine des secrets de la maison. On peut juger de l'amitié qui les unissait par ce passage dune lettre de Racine à son fils, écrite dans un moment où l'on commençait à s'inquiéter de la santé de Nicole : a \ ous avez raison de me plaindre du déplaisir que j'ai de voir souffrir si longtemps un des meilleurs amis que j'aie au monde — J'ai la consolation d'entendre dire à ses médecins qu'ils ne voient rien à craindre pour sa vie, sans quoi je vous avoue que je serois inconsolable5.» Nous savons par une des histoires de Port-Royal3 que Racine visitait alors fréquemment son ancien maître dans la petite maison de la place du Puits-l'Hermite , qui appartenait aux religieuses de la Crèche , et qui était devenue le rendez-vous de tous les fidèles amis de Port-Royal, tels que Boileau, Tréville , le Tourneux, Santeul. Lorsque Nicole, au mois de novembre 1695, eut la première des at-
1. Louis-Ellies du Pin, père de l'abbé du Pin, avait épousé la sœur aînée de Nicolas Vitart.