Lettre du Ier octobre i6g
3. Histoire de Port-Royal (Cologne, M.DCC.LII, 6 vol. in-ia), tome V, p. 5o8.
i32 NOTICE BIOGRAPHIQUE
taques d'apoplexie auxquelles il devait succomber, Racine , à la nouvelle de l'accident , accourait de Versailles à Paris , apportant des gouttes d'Angleterre, qui dans le premier moment parurent ressusciter le malade 1 . Cette amitié , ce dévouement, montrés si publiquement, sont un des meilleurs témoignages en faveur de Racine. Il en est un d'ailleurs que nous trouvons expressément rendu par Nicole lui-même, dans une lettre de félicitation qu'à la fin de 1690 il adressait à son ami, nommé gentilhomme ordinaire : a Je me réjouis, lui écrivait-il, que la malice et les préventions ne puissent pas tout. Mais je me réjouis encore bien plus qu'on ri ait pas été intimidé de ces préventions , et qu'en allant son chemin sans crainte, on ne soit tombé dans aucun inconvénient. »
Les relations de Racine avec Arnauld ne furent pas moins amicales qu'avec Nicole. Depuis le jour où il avait obtenu le pardon du grand solitaire, jusqu'à celui où l'exil les sépara en 1679, le temps est court. Il fut bien mis à profit sans doute pour un rapprochement de plus en plus intime; car, dans les lettres que de son refuge Arnauld écrivait à Racine, il lui parlait comme à un de ses meilleurs amis, « très-généreux et très-effectif, » et pouvait lui dire : a Je me flatte qu'il n'y a guère de personne que vous aimiez plus que moi2. » Jean- Baptiste Racine connaissait bien cette amitié , et singulièrement disposé, il est vrai , à faire ressortir, dans la vie de son père, les sentiments que lui-même partageait, il ne voulait rien écrire sur cette vie , sans être libre , disait-il , « de bien instruire la postérité du respect ou, pour mieux dire, de la passion que Racine avoit pour M. Arnauld3. » S'il eût exécuté son dessein , nous aurions peut-être sur cette passion plus de détails encore. Ceux qui nous ont été conservés suffisent. Arnauld avait souvent quelques services à demander pour des amis de la bonne cause, et il s'adressait avec confiance à Racine, qu'il exhortait à faire usage de son crédit, talentum familiaritatis t comme il disait. Racine s'employait de son mieux en faveur des amis
1. Lettre île Mme de Coulanges à Mme de Sévigné, 18 novembre i'i<)>, tome X des Lettres de i\lm< </< Sévigné, j>. 33i et 33a.