‹ Œuvres (volume 4)Chapitre 59 sur 311 · Ibidem · texte numérisé non relu

Ibidem

i58 NOTICE BIOGRAPHIQUE

pour aller respirer l'air à Auteuil, que dans un moment où il le crut hors de péril, et dut bientôt revenir. Louis Racine nous a conservé les touchantes paroles de son père mourant à celui qu'il regardait comme un second lui-même : « C'est un bonheur pour moi de mourir avant vous. »

Les deux fils de Racine étaient auprès de lui pour recevoir ses derniers adieux. Un prêtre de Saint- André-des-Arcs lui donna les secours de la religion, qu'il reçut avec toute la piété dont son âme était depuis longtemps nourrie. On connaît ce passage d'une lettre de Mme de Maintenon à Mme de la Maisonfort : « Il vous auroit édifié, le pauvre homme, si vous aviez vu son humilité dans sa dernière maladie, et son repentir sur la recherche desprit. Il ne demanda point dans ce temps-là un directeur à la mode; mais il ne vit qu'un bon prêtre de sa paroisse.» Sa religion lui donna, au moment suprême , cette fermeté d'âme dont il ne se fût jamais cru capable en face de la mort. Nous nous privons de répéter ici les belles paroles qu'il adressa alors à son fils aîné , on les lira dans les Mémoires de Louis Racine. Elles attestent que toute faiblesse avait disparu. Ce fut ainsi qu'il expira le ai avril 169g, entre trois et quatre heures du matin *, dans sa maison de la rue des Marais 2. Il était âgé de cinquante-neuf ans. Dans son testament,

1. Voyez l'acte de décès aux Pièces justificatives, n° XXXV. — Dangeau, dans son Journal, annonce la mort de Racine sous la date du 20 avril. C'est incontestablement une erreur.

2. Nous avons, dans une note précédente (p. 28), parlé des di\ers logements de Racine jusqu'à son mariage. Depuis cette époque il en changea soment encore. Lorsqu'il se maria, il demeurait dans la dite, sur la paroisse Saint-Landry; l'année suivante, dans l'île Saint- Louis, comme on le -\oit dans l'acte de baptême de son fils aîné ; de 1680 à 1684» sur la p:\roisse Saint- André-des-Arcs, où furent baptisées trois de ses filles, Marie-Catherine, Anne et Elisabeth : il était alors rue du Cimetière-Saint-André-des-Arcs. Au mois de novembre ifiSfi, il logeait déjà rue des Maçons (voyez l'acte de baptême de sa fille Jeanne); et la lettre à Boileau du 21 mai 1*192 nous apprend qu'a cette dernière date il y était encore. Mais le 2 novembre de la même année (l'acte de baptême de Louis Racine le constate), il était établi dans cette maison de la rue des Marais, où il devait mourir Mlle Clairon dit dans ses Mémoires (1 ^1. in-8°, Paris, chez Rnisson, an VII), p. 12: n On me parla d'une petite maison, rue des Marais, du

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par un codicille daté du 10 octobre 1698, il avait demandé à être inhumé dans le cimetière de Port-Royal des Champs , au pied de la fosse de M. Hamou. « Cela , dit Saint-Simon, ne fit pas sa cour ; mais un mort ne s'en soucie guère ' . »

Frappé à mort par un regard un peu sévère du Roi ! Le faible courage! dit-on souvent. Et pour un tel homme, qui devait être si fort au-dessus d'une vaine faveur , la triste fin de courtisan ! Mais non , un vrai courtisan ne meurt pas ainsi : il ne se perd pas pour les malheureux et pour les persécutés. Et si quelque imprudence le fait tomber dans la disgrâce , il se peut sans doute que l'ambition trompée le tue; mais plus souvent sa douleur égoïste et sèche, qui n'est que dépit et rage, a des suites moins funestes : il continue, comme un Bussy, à flatter, à espérer , à mendier. Le dévouement de Racine à Louis XIV était sincère; son attachement était un culte. C'est ce qui excuse et ennoblit la dernière de ses faiblesses mondaines. Elle doit surtout lui être pardonnée parce qu'il en a su faire le sacrifice. On peut encore, pour s'en armer contre lui, recueillir dans l'histoire anecdotique quelques traits de sa flatterie : ce sera Boileau abandonné par lui dans sa discussion grammaticale avec Louis XIV sur le verbe rebrousser - ; ce seront des louanges de Louvois supprimées par ses conseils dans une pièce de vers de Mme Deshoulières lue devant le Roi : toutes ces misères ont été plus qu'effacées le jour où Racine s'est exposé à déplaire pour réclamer le soulagement du pauvre , ou pour demeurer fidèle à ses convictions et à ses amitiés les plus chères. Et qu'après cela il n'ait pas reçu le coup en stoïcien, et sans le sentir , ne faut-il pas tenir compte de l'exquise sensibilité de cette imagination de poète? Ne faut-il pas se souvenir que pour servir ce roi , qui tout à coup se détournait de lui , il

prix de douze cents livres. On me dit que Racine y avait demeuré quarante ans avec toute sa famille, que c'était là qu'il avait composé ses immortels ou\ rages ; là qu'il était mort ; qu'ensuite la touchante le Courreur l'avait occupée, ornée, et qu'elle y était morte aussi On me l'accorda, s Dans ces souvenirs, dont son imagination était émue, tout, on le voit, n'était pas d'une parfaite exactitude.

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