En
2. Feu M. de Laval, évêque de la Rochelle. {N^ote des éditions de lyqi et de 1767.) — Henri Marie de Laval de Bois-Dauphin, fils de Mme de Sablé, mourut évêque de la Rochelle en 1693.
/,io ABRÉGÉ DE L'HISTOIRE
particulières cl écartées, il ne savoit point d'autre chemin pour les mener à Dieu que celui de la pénitence et de la charité. » Toutes ces filles firent en peu de temps un tel progrès dans la perfection sous sa conduite, que révêque de Langres ne cessoit de remercier Dieu du confesseur qu'il lui avoit inspiré de leur donner.
Dans le ravissement où étoit ce prélat, il proposa plusieurs fois à l'Abbé de souffiir qu'il travaillât pour le faire nommer son coadjuteur à l'évêché de Langres ; et sur son refus, il le pressa au moins de vouloir être son directeur. Mais l'Abbé le pria de l'en dispenser, lui faisant entendre qu'il y auroit peut-être plusieurs choses sur lesquelles ils ne seroient pomt d'accord ; et avec la sincérité qui lui étoit naturelle, il ne put s'empêcher de lui toucher quelque chose de la résidence et de l'obligation où il étoit de ne pas faire de si longs séjours hors de son diocèse. L'Evêque étoit de ces gens qui, bien qu'au fond ils aient de la piété, n'entendent pas volontiers des vérités qu'ils ne se sentent pas disposés à pratiquer. Cela commença un peu à le refroidir pour l'abbé de Saint-Cyran. Bientôt après il crut s'apercevoir que les filles du Saint- Sacrement n'avoient point pour ses avis la même déférence qu'elles avoient pour cet abbé. Sa mauvaise humeur étoit encore fomentée par une certaine dame, sa pénitente, qu'd avoit fait entrer au Saint-Sacrement, et dont il faisoit lui seul un cas merveilleux ^ En un mot, ayant, comme j'ai dit, l'esprit fort foible, il entra contre
I. «La mauvaise humeur de Monsieur âo Langres étoit encore fomentée par la sœur Anne de Jésus rie Chamesson, sa pénitente. Elle lui marquoit un jour dans une lettre (que la Mère Angélique lut, contre sa coutume) que Mme deLongueville lui avoit dit avoir appris di^ Mme de Pontcairé qu'il (Monsieur de Ijangres) n'avoit plus de crédit dans la maison, et qu'il n'y étoit plus que le chapelain de Saint-Cyran. > (Histoire générale de Port-Roial, tome I, p. 3 53.)
DE PORT-ROYAL. 4ir
TAbbé dans une si furieuse jalousie, qu'il ne le pouvoit plus souffrir. L'abbé de Saint-Gyran fit d'abord ce qu'il put pour le guérir de ses défiances; et même, voyant qu'il s'aigrissoit de plus en plus, cessa d'aller au monastère du Saint-Sacrement. Mais cette discrétion ne servit qu'à irriter cet esprit malade, honteux qu'on se fût aperçu de sa foiblesse, tellement qu'il vint à se dégoûter même de son institut; et non content de rompre avec ces filles, il se ligua avec les ennemis de cet abbé, et ce qu'on aura peine à comprendre, donna même au cardinal de Richelieu des mémoires contre lui.
Ce ne fut pas là la seule querelle que lui attira la jalousie de la direction. Le fameux P. Joseph étoit, comme on sait, fondateur des Religieuses du Calvaire \ Quoique plongé fort avant dans les affaires du siècle, il se piquoit d'être un fort grand maître en la vie spirituelle, et ne vouloit point que ses Religieuses eussent d'autre directeur que lui. Un joui^ néanmoins, se vovant sur le point d'entreprendre un long voyage pour les affaires du Roi, il alla trouver l'abbé de Saint-Cyran, pour lui recommander ses chères filles du Calvaire, et obtint de lui qu'il les confesseroit en son absence. A son retour, il fut charmé du progrès qu'elles avoient fait dans la perfection ; mais il crut s'apercevoir bientôt qu'elles avoient senti l'extrême différence qu'il v a d'un directeur partagé entre Dieu et la cour, à un directeur uniquement occupé du salut des
I. Le P. Joseph avait fondé en 1614 le nouvel ordre des Religieuses bénédictines du Calvaire. D. Clémencet, racontant après Racine ce qui est dit ici des lilles du Calvaire confiées par le P. Joseph à la direction de Saint-Cvran, les nomme <r les filles du Calvaire d'auprès du Luxembourg » (tome II, p. lofi), L"n monastère de cet ordre fut aussi établi vers ce temps-là dans la rue nommée maintenant « rue des Filles-du-Ca!vaire; » on y transféra en 1637 douze Religieuses du couvent du Calvaire situé près du Luxembourg.
4f2 ABRÉGÉ DE L'HISTOIRE
âmes. Il en conçut contre l'Abbé un fort grand tlépit, et ne lui pardonna, non plus que l'évêque de Langres, cette diminution de son crédit sur l'esprit de ses pénitentes, tellement qu'il ne fut pas des moins ardents depuis ce temps-là à lui rendre de mauvais offices auprès du premier ministre.
Le cardinal de Richelieu, lorsqu'il n'étoit qu'évêque de Luçon, avoit connu à Poitiers l'abbé de Saint-Cyrau ; et ayant conçu pour ses grands talents et pour sa vertu l'estime que tous ceux qui le connoissoient ne pouvoient lui refuser, il ne fut pas plus tôt en faveur, qu'il songea à l'élever aux premières dignités de l'Église. Il le fit pressentir sur révêché de Bayonne, qu'il lui destinoit, et qui étoit le pays de sa naissance*. Mais son extrême humilité, et cette espèce de sainte horreur qu'il eut toute sa vie pour les sublimes fonctions de l'épiscopat, l'empêchèrent d'accepter cette offre. Ce fut le premier sujet de mécontentement que ce ministre eut contre lui.
Son second crime à son égard fut de passer pour n'approuver pas la doctrine que ce cardinal avoit enseignée dans son catéchisme de Luçon, touchant l'attrition, formée par la seule crainte des peines, qu'il prétendoit suffire pour la justification dans le sacrement. Ce n'est pas que l'abbé de Saint-Cyran fût jamais entré dans aucune discussion sur cette matière, mais il ne laissoit pas ignorer qu'il étoit persuadé que, sans aimer Dieu, le pécheur ne pouvoit être justifié. Outre que le Cardinal se piquoit encore plus d'être grand théologien que grand politique, il étoit si dangereux de le contredire sur ce point particulier de l'attrition, que le P. Seguenot, de
I. a Jean du Vcrgier de Hauranne, al)bé de Saint-Cyran, était né à Bayonne.... l'an i58i. î {Histoire générale de Port-Roïal ^ tome I, p. ai3.)
DE PORT-ROYAL. 4i3
l'Oratoire, fut mis à la Bastille, pour avoir soutenu la nécessité de Taniour de Dieu dans la pénitence'; et que ce fut aussi, à ce qu'on prétend, pour le mérne sujet que le P. Caussin, confesseur du Roi, fut disgracié.
Mais ce qui acheva de perdre l'abbé de Saint-Cyran dans l'esprit du Cardinal, ce fut une offense d'une autre nature que les deux premières, mais qui le touchoit beaucoup plus au vif. On sait avec quelle chaleur ce premier ministre avoit entrepris de faire casser le mariage du duc d Orléans avec la pnncesse de Lorrame, sa seconde femme". Pour s'autoriser dans ce dessein, et pour rassurer la conscience timorée de Louis XIII, il fit consulter l'assemblée générale du clergé, et tout ce qu'il y avoit de plus célèbres théologiens, tant réguliers que séculiers. L'assemblée, et presque tous ces théologiens, jusqu'au P. Condren, général de l'Oratoire, et jusqu'au P. Vincent, supérieur des Missionnaires, furent d'avis de la nul lité du mariage; mais quand on vint à l'abbé de Saint- Cyran^, il ne cacha point qu'il croyoit que le mariage ne pouvoit être cassé.
1. Dans le livre qui a pour tlu"e : De la sainte Virginité , discours traduit de S . Augustin , avec quelques remarques pour la clarté de la doctrine , par Claude Seguenot, prestre de P Oratoire , à Paris, chez Jean Camusat.... M.DC.XXXVIII (in-8°). — Ce qui avait blessé Richelieu se trouve dans les Remarques, p. ii3-i36, où est commentée celte phrase, traduite de saint Augustin : « La crainte de l'enfer n'est pas un motif de charité parfaite. » On y lit à la page 128 :
« S'il est ainsi qu'un acte de charité parfaite soit absolument
nécessaire pour obtenir la grâce du sacrement de Pénitence. » Le P. Seguenot fut mis à la Bastille dans le même temps que Saint- Cyran, et n'en sortit, comme lui, qu'à la mort de Richelieu.
2. Le cardinal de Richelieu fît casser le mariage de Gaston d'Orléans avec Marguerite de Lorraine par un arrêt du Parlement qui fut rendu le 5 septembre 1684. H voulut ensuite que l'assemblée du clergé de ifi35 prononçât également la nullité du mariage.
3. M. Sainte-Beuve, dans sou Port-Roral^ tome I, p. 34^, à la
4i4 ABRÉGÉ DE L'HISTOIRE
Venons maintenant à la querelle qu'il eut avec les jésuites : elle prit naissance en Angleterre. Les jésuites de ce pays-là n'ayant pu se résoudre à reconnoître la jurisdiction de l'évêque que le Pape y avoit envoyé, non-seulement obligèrent cet évêque à s'enfuir de ce royaume \ mais écrivirent des li>Tes fort injurieux contre l'autorité épiscopale, et contre la nécessité même du sacrement de la Confirmation, Le clergé d'Angleterre envoya ces livres en France, et ils y furent aussitôt censurés par l'archevêque de Paris, puis par la Sorbonne, et enfin par une grande assemblée d'archevêques et d'évêques. Les jésuites de France n'abandonnèrent pas leurs confrères dans une cause que leur conduite dans tous les pays du monde fait bien voir qu'ils ont résolu de soutenir. Ils publièrent contre toutes ces censures des réponses, ou ils croyoieut avoir terrassé la Sorbonne et les évêques.
note, fait remaïquer qu' ï il n'est pas exact que 31. de Saint-Cyran ait positivement refusé d'approuver ce divorce ; on ne l'avait pas formellement consulté à ce sujet. Lancelot dit simplement [Mémoires, tome I, p. 75) que le Cardinal s'était persuadé cela, 6ien que M. de Saint-Cyran eût toujours évité de se déclarer là-dessus. » M. Sainte-Beuve, après avoir cité le passage de Racine dont nous nous occupons, ajoute : 0 M. de Saint-Cyran n'était point de l'assemblée générale du clergé; il n'étiit ni de la Sorbonne, ni d'aucune Faculté; il n'eut point à se prononcer à son tour. Fut-il de la petite conférence de théologiens que l'on consulta devant Monsieur dans la chambre du P. Joseph? Mais celui-ci probablement ne l'aurait pas introduit là sans l'avoir fait sonder au préalable. En docteur libre, il se contenta sans doute d'exprimer son avis dans l'intimité, et on doit convenir qu'il le fit trop peu discrètement, s'il lui échappa en effet de dire un jour à l'abbé de Prières.... « qu'il aimerait « mieux avoir tué dix hommes que d'avoir concouru à une résolu- « tien par laquelle on avait ruiné un sacrement de l'Eglise. »
I. Cet évêque est Richard Smitli , évéque de Clialcédoine, vicaire apostohque en 1624, en\oyé à ce titre en Angleterre par le pape Urbain YIII. Poursuivi par la haine des bénédictins et des jésuites, proscrit en i6a8 par le gouvernement anglais, il fut obhgé de s'enfuir et de chercher un refuge en France.
DE PORT-ROYAL. 4i5
Tous les gens de bien frémissoient de voir ainsi fouler aux pieds la hiérarchie que Dieu a établie dans son Eglise, lorsqu'on vit paroître, sous le nom de Petrus Aurelius , un excellent livre* qui metloit en poudre toutes les réponses des jésuites. Ce livre fut reçu avec un applaudissement incroyable. Le clergé de France le fit imprimer plusieurs fois à ses dépens, s'efforça de découvrir qui étoit le défenseur de l'épiscopat ; et ne pou vant percer l'obscurité où sa modestie le tenoit caché, fit composer en l'honneur de son livre, par le célèbre M. Godeau, évèque de Grasse, un éloge magnifique, qui fut impnmé à la tête du livre même.
Les jésuites n'étoieut pas moins en peine que les évêques de savoir qui étoit cet inconnu ; et comme la vengeance a des yeux plus perçants que la reconnoissance, ils démêlèrent que si l'abbé de Saint -Gyran n'étoit l'auteur de cet ouvrage, il y avoit du moins la principale part^. On jugera sans peine jusqu'où alla contre lui leur ressentiment, par la colère qu'ils témoignèrent contre M. Godeau, pour avoir fait l'éloge que je viens de dire.
1 . Ce livre, intitulé : Vindicise censurée Facultatis theologix Parisiensis.,.. AutoreVwLKO Aurelio theotogo, l arisiis, apitd Carolum Morellum,... M.DC.XXXII (i vol. iu-4°), parut pour la première fois en 163-2 (et non en i634, comme le disent les éditeurs de 1807}. II fut réimprimé en 1642 au tome II de l'ouvrage qui a pour titre : Pétri Aureiù opéra, jtissu et impensis cleri gaUicani deniio in lucem édita, Parisiis , excudebat Jntonius l'itra/..., M.DC .XLII (3 tomes en I vol. in-folio). — L'assemblée du clergé de 1 645- 1646 fit publier de nouveau les OEuvres de Petrus Aurelius avec le même titre et dans le même format (^Parisiis, excudebat Antonius Fitré. M.DC.XLFI). A la tête du i" volume est l'éloge de l'auteur par Godeau, évèque de Grasse. On trouve ce même é'oge dans des exemplaires de 164a, mais il y a été inséré après coup. Godeau le prononça le 26 mars 1646.
2. Il ne voulait pas cependant reconnaître qu'il v en eût eu une quelconque. Voyez V Histoire générale de Port-Roial^ tome II, p. 227, et la note au bas de cette même page. M. de Barcos passait pour être un des principaux auteurs du F'indiciœ.
4i6 ABRÉGÉ DE L HISTOIRE
Ils publièrent contre ce prélat si illustre deux satires en latin, dont l'une a voit pour titre : Godelhis an poeta? et c'étoit leur P. Vavasseur qui étoit auteur de ces satires. L'Abbé devmt à leur égard, non-seulement un liérétique, mais un hérésiarque abominable, qui vouloit faire une nouvelle Eglise, et renverser la religion de Jésus-Christ. C'est ridée qu'ils s'efforcèrent alors de donner de lui, et qu'ils en veulent donner encore dans tous leurs livres.
Le cardinal de Richelieu, excité par leurs clameurs et par ses ressentiments particuliers \ le fit arrêter el mettre au bois de \incennes^. 11 fit aussi saisir tous ses papiers, dont il y avoit plusieurs coffres pleins. Mais comme on n'y trouva que des extraits des Pères et des conciles, et des matéi'iaux d'un grand ouvrage qu'il préparoit pour défendre l'Eucharistie contre les ministres huguenots, tous ses papiers lui furent aussitôt renvoyés au bois de Vincennes. On abandonna aussi une procédure fort irrégulière que l'on avoit commencée contre lui; mais la liberté ne lui fut rendue que cinq ans après, c'est-à-dire à la mort du cardinal de Richelieu^, Dieu ayant permis
1. Saint-Cyran, d'après V Histoire générale de Port-Roïal (tome II, p. 97}, « comptoit jusqu'à dix-sept causes de son emprisonnement, toutes aussi injustes les unes que les autres. » D. Clémencet croyait comme Racine à des ressentiments particuliers. Richelieu cej)euclant n'expliquait que par des motifs d'utilité publique l'arrestation de Saint-Cyran. M. de Péréfixe, dans un entretien avec la sœur Angélique de Saint-Jean, lui disait avoir entendu de la bouclie du Cardinal-ministre les paroles suivantes : a Quoi qu'on puisse dire de moi dans celte occasion, je suis persuadé que l'Église et l'État me doivent savoir gré de ce que j'ai fait, et que je leur ai rendu un grand service; car j'ai été bien averti que cet abbé a des opinions particulières et dangereuses, qui pourroieut quelque jour exciter du bruit et de la division dans l'Église. » Voyez Port-Rot al, par M. Sainte- Beuve, tome IV, p. 3".
2. Ce fut le vendredi 14 mai i638, le lendemain de l'Ascension.
3. Le cardinal de Richelieu mourut le 4 décembre 1642; Saint- Cyran sortit de prison le 6 février i643.
cette longue prison pour faire mieux connoître la piété extraordinaire de cet abbé, à laquelle le fameux Jean de Verth\ qui, avec d'autres officiers étrangers, étoit aussi alors prisonnier au bois de Vincennes , rendit un témoignage très-particulier; car le cardinal de Richelieu ayant voulu qu'il fût spectateur d'un ballet fort magnifique qui étoit de sa composition^, et ce général ayant vu à ce ballet un certain évêque qui s'empressoit pour en faire les honneurs, il dit publiquement que le spectacle qui l'avoit le plus surpris en France, c'étoit cCy voir les saints en prison, et les évêques à la comédie.
Ce fut aussi dans cette prison que l'abbé de Saint-Cyran écrivit ces belles Lettres chrétiennes et spirituelles ' dont il s'est fait tant d'éditions avec l'approbation d'un fort grand nombre de cardinaux, d'archevêques et d'évêques, qui les ont considérées comme l'ouvrage de nos jours qui donne la plus haute et la plus parfaite idée de la vie chrétienne.
Il mournt le 1 1 octobre i643, huit mois après qu'il fut sorti du bois de Yincennes; et ses funérailles furent honorées de la présence de tout ce qu'il y avoit alors à Paris de prélats plus considérables. A peine il eut les yeux fermés, que les jésuites se débordèrent en une infinité de nouvelles invectives contre sa mémoire, faisant miprimer, entre autres, de prétendus interrogatoires qu'ils avoient tronqués et falsifiés. Et quoiqu'il eût reçu avec une extrême piété le viatique des mains du curé de Saint- Jacques du Haut-Pas, et que la Gazette même en
1. Jean de Werth, célèbre partisan, qui fut général dans l'armée bavaroise. Il fut retenu prisonnier en France de i638 à 1642.
2. Ce ballet fut représenté le soir du 14 juillet 1641, au Palais- Cardinal.
3. Elles ont été imprimées en i645 et 1647- (^ ^*^'* in-4°. Paris, veuve Martin Durand.)
J. Racine, iv a7
4i8 ABRÉGÉ DE L'HISTOIRE
eut informé tout le public', ils n'en furent pas moins hardis à publier qu'il étoit mort sans vouloir recevoir ses sacrements. J'ai cru devoir rapporter tout de suite ces événements, pour faire mieux connoître ce grand personnage, contre qui ^ la calomnie s'est déchaînée avec tant de licence, et qui a tant contribué par ses instructions et par ses exemples à la sainteté du monastère de Port-Royal.
La rupture de l'évêque de Langres avec les filles du Saint-Sacrement, et l'emprisonnement de l'abbé de Saint- Cyran, ne furent pas les seules disgrâces dont elles furent alors affligées : elles perdirent aussi la duchesse de Longue^ille', leur fondatrice, qui mourut avant que d'avoir pu laisser aucun fonds pour leur subsistance : tellement que se voyant dénuées de toute protection , et d'ailleurs étant fort incommodées dans la maison où elles étoient, sans aucune espérance de s'y pouvoir agrandir, elles se retirèrent en i638* à Port-Royal, où il y avoit déjà quelques années que la Mère Angélique étoit retournée.
1. Dans un article du samedi 17 octobre 1643, où il est dit : « L'onzième de ce mois, l'abhé de Saint-Cyran, malade depuis quelques jours, mourut ici d'apoplexie, après avoir reçu le saint viatique avec une piété digne de son éminente vertu. » Les jésuites prétendirent que le gazetier avait été gagné. Voyez Port-Rojal^ par M. Sainte-Beuve, tome II, p. 20/,, note 1. D. Clémencet (tome II, p. 33fi, à la note 16) explique par quelles circonstances l'erreur des jésuites, qui niaient que Saint-Cyran eût reçu les derniers sacrements, avait pu d'abord être excusable. Mais il ajoute que, lorsqu'ils furent détrompés, ils dél)itèrent encore de mauvais propos, par exem})le qu'il avait reçu le saint viatique sans avoir été confessé.