‹ Œuvres (volume 5)Chapitre 199 sur 306 · Le vendredi 27 octobre i · texte numérisé non relu

Le vendredi 27 octobre i

5. Voyez ci-dessus, p. 4()7, et à la note i de cette même page.

si M. Félix eut ordre de la cour de s informer de ce qui en étoit; mais il paroît par une seconde attestation signée de sa main, qu'il retourna encore à Port-Royal, et qu'il certifia de nouveau et la vérité du miracle, et la parfaite santé où il avoit trou\é celte demoiselle.

Enfin il parut un écrit, et personne ne douta que ce ne fut du P. Annat, avec ce titre ridicule: Le Rabat-Joie des jansénistes, ou Observations sur le miracle qu'on dit être arrivé à Port-Rojal, composé par un docteur de l'Eglise catholique^ . L'auteur faisoit judicieusement d'avertir qu'il étoit catholique, n'y ayant personne qui, à la seule inspection de ce titre, et plus encore à la lecture du livre, ne l'eut pris pour un protestant très-envenimé contre l'Eglise. Il avoit assez de peine à convenir de la vérité du miracle; mais enfin, voulant bien le supposer vrai, il en tiroit la conséquence du monde la plus étrange, savoir, que Dieu voyant les Religieuses infectées de llîérésie des cinq Propositions, il avoil opéré ce miracle dans leur maison pour leur prouver que Jésus -Christ étoit mort pour tous les hommes. Il faisoit là-dessus un grand nombre de raisonnements, tous plus extravagants les uns que les autres, par où il ôtoit à la véritable religion l'une de ses plus grandes preuves, qui est celle des miracles. Pour conclusion, il exhortoit les fidèles à se bien donner de garde d'aller invoquer Dieu dans l'église de Port-Royal, de peur qu'en y cherchant la santé du corps, ils n'y trouvassent la perle de leurs âmes.

Mais il ne parut pas que ces exhortations eussent fait une grande impression sur le public. La ibule croissoit de jour en jour à Port-Ro}al, et Dieu même sembloit

I. Voici le titre exact : Rabat-joie des jansénistes, ou Observations nécessaires sur ce au'' on dit être arrivé à Port-Royal au sujet de la sainte épine. Par un docteur de l'Ef^llse catholioue is. 1. ii. d., in-4").

prendre plaisir à autoriser la dévotion des peuples, par la quantité de nouveaux miracles qui se firent eu cette église. Non -seulement tout Paris avoit recours à la sainte épine et aux prières des Religieuses, mais de tous les endroits du royaume on leur demandoit des linges qui eussent touché à cette relique; et ces linges, à ce qu'on raconte, opéroient plusieurs guérisons miraculeuses.

Vraisemblablement la piété de la Reine mère fut touchée de la protection visible de Dieu sur ces Religieuses. Cette sage princesse commença à juger plusfavorablement de leur innocence. On ne parla plus de leur ôter leurs novices ni leurs pensionnaires, et on leur laissa la liberté d'en recevoir tout autant qu'elles voudroient. M. Arnauld même recommença à se montrer, ou, pour mieux dire, s'alla replonger dans son désert avec M. d'Andilly son frère, ses deux neveux*, et M. Nicole, qui depuis deux ans ne le quittoit plus, et qui étoit devenu le compagnon inséparable de ses travaux. Les autres solitaires y revinrent aussi peu à peu, et y recommencèrent leurs mêmes exercices de pénitence.

On sougeoit si peu alors à inquiéter les Religieuses de Port-Royal, que le cardinal de Retz leur ayant accordé un autre supérieur en la place de M. du Saussay, qu'il avoit destitué de tout emploi dans le diocèse de Paris ^, on ne leur fit aucune peine là-dessus, quoique M. Singlin *, qui étoit ce nouveau supérieur, ne fût pas fort au goût de la cour, où les jésuites a voient pris un fort

Page 1