Voyez aux Pièces justificatives, n" XVTI
SUR JEAN RACINE. [>i
point, dans ses lettres, de ses vers ni de ses pièces de théâtre. On ne reconnaît plus le correspondant de le Vasseur et de la Fontaine. Pas un mot qui sente le bel esprit. Tout cela, dans la maison de Pierre Sconin, eût sans doute fait froncer les sourcils.
Évidemment on était inquiet à la Ferté-Milon, comme h. Port-Royal, de la route où s'engageait le jeune poète. Il était temps de le tirer de ce qu'on appelait son oisiveté, d'autant plus qu'il était sans fortune. Lui-même, plus raisonnable qu'on ne se l'imaginait, sentait bien qu'il ne fallait pas tout sacrifier à ses goûts, et qu'il serait sage de prendre quelque parti sérieux, qui, en attendant la gloire, lui assurât des avantages solides et lui permit d'abord de payer les dettes qu'il avait contractées envers Vitart. Ce fut alors que son oncle Sconin l'appela en Languedoc près de lui, pour lui faire étudier la théologie sous ses yeux, et, à la première occasion, lui procurer un bon bénéfice.
Cet oncle qui voulait pourvoir à son avenir était vicaire général à Uzès, et prieur des chanoines réformés de l'église cathédrale. Il était le bras droit de l'évêque, Jacques Adhémar de Monteil de Grignan1, dont il avait chaudement épousé la cause au milieu de graves embarras et de différends très-vifs avec les chanoines, et qui, reconnaissant d'un concours si zélé, l'avait nommé officiai et vicaire général, et l'avait pourvu du prieuré de Saint-Maximin. Un tel protecteur, qui, soit par luimême, soit par son évêque, devait avoir des bénéfices à sa disposition, ne semblait pas à dédaigner, et Racine, comme adopté par lui, faisait des jaloux dans sa famille: on le voyait déjà sur le chemin de la fortune et des plus • fructueuses dignités de l'Eglise; car de loin il paraissait que son oncle pourrait tout ce qu'il voudrait. Il y avait là quelque illusion.
Antoine Sconin avait été depuis longtemps élevé à de trèshauts honneurs ecclésiastiques. Il avait porté la crosse et la mitre. Né à la Ferté-Milon le 27 septembre 1608, il était entré,
1. Lorsque Antoine Sconin vint à Uzès, l'évêque était Nicolas de Grillet. Jacques Adhémar de Grignan lui succéda en 1660 , aprèavoir été son coadjuteur depuis 1657. [Gallia christiana, tome VI, p. 645 et «46.)
à l'âge de vingt ans, dans la congrégation de Sainte-Geneviève1 . S'étant bientôt distingué par ses talents, il fut élu supérieur général et abbé triennal clans le chapitre général du 1 4 septembre i65o. Dans une gravure du temps, qui représente la magnifii/ue procession de la châsse de sainte Geneviève de Paris, faite /' XI juin i652 pour la paix*, nous l'avons vu dans toute la splendeur de ses habits de cérémonie, aux côtés de l'archevêque de Paris, contre lequel il soutint, en cette circonstance, très-fermement et avec succès, les droits de sa dignité méconnus dans une question de rang. Ses trois ans de gouvernement accomplis, il ne fut point réélu; et immédiatement après l'élection du nouvel abbé, en i653, la congrégation l'envoya à Uzès. Elle était alors dans de grandes contestations avec l'évèque, qui, entre autres griefs, avait beaucoup à se plaindre du prieur des chanoines. Le chapitre général adressa, le i>\ septembre, une lettre au prélat, pour lui exprimer le désir de lui donner contentement, et lui annoncer qu'on retirait le prieur qui lui avait déplu et auquel on faisait succéder le R. P. Antoine Sconin : grande marque du désir de vivre avec lui dans une parfaite union, puisque l'on faisait choix d'un prieur de cette prudence3. Sous de si honorables apparences, c'était pour le P. Sconin un exil déguisé. Sa fermeté lui avait fait des ennemis, et, pour se défaire de lui, on le reléguait dans un pays où il ne devait pas cesser d'avoir à lutter contre toutes sortes de tracasseries monacales, qui, au temps même où il fit venir Racine près de lui, entravèrent tout son bon vouloir pour son neveu.
1. a Frère Antoine Sconin, vêtu le 29 septembre, et profès le 18 octobre 1628. » (Tiré du manuscrit déjà cité, qui a pour titre : Ici sont écrits les noms des religieux de céans, p. ai.) — Suivant le Cailla christiana , il fit profession le 9 octobre 1628. Nous donnons aux Pièces justificatives (n° XVIII) l'article du < ■allia christiana sur Antohie Sconin. Il contient des détails intéressants sur lesquels nous nous appuyons dans notre récit ; le si jour de Racine à Uzès n'y est point oublié.
2. Au folio 285 du tome XXIV des Actes touchant la rc formation de plusieurs monastères des chanoines réguliers de la congrégation de France .
3. Actes touchant la réformation, etc., tome XXV , fol. a55-25g.
Il était à Uzès depuis huit ans lorsque le futur bénéficier y arriva, dans les premiers jours de novembre 1661. Le R. P. Sconin reçut son neveu avec beaucoup de tendresse, et le charma par sa bonté toute paternelle. Quoique Racine fût très-disposé à lui complaire et à se laisser docilement guider par lui, on s'étonnerait que cette docilité eût pu aller jusqu'à le faire renoncer à la poésie, ou même seulement au théâtre, pour lequel il travailla encore à Uzès. Un moment cependant, nous allons le voir, il parut au moins hésiter s'il ne prendrait pas de tels engagements que la carrière poétique lui eût été à peu près fermée ; mais ce sacrifice, rien n'indique que son oncle l'ait jamais exigé ; et s'il eût été bien aise de voir le jeune Racine entrer dans la prêtrise , il ne semble pas qu'il fût homme à contraindre sa vocation. Au surplus, Racine n'était pas encore dans l'âge requis : il n'avait que vingt-deux ans. Pour le moment, il ne s'agissait que de lui faire prendre la tonsure, ce qui, dès son arrivée à Uzès, n'eût souffert aucun retard, s'il eût été muni du dimissoire dont il avait besoin, étant hors de son diocèse. Mais il ne l'avait pas apporté avec lui, et longtemps on le réclama en vain à Soissons. Lorsqu'enfin le dimissoire arriva au bout de six mois, nous ne savons si l'on en fit usage1 : rien ne se déci-
1 . On devrait le croire , s'il était -vrai que Racine eût alors porté le titre d'abbé. M. Jules de Saint-Félix, dans un article intitulé Racine à Uzès, qui a parn dans la Décentralisation littéraire, janvier 1864 (p. 121 , à la note), dit avoir vu « dans la bibliothèque d'un amateur de Paris un livre sur la garde duquel est écrit : f 'appartiens à l abbé J . Racine, n Mais il faudrait être assuré qu'il n'a pu v avoir erreur sur l'initiale du prénom. Le catalogue de la bibliothèque de M. de Soleinne (tome V, livres doubles , n° 24° ) a cette note : « Le savant M. Villenave nous a assuré avoir possédé un exemplaire de la Thébaïde où le privilège donnait à Racine le titre d'abbé. » Tout ce que nous pouvons dire , c'est que nous n'avons rencontré aucun exemplaire semblable. L'extrait du privilège de la Thébaïde , que nous n'avons trouvé que dans l'édition publiée par Gabriel Quinet, donne seulement le nom du libraire Claude Barbin, sans aucune mention de Racine ; il en est de même de l'extrait qui nous a été conservé par les registres de la Chambre svndicale. Dans le catalogue des livres de M. Hebelink de Lille (Paris, Techener, i856), p. 116, on fait remarquer que sur les plats d'un Quintilien, dont la reliure est
dait pour l'établissement de Racine ; toutes les bonnes intentions du P. Sconin étaient paralysées.
On ne suit pas toujours facilement dans les lettres de Racine, au milieu de renseignements incomplets , cette longue histoire de déceptions sans cesse renaissantes. Ce que l'on voit bien, c'est qu'il y avait là beaucoup de misérables conflits d'intérêts et qu'on s'y disputait les bénéfices avec une singulière avidité. L'évêque était obsédé de gens affamés, et, ne sachant pas résister à leurs sollicitations insatiables , ne trouvait plus à disposer de rien en faveur du protégé de son cher vicaire général. Fatigué de ses querelles avec la congrégation de Sainte-Geneviève, il cherchait à les faire cesser en abandonnant aux terribles Pères la nomination aux bénéfices vacants dans le chapitre d'Uzès, à laquelle le P. Sconin avait des droits , ainsi que lui-même : de telle sorte que Racine ne se voyait bientôt plus en perspective que quelque pauvre chapelle de vingt à vingt-cinq écus. Son oncle, désolé de ne rien faire pour lui, songeait à lui résigner son propre bénéfice de Saint-Maximin, près d'Uzès. Mais il eût fallu que Racine consentit à être prêtre , ou qu'il obtînt une dispense , matière à procès avec des moines très-redoutables. Racine voyait d'ailleurs dans quel guêpier il se jetterait. Il ne se souciait pas d'hériter des embarras du P. Sconin, qui se tuait pour payer les dettes de ses moines, et ne rencontrait en récompense qu'ingratitude et mauvais procédés. Ce pauvre vicaire général était le plus malheureux des hommes, le plus accablé d'inquiétudes. Au milieu de toutes ses peines, sa sollicitude pour son jeune neveu était touchante : il épuisait en sa faveur toutes les combinaisons. Toujours prêt à résigner le bénéfice de Saint-Maximin, il cherchait quelqu'un qui voulût le prendre en échange d'un bénéfice séculier dont Racine eût bien fait son affaire.
ancienne, on lit ces mots : Fahbé Racine ; mais ce Quintilien est celui qui a été publié à Leyde et à Rotterdam en l665. Si jamais Racine a eu le titre d'ahbé, pouvait-il le porter encore en ce temps-là? Malgré f ancienneté de la reliure , ce livre peut bien avoir appartenu à l'abbé Racine (Bonaventure). M. Éd. Fournier dans une note de la comédie de Racine à Uzès (Paris, i8fi5), p. y 4 , a cité le témoignage des deux catalogues : il lui paraît probant ; nous croyons qu'on peut conserver des doutes.
Mais, dans l'état où se trouvaient les choses, cet échange ne tentait personne.
Dans les moments où il désespérait de rien obtenir à Uzès, Racine tournait ses vues d'un autre côté. Il songeait à se faire donner, par les soins de Vitart, le prieuré d'Oulchy, sauf les droits de son ami le Vasseur, qu'il consentait de bon cœur qu'on préférât aux siens. Nous avons déjà parlé de ce bénéfice, que l'abbé le Vasseur obtint quelques années après; et l'on se souvient que le prieur y était curé. On y portait Phabit blanc, ce qui avait longtemps inquiété Racine, comme il en faisait l'aveu. Mais il en prenait son parti. Se résignait-il donc alors à embrasser sérieusement l'état ecclésiastique ? On le croirait. Il pouvait , avec d'autant plus d'espérances, prétendre à ce prieuré, qu'il le voyait, si nous interprétons bien une de ses lettres, entre les mains d'un de ses oncles, qu'il appelle son oncle d'Oulchy * . Vitart s'occupait de la négociation et faisait des voyages à Oulchy. Rien ne réussissait. Une autre tentative était faite pour un bénéfice en Anjou, et déjà le P. Sconin avait obtenu des provisions pour Racine; mais le prieuré était disputé parla famille de Rernay, qui avait eu des provisions en cour de Rome; et quoique ces compétiteurs ne parussent avoir aucun droit, ils soulevaient des chicanes. Pour comble de malheur, le P. Sconin avait confié l'affaire aux soins d'un de ses frères qui semblait prendre plaisir à desservir Racine et à faire échouer tout ce qu'on entreprenait pour lui. Cet homme si desobligeant est appelé dom Cosme dans les lettres de Racine. Etait-il bénédictin, comme l'ont dit les annotateurs de ces lettres ? Le
I. M. A. de Vertus, dans son Histoire de Coincy , F ère, Oulchy — (i vol. in-8°, à Laon, imprimerie de H. de Coquet et G. Stenger , 1864), p. 379 et 38o, dit que cet oncle de Racine était M.Thomas. Nous pensons que c'était Antoine de la Haye, alors prieur d'Oulchy . M. Thomas, dont il est parlé dans une lettre de Racine, n'était que sous-prieur. Nous n'avons pas trouvé , il est vrai , comment s'étahlissait la parenté de Racine et des de la Haye ; mais il est plusieurs fois question dans ses lettres de son jeune cousin de la Haye. Les de la Haye, comme on peut le voir dans V Histoire de Saint-Jean des Pignes , p. 162 , étaient depuis longtemps en possession du prieure d'Oulchv.
titre de dom , suivi non pas du nom de famille, mais d'un nom de religion, ne conviendrait-il pas mieux à un feuillant? Quoi qu'il en soit, ce personnage nous échappe. Des recherches persévérantes n'ont rien pu nous découvrir sur son compte; car, bien qu'il fût à Soissons, ou près de là, lorsque par sa négligence il laissa Racine si longtemps privé de son dimissoire, nous ne pensons pas qu'il soit possible de le confondre avec le Sconin qui était principal du collège de Soissons et faisait de méchants vers ; et nous en restons sur lui à ce que. Racine nous en apprend1. D. Cosme était vraiment sa bête noire : il lui attribue tout son gnignon, et parle de lui comme d'un Iraître; tous les mirages de bénéfices s'évanouissaient a son souffle. Chargé de l'affaire d'Anjou , il ne voulait pas s'en dessaisir pour en remettre la direction à Vitart, et il la conduisait fort mal, tout prêt à abandonner, sous de mauvais prétextes, le titre du prieuré à la partie adverse. Du côté de ce même bénéfice, il y avait encore d'autres obstacles. L'aumônier de l'évêque d'Uzès le convoitait , et le P. Sconin conseillait à Racine de traiter avec lui, afin d'en recevoir en échange un prieuré simple de cent écus : maigre dédommagement qui fut jugé inacceptable.
La patience de Racine finit par se lasser. Cet aumônier, ce D. Cosme, ces moines suscitaient trop de difficultés à son excellent oncle. Il fallut quitter la place à tant de petites in-
i. Etonné de ne pouvoir retrouver aucune trace de ce moine parmi les fils du vieux Pierre Sconin, que nous croyons cependant connaître tous par les actes de l'état civil, et par d'anciens tableaux généalogiques, nous en sommes venu à douter de son existence. Il est remarquable que Racine l'appelle tantôt dom Cosme, tantôt M. Sconin, dans les Lettres à Vitart, du i5 juin 1661 et du iS juillet 1662. D. Cosme y parait comme le chargé d'affaires d'Antoine Sconin, soit en Anjou, soit à Paris, dans tout ce qui regardait les bénéfices. D'autre part nous allons voir que Pierre Sconin, frère aîné d'Antoine, le représenta à Paris, en 1661, dans une transaction relative au prieuré de l'Epinay. On pourrait donc soupçonner que dom Cosme n'aurait été qu un sobriquet donné par ces malins jeunes gens à Pierre Sconin, par allusion peut-être à quelque ressemblance ou relation quelconque qu'il aurait eue avec le feuillant D. Cosme, célèbre prédicateur de ce temps, ou à toute autre circonstance qui nous est inconnue.
trigues, et revenir, les mains vides, de cette malheureuse chasse aux bénéfices.
On ne sait pas au juste à quel moment Racine s'éloigna d'Uzès. La dernière lettre écrite de cette ville, que nous ayons de lui, est du ^5 juillet 1662 ; mais sa correspondance ne nous le fait retrouver à Paris qu'un an après. D'après le témoignage des savants auteurs du Gallia christiana, son oncle, qu'il ne perdit qu'au commencement de 1689 1, le suivit d'un regard bienveillant dans la carrière de gloire qu'il parcourut bientôt, et applaudit à ses succès. Quant à l'autre carrière moins brillante, celle des bénéfices, où Racine avait débuté si malheureusement à Uzès, elle ne lui fut pas entièrement fermée. C'est un fait bien connu, qu'en 1667 il était prieur de l'Épinay; et le privilège à'Andromaque, donné le 28 décembre de cette année, le constate. Sa nomination à ce bénéfice remonte plus haut. Dans un acte notarié du 3 mai 1666, passé à la Ferté- Milon, il est déjà qualifié prieur de Sainte-Madeleine de l'Épinay2. Le prieuré, ou chapelle régulière de l'Épinay, était un bénéfice simple du diocèse d'Angers. C'était l'abbé de Saint- Georges-sur-Loire, ordre de Saint- Augustin3, qui en avait la
1 . S'agit-il du chagrin que Racine ressentit de cette perte dans une lettre qui lui fut écrite vers le même temps par la supérieure de Saint-Cvr, et qui commence ainsi : a Je n'ai pas osé vous prier de venir ici , Monsieur : je respecte la croix que vous portez, et je voudrais de tout mon cœur en soulager le poids. Je ne le puis qu'en priant pour vous, et qu'en vous exhortant à ne pas vous abandonner à de tristes et inutiles réflexions; il faut faire diversion à votre peine »?Ce serait une très-grande preuve de l'attachement reconnaissant de Racine pour le P. Sconin. 3Jais le vieillard était mort plein de jours à quatre-vingts ans passés; il y avait plus de vingtcinq ans que son neveu s'était séparé de lui. Les termes de la condoléance sembleraient bien forts.
2. La même qualité lui est donnée dans divers actes, conservés également à la Ferté-Milon , du 2 juillet , du 2 août et du 26 octobre 1667.Il est seulement à noter que dans les actes de 1667 on ne nomme plus le prieuré de Sainte-Madeleine , mais celui de Sainte- Pétronille de l'Épinay. Nous ignorons quelle est la différence. Les pouillés ne parlent que d'un prieuré de l'Epinay.
3. Pou'dlé général, contenant les bénéfices de F archevêché de Tours (Paris, chez Gervais Alliot, M.DC.XXXXVIII, in-4°), p. 229.
VS NOTICE BIOGRAPHIQL F,
collation. A cette époque cet abbé était Jacques Adhéniar de Grignan, l'évéque d'Uzès ' . Il est facile de voir que Racine devait ce bénéfice à son oncle, plus heureux enfin, mais pour un moment, dans ses bienveillants efforts. Il importe d'autant plus «ie remarquer combien cela est vraisemblable, que Tannée 1 066 étant précisément celle où notre poète eut avec Nicole la querelle dont nous aurons à parler, et le bruit, suivant Louis Racine, ayant alors couru que les ennemis de Port- Royal l'avaient encouragea continuer les hostilités, avec promesse d'un bénéfice pour recompense, il ne faudrait pas croire que le bénéfice de l'Epinay ait été le prix, honteusement accepté, d'une odieuse complaisance. Du reste, Louis Racine n'a pas rapporté assez exactement ce que lui avaient appris les notes manuscrites de son frère aîné, telles que nous les trouvons citées par Germain Garnier2. Jean-Baptiste Racine a\ait entendu dire que ce fut l'archevêque de Paris, Hardouin de Péréfixe, « qui fit solliciter son père d'écrire contre Port- Royal, et qui lui fit même offrir pour cela un canonicat. » Or, le prieuré de l'Epinay n'était pas un canonicat.
>ori-seulement ce prieuré était à la collation de l'évéque d'Uzès; mais le P. Sconin le possédait, en 1661, comme nous l'avons pu constater dans un acte passé à Paris3 cette même année, le 21 juillet. On le lui disputait alors , ce qui l'avait engagé dans un procès aux requêtes du Palais. Il est clair que
1. Il fui abbe de Saint-Georges de i654 à 1674. (Gallia c//mttaua , tome XIV, p. 716.)
2. Avertissement des éditeurs (de 1807) en tète de la première lettre à fauteur des Visionnaires,
3. Par-devant maître Saint-Vaast. Cet acte ;i rapport à un arbitrage pour terminer à l'amiable le procès pendant aux requêtes du Palais, « en raison du prieuré de Sainte-Pétronille de l'Espinav , entre Antoine Sconin , prieur de l'église cathédrale d'Uzès, et Valeran- François le Féron, clerc tonsuré du diocèse du Mans. » Celui-ci était représenté par son père, messire François le Féron; Antoine Sconin l'était par son frère, Pierre Sconin, avocat an Parlement, procureur du Roi aux eaux et forêts du duché de Valois, et grènetier à la Ferté- Milon. Les arbitres choisis par les partis étaient « Monseigneur l'illustrissime évèque d'Uzès, et Monseigneur le procureur général du grand conseil » (alors M. Renaud in .
c'est là ce même bénéfice d'Anjou dont Racine parle dans deux de ses lettres à Yitart, et pour lequel, nous l'avons dit, la famille de Bernay sollicitait contre son oncle et contre lui.
Racine, en possession du bénéfice, eut-il affaire aux mêmes concurrents, avec qui Ton n'avait pu conclure un accommodement? Est-il certain, comme on l'a cru, que ces concurrents aient eu gain de cause, à la suite d'un procès fort embrouillé, qui semblerait, d'après une lettre de Racine à Vitart, avoir roulé en grande partie sur l'omission du mot signatis après ceux-ci : testibus nominatis * ? Un acte de baptême signé Jean Racine de l'Espinar* nous fait voir que Racine possédait encore son prieure le 12 mai 1668; mais lorsque les Plaideurs furent joués peu de temps après, dans les derniers mois de la même année, d'Olivet et après lui Louis Racine prétendent qu'un arrêt l'avait déjà dépouillé de ce bénéfice, ou qu'il v avait, de guerre lasse, renoncé volontairement. Ils expliquent ainsi ce que, dans la préface de sa comédie, il dit d'un procès qui lui avait appris les termes de la chicane; et ils veulent même qu'il n'ait écrit sa pièce qu'à l'occasion de ce procès et pour s'en consoler. Nous n'affirmons pas qu'ils aient été bien informés3. En tout cas, il n'y aurait pas à regretter la perte du plus riche prieuré, si c'était elle qui nous eût valu une si excellente comédie contre les juges et les avocats. Ajoutons que plus tard Racine, s'il fut vraiment dépossédé à ce moment, prit sa revanche et son dédommagement autrement encore que par