Au tome II, p. 81, de ses Hommes illustres
3. L'auteur est Gabriel Gueret. La première édition du Parnasse réformé, 1 vol. petit in-12, parut en 1668 à Paris, chez Thomas Jolly. Le passage rappelé ici est à la page 75.
4. Dans Y Histoire du Théâtre français, tome XIII, p. xxv , il est dit que L. Racine a commis une erreur en faisant de Subligny un comédien, <r Subligny, disent les frères Parfait, était avocat au Parlement, et même il s'y fit distinguer. » L'abbé Granet, dans son Recueil de Dissertations (tome I, p. ci), qui est probablement la source ou L. Racine a puisé, avait, comme lui, donné à Subligny la qualité de comédien. Il fut contredit sur ce point dans les Suppléments du Dictionnaire de Moréri. Au milieu de ce conflit d'autorités, il peut rester des doutes. Ce qu'on sait plus certainement, c'est que Subligny eut une fille qui, en 1682, entra à l'Opéra, où elle eut degrands succès dans la danse. Ce fait donne-t-il plus de probabilité à
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en forme de comédie; elle ne fut pas inutile à l'auteur critique, qui corrigea, dans la seconde édition tfAndromuque, quelques négligences de style, et laissa néanmoins subsister certains tours nouveaux, que Subligny mettoit au nombre des faute'. de style, et qui, ayant été approuvés depuis comme tours heu reux, sont devenus familiers à notre langue. Les critiques les plus sérieuses contre cette pièce tombèrent sur le personnage de Pyrrhus, qui parut au grand Condé trop violent et trop emporté, et que d'autres accusèrent d'être un malhonnête homme, parce qu'il manque de parole à Hermione. L'auteur, au lieu de répondre à une critique si peu solide, entreprit de faire dans sa tragédie suivante le portrait d'au parfaitement honnête homme. C'est ce que Boileau donne à penser quand il dit à son ami, en lui représentant l'avantage qu'on retire des critiques :
Au Cid persécuté China doit sa naissance;
Et ta plume peut-être aux censeurs de Pyrrhus
Doit les plus nobles traits dont tu peignis Burrhus.
La comédie des Plaideurs précéda Britannicus, et parut en 1668. En voici l'origine. Mon père avoit enfin obtenu un bénéfice, puisque le privilège de la première édition tVA/idrornacjue, qui est du 28 décembre 1667, est accordé au sieur Racine, prieur de l'Épinay, titre qui ne lui est plus donné dans un autre privilège accordé quelques mois après, parce qu'il n'étoit déjà plus prieur1. Boileau le fut huit ou neuf ans; mais quand il reconnut qu'il n'avoit point de dispositions pour l'état ecclésiastique, il se fit un devoir de remettre le bénéfice entre les mains du collateur ; et pour remplir un autre devoir encore plus difficile, après avoir calculé ce que le prieuré lui
l'opinion de ceux qui veulent que Subligny ait monté lui-même sur le théâtre? ou bien y verra-t-on l'origine toute naturelle d'une confusion entre la fille et le père? — La comédie de Subligny est intitulée la Folle Querelle ou la Critique d'Andromaque. Elle fut jouée en 1668. Voyez la Notice sur Andromaque.
1. Sur ce point, qui reste douteux, voyez la Notice biographique, p. 49- Louis Racine ne dit pas quel est cet autre privilège dont il parle. Si c'est celui des Plaideurs , il fui accordé à son père non quelques mois , mais un an après , le 5 décembre 1 668 .
2i8 MEMOIRES SUR LA VIE
avoit rapporté pendant le temps qu'il l 'avoit possédé, il fit distribuer cette somme aux pauvres, et principalement aux pauvres du lieu1. Rare exemple donné par un poète accusé d'aimer l'argent.
Son ami eut imité une si belle action, s'il eût eu à restituer des biens d'église; mais sa vertu ne fut jamais à une pareille épreuve2. A peine eut-il obtenu son bénéfice, qu'un régulier vint le lui disputer, prétendant que ce prieuré ne pouvoit être possédé que par un régulier ; il fallut plaider; et voilà ce procès « que ni ses juges ni lui n'entendirent, » comme il le dit dans la Préface des Plaideurs. C'étoit ainsi que la Providence lui opposoit toujours de nouveaux obstacles pour entrer dans l'état ecclésiastique, où il ne vouloit entrer que par des vues d'intérêt. Fatigue enfin du procès, las de voir des avocats et de solliciter des juges, il abandonna le bénéfice, et se consola de cette perte par une comédie contre les juges et les avocats.
Il faisoit alors de fréquents repas cbez un fameux traiteur où se rassembloient Boileau, Chapelle, Furetière, et quelques autres. D'ingénieuses plaisanteries égayoient ces repas, où les fautes étoient sévèrement punies. Le poëme de la Pucelle de Chapelain étoit sur une table, et on régloit le nombre de vers que devoit lire un coupable, sur la qualité de sa faute. Elle étoit fort grave quand il étoit condamné à en lire vingt vers ; et l'arrêt qui condamnoil à lire la page entière étoit l'arrêt de mort3. Plusieurs traits de la comédie des Plaideurs furent le fruit de ces repas; chacun sempressoit d'en fournir à l'auteur. M. de Brilhac, conseiller au parlement de Paris, lui apprenoit les termes de palais. Boileau lui fournit l'idée de la dispute entre Chicanneau et la Comtesse; il avoit été témoin de cette scène, qui s'étoit passée chez son frère le greffier, entre un
i . De Boze et Brossette disent que les revenus du bénéfice de Boileau furent employés à doter une jeune personne qui se fit religieuse, Marie Poncher de Bretouville. Boileau , dans sa jeunesse , l'avait aimée.
2. E\idemment Louis Racine se trompe, puisque Racine posséda successhement plusieurs bénéfices, comme nous l'avons établi dans la Notice biographique : \oyez p. 5o.
3. Brossette raconte la même chose à la note du vers 12 de V Épigramme à Racine ( OEuvres de Boileau , 1716 , tome I, p. 4^7)-
homme très-connu alors, et une comtesse1, que l'actrice qui joua ce personnage contrefit jusqu'à paroitre sur le théâtre avec les mêmes habillements, comme il est rapporté dans le commentaire sur la seconde satire de Boileau. Plusieurs autres traits de cette comédie avoient également rapport à des personnes alors très-connues; et par l'Intimé, qui, dans la cause du chapon, commence, comme Cicéron, pro Quintio : Qiœ rex duae plurimum possunt,.., gratia et eloquentia, etc., on désignoit un avocat qui s'etoit servi du même exorde dans la cause d'un pâtissier contre un boulanger2. Soit que ces plaisanteries eussent attiré des ennemis à cette pièce, soit que le parterre ne fût pas d'abord sensible au sel attique dont elle est remplie, elle fut mal reçue; et les comédiens, dégoûtés de la seconde représentation, n'osèrent hasarder la troisième. Molière, qui étoit présent à cette seconde représentation, quoiqu'alors brouillé avec l'auteur, ne se laissa séduire ni par aucun intérêt particulier, ni par le jugement du public : il dit tout haut, en sortant, que cette comédie étoit excellente, et que ceux qui s'en moquoient méritoient qu'on se moquât d'eux. Un mois après, les comédiens, représentant à la cour une tragédie, osèrent donner à la suite cette malheureuse pièce. Le Roi en fut frappé, et ne crut pas déshonorer sa gravité ni son goût par des éclats de rire si grands, que la cour en fut étonnée.
Louis XIV jugea de la pièce comme Molière en avoit jugé. Les comédiens, charmés d'un succès qu'ils n'avoient pas espéré, pour l'annoncer plus promptement à l'auteur, revinrent toute la nuit à Paris, et allèrent le réveiller. Trois carrosses, pendant la nuit, dans une rue où l'on n'étoit pas accoutumé d'en voir pendant le jour, réveillèrent le voisinage : on se mit aux fenêtres, et comme on savoit qu'un conseiller des requêtes avoit fait un grand bruit contre la comédie des Plaideurs, on ne douta point de la punition du poète qui avoit osé railler les juges en plein théâtre. Le lendemain tout Paris le croyoit en prison, tandis qu'il se félicitoit de l'approbation que la cour