‹ Œuvres (volume 5)Chapitre 130 sur 306 · ET LETTRE AUX DEUX APOLOGISTES DE PORT-ROYAL · texte numérisé non relu

ET LETTRE AUX DEUX APOLOGISTES DE PORT-ROYAL

La Lettre a fauteur des Hérésies imaginaires, les deux réponses qui y furent faites , et la riposte de Racine dans une seconde lettre, adressée aux deux apologistes de Nicole, sont les pièces d'un même procès; nous devons donc rassembler ici, au lieu de le disperser en plusieurs notices distinctes, ce que nous avons à dire de ces divers écrits auxquels donna lieu la querelle du jeime poète avec Port-Royal.

Dans cette querelle, Racine eut tout l'avantage, en ce sens du moins qu'il y montra un talent supérieur , une finesse de raillerie qui fait de ses deux lettres des chefs-d'œuvre de polémique , et aussi que la cause du théâtre , où il sentait l'avenir de son génie si intéressé, était bonne à défendre contre l'exagération du rigorisme. Mais il eut raison , sans mériter d'être approuvé : il devait reconnaissance et respect aux excellents maîtres sur qui il jetait si agréablement le ridicule. On le fit bientôt rentrer en lui-même: il reconnut que d'excellents écrits peuvent être de blâmables actions ; et il fut honorable pour lui de s'être laissé désarmer au plus fort delà lutte, dans toute la vivacité de l'âge et de la passion, et lorsqu'il se voyait victorieux.

Il était sorti de Port-Royal en 1664 et i665 de petites lettres anonymes eu feuilles volantes , sous le titre de Lettres sur t Hérésie imaginaire ; INicole en était l'auteur. Il avait successivement donné dix de ces lettres, dont la première était datée du 24 janvier 1664. Elles furent plus tard suivies de huit autres, ce qui en porta le nombre à dix-huit, de même qu'il y avait eu dix-huit Petites lettres de Pascal ; et c'est ce qui a fait dire malicieusement à Racine que l'auteur « avoit impatience de servir de seconde partie » au plus éloquent défenseur de Port-Royal. Les huit dernières Imaginaires ont le .T. Racine, iv i"

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sous-titre de visionnaires^ parce qu'elles ont été écrites contre des Marets de Saint-Sorlin , auteur de la comédie des Fisionnaires , et singulièrement visionnaire lui-même, comme il venait de le prouver dans soi\ J vis du Saint-Esprit au Roi, libelle extravagant dirigé contre les jansénistes. Les deux premières Visionnaires ^dLXViYenX. au mois de janvier 1666. Dans la première, qui est en date du dernier joui* de décembre i665, ISicole reproche en ces termes à des Marets ses premiers ouvrages : Œ Chacun sait que sa première profession a été de faire des romans et des pièces de théâtre, et que c'est par où il a commencé à se faire connoitre dans le monde. Ces qualités, qui ne sont pas fort honorables au jugement des honnêtes gens, sont horribles étant considérées selon les principes de la religion chrétienne et les règles de l'Evangile. Un faiseur de romans et un poète de théâtre est un empoisonneur public, non des corps, mais des âmes des fidèles, qui se doit regarder comme coupable d'une infinité d'homicides spirituels, ou qu'il a causés en effet ou qu'il a pu causer par ses écrits pernicieux. Plus il a eu soin de couvrir d'un voile d'honnêteté les passions criminelles qu'il y décrit, plus il les a rendues dangereuses, et capables de surprendre et de corrompre les âmes simples et innocentes. Ces sortes de péchés sont d'autant plus effroyables, qu'ils sont toujours subsistants, parce que ces livres ne périssent pas, et qu'ils répandent toujours le même venin dans ceux qui les lisent. » Au moment où Port-Royal traitait si durement les poètes du théâtre, Racine venait de faire représenter (décembre i665) sa seconde tragédie, Alexandre le Grand. Ces anathèmes de ISicole devaient beaucoup ressembler à ceux que le jeune poète, depuis qu'il s'était émancipé, avait maintes fois entendus, avec impatience, de la bouche soit de ses anciens maîtres, soit de la Mère Agnès de Sainte-Thècle sa tante. Il pensa que c'était tout particulièrement à lui-même que, sous le nom de des Marets, sadressait la mercuriale qu'on rendait publique; elle lui en rappelait trop bien de plus secrètes. Laissons ici parler Jean- Baptiste Racine, dont les éditeurs des OEmres de Racine commentées par la Harpe 1(1807) nous ont conservé les paroles*,

I. Voyez, au tome VI de rédition de 1807, la fin de VAvcrtissemenl sur la première lettre, p. 5 et 6.

extraites de notes manuscrites qu'ils avaient sous les yeux : « Mon père prit cela pour lui ; il écouta un peu trop sa vivacité naturelle; il prit la plume; et sans rien dire à personne, il fit et répandit dans le public une lettre sans nom d'auteur, où il turlupinoit ces ^lessieurs de la manière la plus sanglante et la plus amère. La lettre fit grand bruit; les molinistes y battirent des mains, et furent charmés d'avoir enfin trouvé ce qu'ils cherchoient depuis si longtemps et si inutilement, c'est-à-dire un homme dont ils pussent opposer la plume à celle de M. Pascal , bien fâchés cependant de ne pas connoître l'auteur de la lettre. L'abbé Testu, qui vit que personne ne la réclamoit, crut qu'il pouvoit bien se l'approprier, et il s'en déclara tout haut l'auteur. Cela acheva de piquer mon père , qui pe put souffrir une pareille impudence, et ne fit plus difficulté de se nommer. Ce fut sans doute dans ce temps-là que l'archevêque de Paris ^ le fit solliciter d'écrire contre Port-Royal, et lui fil même offrir pour cela un canonicat. Je ne garantis pourtant pas ce fait, et je me contente de rapporter simplement ce que j'ai oui dire. » La Lettre de Racine a t auteur des Hérésies imaginaires,, non datée dans la première édition, l'a été du mois de janvier 1666 par ceux qui l'ont réimprimée ; elle est certainement du commencement de cette année, car des deux réponses qui y furent faites, l'ime porte la date du 11 mars, l'autre du i" avril 1666. Il y a donc dans les Mémoires de Trévoux une erreur évidente au sujet des circonstances qui décidèrent Racine à écrire contre Port-Royal. Les auteurs de ces Mémoires étaaenX, comme on va le voir, beaucoup moins bien informés que Jean-Raptiste Racine. Voici comment ils ont parlé aux pages 1710 et 1711 (octobre 17 14) : « La Lettre à t auteur des Hérésies imaginaires et des deux Visionnaires est une réponse au Discours contre le théâtre que M. INicole fit imprimer en 1667 à la fin de ses Lettres contre des Marets intitulées Imaginaires et Visionnaires,, parce que la plupart de ces lettres sont employées à montrer que le jansénisme est une hérésie imaginaire, et les dernières à prouver géométriquement que des Marets étoit mi visionnaire. Le discours qui fut l'occasion de la lettre avoit été composé pour venger le Port-Royal du grand Corneille, qui se déclaroit

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