La comtesse de Crissé
2. Cet avocat, suivant le Ménagiana , serait maître P*** , que l'on croit être Patru. Cela est peu probable. Voyez la note sur le vers jSo des Plaideurs.
a4o MEMOIRES SUR LA VIE
avoit donnée à sa pièce, dont le mérite fut enfin reconnu .1 Paris.
L'année suivante, 16681, il reçut une gratification de douze cents livres, sur un ordre particulier de M. Colbert*.
Britannicus, qui parut en 16703, eut aussi beaucoup de contradictions à essuyer, et l'auteur avoue dans sa préface qu'il craignit quelque temps que cette tragédie n eut une destinée malheureuse. Je ne connois cependant aucune critique imprimée dans le temps contre Britannicus 4. Ces sortes de critiques, à la vérité, tombent peu après dans l'oubli ; mais il se trouve toujours dans la suite quelque faiseur de recueil qui veut les en retirer. Tout est bon pour ceux qui, moins curieux de la reconnoissance du public que de la rétribution du libraire, n'ont d'autre ambition que celle de faire imprimer un livre nouveau; et, dans le recueil des pièces fugitives faites sur les tragédies de nos deux poètes fameux, qu'en 174° Gissey imprima en deux volumes 5, je ne trouve rien sur Britannicus.
1 . C'est par inadvertance que L. Racine dit : <r l'année suivante ; » il devrait dire : « la même année. »
2. En voici la copie : « Maître Charles le Bègue, conseiller du Roi, trésorier général de ses bâtiments, sous vous mandons que des deniers de votre charge de la présente année, même de ceux destinés par Sa Majesté pour les pensions et gratifications des gens de lettres, tant françois qu'étrangers, qui excellent en toutes sortes de sciences, vous payiez comptant au sieur Racine la somme de douze cents lhres, que nous lui avons ordonnée pour la pension et gratification que Sa Majesté lui a accordée, en considération de son application aux belleslettres, et des pièces de théâtre qu'il donne au public. Rapportant la présente, et quittance sur ce suffisante, ladite somme de douze cents livres sera passée et allouée en la dépense de vos comptes, par Messieurs des comptes à Paris; lesquels nous prions ainsi le faire sans difficulté. Fait à Paris, le dernier jour de décembre 1668.
« COLBERT. La Motte Coquart. » {Note de L. Racine.
3. Les éditions de 1747 et de 1750 ont 0 en 1670, t et non « en 1669, » comme l'ont imprimé les plus récents éditeurs de Racine. Il est vrai que Britannicus fut joué en décembre ififio. La pièce imprimée ne parut qu'au commencement de 1670.
4. Nous connaissons de ce temps celle de Boursault, dans son petit roman d' Artèmise et Poliantc , 1 vol. La- 12 , 1*170.
5. C'est le recueil de l'abbé Granet : Recueil de dissertation* sur
On sait l'impression que firent sur Louis XIV quelques vers de cette pièce. Lorsque Narcisse rapporte à Néron les discours qu'on tient contre lui, il lui fait entendre qu'on raille son ardeur à briller par des talents qui ne doivent point être les talents d'un empereur :
Il excelle à conduire un char dans la carrière, A disputer des prix indignes de ses mains, A se donner lui-même en spectacle aux Romains, A venir prodiguer sa voix sur un théâtre
Ces vers frappèrent le jeune monarque, qui avoit quelquefois dansé dans les ballets; et quoiqu'il dansât avec beaucoup de noblesse, il ne voulut plus paroitre dans aucun ballet, reconnoissant qu'un roi ne doit point se donner en spectacle. On trouvera ce que je dis ici confirmé par une des lettres de Boileau1. Ce fut en remarquant combien les vers de Britannicus étoient travaillés, qu'il dit pour la première fois ce qu'il a souvent répété : « C'est moi qui ai appris à M. Racine à faire des vers difficilement2. »
Ceux qui ajoutent foi en tout au Bolxana croient que Boileau, qui trouvoit les vers de Bajazet trop négligés, trouvoit aussi le dénouement de Britannicus puéril, et reprochoit à l'auteur d'avoir fait Britannicus trop petit devant Néron3. Il y a grande apparence que M. de Monchenay, mal servi par sa mémoire lorsqu'il composa ce recueil, s'est trompé en cet endroit, comme dans plusieurs autres4. Je n'ai jamais entendu dire que Boileau eût fait de pareilles critiques; je sais seulement qu'il engagea mon père à supprimer une scène entière de cetle pièce
plusieurs tragédies de Corneille et de Racine , à Paris , chez Gissev , M.DCC.XL , 2 vol. in-12. Granet y avait oublié la critique de Britannicus par Boursault. Il répara son oubli , en l'insérant dans le tome XI de ses Réflexions sur les ouvrages de littérature.
1. Recueil de lettres, p. 2 60. {Note de L. Racine.) — Ce Recueil est relui que publia L. Racine lui-même en 1747-
2. Ce passage, depuis : « Ce fut en remarquant, » a été ajouté par \j. Racine clans V Exemplaire corrigé.